17 mai 2007

Quand reverrai-je...

Quand j'étais en sixième, nous avions étudié le fameux "Heureux qui, comme Ulysse" de Joachim du Bellay après avoir lu une version très édulcorée de L'Odysée. Avec le recul, je trouve ça un peu audacieux, mais finalement payant, puisque je m'en souviens encore aujourd'hui, bien qu'il y ait eu à l'épode de nombreux mots qui m'échappaient.

J'ai eu l'occasion de me le remettre en mémoire hier matin, lorsque ma radio de douche a passé ça :



J'aime beaucoup ce poème, et j'aime beaucoup Ridan. Et j'aime beaucoup l'idée que Ridan reprenne du Bellay. Mais j'ai tiqué. Cette reprise n'est peut-être que volonté poétique et amour de la langue française de la part du jeune chanteur, mais j'y vois autre chose.

Je savais que la nostalgie compulsive était un mal répandu. Je savais que les Français sont tellements paumés qu'ils se passionnent pour les émissions de généalogie d'Europe 1. [Si vous ne voyez pas le rapport entre perte de repères et généalogie, il suffit de lire l'introduction à l'exposition du canton de Genève sur la généalogie : "Les études généalogiques jouissent aujourd'hui d'une grande popularité. Cette vogue n'est pas pour étonner, si l'on songe à l'évolution de la société actuelle, aux ravages de l'individualisme dans les mentalités et dans l'esprit civique ou simplement communautaire, aux exigences de mobilité qui sont celles de l'économie, avec leurs conséquences destructrices sur la famille et les réseaux traditionnels d'amis, la perte de repères dans l'espace et de racines dans le temps qui en résultent". D'ailleurs, en faisant quelques recherches pour cet article, j'ai vu que je n'étais pas la seule à faire le lien entre généalogie, passéisme et refus de la Constitution européenne : Jean Daniel, dans un éditorial du Nouvel Obs de mai 2005 "Autocritique ?", écrivait : "Je pensais - et je pense toujours - que les Français subissaient les transformations profondes de leur identité nationale. Je les imaginais repliés sur la détresse du chômage, la peur de perdre un emploi, le rejet d'un étranger trop visible, le frileux conservatisme de l'acquis, le goût de la proximité, la restauration du patrimoine et le souci de la généalogie. Bref, tout ce qui peut faire regretter la France d'hier et qui barricade contre les agressions de la modernité".]

Je savais que les regrets, qui est d'ailleurs, étrangement mais fort logiquement, le titre du recueil de poèmes dans lequel se cache le sonnet consacré à la douceur angevine, étaient un sport national. Mais je ne pensais pas que ça avait atteint "les jeunes".

Je sais, c'est un peu con. Pourtant, j'avais l'idée saugrenue que la jeunesse est ce qui pousse une société vers l'avant, que c'est elle qui regarde loin devant. Or chez nous, ce n'est pas le cas. Les moins de 24 ans ont voté à 56% contre le Traité constitutionnel européen, et Ridan nous chante très joliment que rien ne vaut sa bonne vieille campagne plutôt que de découvrir le monde, aussi beau soit-il.

Je ne suis pas non plus fana du très communiste "du passé faisons table rase". Mais entre les deux, il doit bien y avoir cette fameuse troisième voie, qui commence à être telle le dahut dont tout le monde parle mais que personne ne trouve. Qu'est-ce qui nous fait si peur pour qu'on retombe dans le mal du pays version Renaissance ?

J'accorde peut-être trop d'importance à cette chanson, au demeurant fort agréable à écouter, mais ce que j'en tire comme enseignement m'apparaît bien peu encourageant...

PS / j'avais oublié : "c'était mieux avant ma bonne dame, quand les jeunes étaient moins nostalgiques !"

1 commentaire:

Pascal a dit…

Huhu, je suppose que c'est parce que ton esprit était perdu dans Homère et les tragédies grecques, mais tu as écrit "épode" à la place de "époque". Quel joli lapsus !