15 mai 2007

Trop de trop... tue le trop (a dit Chantal Goya)

J'ai un sérieux problème. Que Pénélope a assez bien représenté avec son joli dessin, sauf que je n'ai pas l'éphèbe accroché au bras. Mon problème : je parle trop, beaucoup trop. Mais je ne m'en rends jamais compte sur le coup, c'est toujours après que j'ai monumentalement honte d'avoir monopolisé la conversation. Mais si je rappelle les gens pour m'excuser, il va falloir que je parle. Et tout de suite, je me dis que ce n'est pas la peine d'en rajouter une couche.

Il y a trois situations typiques dans lesquelles je monopolise abusivement la parole, donnant l'horrible impression que je ne m'intéresse qu'à moi et que je m'écoute parler.

La première situation, de plus en plus fréquente, est quand je sors d'une période de travail solitaire intense. Quand je viens de passer 3 à 4 jours toute seule à ne faire que bosser mes cours, ma reprise de contact avec le monde social et humanisé est douloureuse pour les autres, j'ai du mal à m'arrêter. Je déverse mon trop plein de pas assez de communication. Je suis dans un état euphorique, comme une droguée qui regoûte enfin aux plaisirs de sa substance fétiche. Ou alors je suis KO et je n'ai rien à raconter, rapport à mon activité totalement inintéressante des derniers jours, et ce n'est pas franchement mieux.

La deuxième situation, c'est quand je suis avec des grandes personnes. Pour une raison étrange, j'ai toujours peur d'être monstrueusement indiscrète avec mes questions. Qui sont pourtant les même que celles qu'ils me posent. Il y a quelques mois, j'étais invitée chez des amis de parents pour une sauterie mondaine où je ne connaissais personne. J'étais la seule de moins de 40 ans. Un couple a entamé la conversation avec moi, avec des questions de mariage (les questions de mariage étant typiquement les questions que l'on pose à des inconnus dans un mariage où l'on ne connaît que les mariés) : comment je les connaissais, ce que je faisais dans la vie, où j'habitais. Et je relançais la conversation, mais IMPOSSIBLE de leur poser les mêmes questions, ça bloquait dans ma gorge, j'avais peur qu'ils trouvent ça très impoli et intrusif. Du coup, je pense que ça donne en réalité l'impression que j'adore raconter ma vie et pas écouter celle des autres. Ce qui est complètement faux. Raconter la même chose pour la énième fois sur moi est bien moins intéressant que de découvrir ce que font les autres. Mais je n'y arrive pas. En revanche, aucun problème avec ce genre de questions quand je suis avec des djeunz de mon âge, ça ne concerne que les "adultes".

Dernier cas : l'interlocuteur muet. Une fois de plus, j'étais invitée chez des amis de mes parents qui ont des enfants d'une dizaine d'années. Je n'avais qu'une trouille : le blanc, ne rien avoir à dire pendant tout le dîner. Alors j'ai meublé. La mère me répondait de façon un peu évasive. Les enfants se taisaient. Je leur ai posé des questions qui ont reçu des réponses monosyllabiques. Je re-meublais. Ca demande de l'énergie de fournir toute seule une conversation alors qu'il y a quatre personnes autour de la table, qui ne réagissent pas... D'un seul coup, la mère dit "vous pouvez parler aussi, les enfants !". Là, j'ai voulu disparaître sous la table. Parce que c'était clairment un "tu nous saoules un peu à ne pas arrêter de parler". Alors j'ai arrêté de parler. Et il ne s'est rien passé. Un blanc. Enorme. Personne ne disait plus rien. Merci l'ambiance. Je suis repartie la mort dans l'âme, avec l'impression d'avoir été d'une grossiereté sans nom, mais d'avoir en même temps été la seule à faire un effort pour que cette soirée ne soit pas un énorme silence.

Depuis toujours je suis bavarde. Même ce blog, c'est du bavardage. Mais pas oral, alors ça ne compte qu'à moitié, hein. Il n'y a pas la satisfaction de parler. Ma maîtresse de CP m'appelait "la pipelette de service" et m'envoyait au coin parce que j'empêchais les autres de travailler. Le jour où elle m'a scotchée la bouche (une fois, elle a aussi scotché les oreilles de Yannick, le cancre de la classe, parce qu'il n'arrêtait pas de tirer dessus et qu'elles étaient déjà toutes déformées), j'ai décidé que je parlerai moins en classe, et le lendemain, j'ai commencé à me ronger les ongles parce que je m'ennuyais toujours autant sur les bancs de l'école. Quand je suis chez des gens qui ne parlent pas, est-ce que ce serait plus poli de me ronger les ongles plutôt que de blablater sans m'arrêter ?

7 commentaires:

Mélina LOUPIA a dit…

C'est mal de se ronger les ongles, on va te couper les mains.
bah je dirais que c'est génétique la tendance au bavardage.
Je suis assez dans le 3 ème cas, je déteste le malaise du silence.
Des bizettes

petit chahut a dit…

Tiens, moi aussi j'ai eu le coup du scotch au même âge, et puis ça n'a rien changé. Pour le reste, je préconise : arrêter d'aller dîner chez les amis de tes parents en attendant de te sentir, toi aussi, appartenir au camp des "grandes personnes"...

Miss Lola a dit…

moi aussi je placote et c'est une maladie.Mais dis-toi que c'est sympa si je découvre ton blog et tes anecdotes me donnent envie de revenir!

J'ai flâné pour vous a dit…

Bah, VIDES TON SAC sur http://flanepourvous.blogspot.com/
Pour une fois, pas de besoin de causer!!!

CamilleDEssayage a dit…

Bien d'accord avec toi! Le pire du pire, c'est vraiment les dîners chez les gens muets, genre qui ne disent rien parce que trop snobs et qui écoutent de la musique d'ascenseur! En général, l'effet sur moi est que je piapiate en monologue ininterrompu histoire de combler le silence... et que je finis par passer pour une poule ou une peste!!

Mademoiselle Coco a dit…

Ben merci les filles, ça me console de voir que je ne suis pas la seule. Pour la 3, je m'y attendais un peu. Ce qui m'inquiète beaucoup, c'est la 1, parce que je crois que j'empêche parfois les gens de parler (beaucoup plus que dans les cas 2 et 3 !!), je me sens HORRIBLE quand je sors d'un épisode 1 de monopolisation coercitive de la parole... Mais bon, ça passera avec ma resocialisation !

Anonyme a dit…

j'avais lu cette note avant mes vacances (eh oui quand on a fini ses études on a le droit d'en prendre) et ton récit m'avait scotchée, c'était exactement moi: parler parce qu'on se sentirait atrocement indiscret de poser des questions.....
Quelqu'un m'a fait un jour remarquer que les personnes de la très bonne société ne disent jamais rien d'elles, mais réussissent à te faire parler uniquement de toi (et donc à apprendre plus de choses sur toi qu'elles n'en livrent, récupérant ainsi l'avantage). J'ai commencé à adapter leur technique... j'ai encore du boulot mais je suis sur la bonne voie (à 35 ans je ne me sens toujours pas tout à fait une "grande personne", ça va pas te rassurer).
de toutes façons j'ai du mal maintenant à monopoliser une conversation, ma fille s'en charge... groumpf, groumpf... (eh non elle n'est pas encore formatée)
clara.be