23 janvier 2007

Vautrage

jlqp avait beau me dire hier "on ne peut pas rater un concours de la fonction publique quand on aime Joe Dassin", j'ai le malheur de vous annoncer que si, on peut. Enfin, rien n'est encore joué, mais il y a comme qui dirait de fortes présomptions.

Hier j'étais légère (mais pas court vêtue pour une fois, fait froid). Je me disais que je n'avais pas révolutionné la pensée moderne, mais après tout, ce n'est pas ce qu'on nous demande. J'ai eu l'impression de faire un devoir acceptable.

Ce matin, tout a basculé, et j'aurais presque envie de pleurer si j'étais cyclothymique (ou sous Duphaston). Mais ce n'est pas le cas, donc je serre les dents, en espérant que ça soit rattrapable. Je vais quand même expliquer ce qui m'est arrivé, parce que nom-de-D***-de-p*****-de-b*****-de-m**** (c'est l'injure préféré de mon papa quand il bricole. Quand il utilise son marteau ou sa scie, il a toujours besoin de beaucoup jurer, ça l'aide. Et ça énerve beaucoup maman, parce que "quand même, ça ne fait pas très chic. Tu pourrais au moins jurer en chuchotant". Ben non, jurer en chuchotant, c'est comme chanter I will survive à jeun et en fredonnant).

Les faits : les programmes des concours de la fonction publique, c'est toujours énorme, voire sans fin. Mais ceux du Quai d'Orsay sont selon moi particulièrement énormes. Par exemple, ce matin, j'avais Questions internationales, mon grand dada habituellement (je vais peut-être changer d'avis). Le programme de QI (pour les intimes) c'est : le droit international public (rien que ça, c'est beaucoup), l'histoire diplomatique depuis 1914 (là encore, ça pèse) et en gros, ce qui passe dans le monde en ce moment (la Chine, les ONG, la Corée du Nord et celle du Sud, le trafic de drogue, le Canal de Beagles, les mafias, le Nakhitchevan, l'environnement, l'OSCE, Guantanamo, le Traité constitutionnel européen, tout tout tout et plein d'autres choses encore). En gros, il y a un bon gros programme. Mais ce n'est pas grave, j'aime ça.

Certes, mais parfois, c'est tellement énorme qu'il faut faire des choix. Tout le monde fait des choix. On mise sur des sujets, en se disant que vraiment, "ça" a toutes les choses de tomber. Cette année, j'avais misé sur la prolifération (nucléaire mais pas seulement), les espaces / les flux / les migrations / les ressources, la justice pénale internationale, la gestion des identités, principalement. Et puis il y avait les impasses : l'environnement était trop casse-gueule et pas assez juridique pour valoir le coup d'une dissert de 4 heures, les problématiques régionales ne tombent jamais, la notion de conflit est aussi trop réductrice. Et puis les Nations-Unies, ça aussi on pouvait passer. Ohlala, ne croyez pas que c'est inintéressant, ni même que je pense que ça ne vaille pas la peine d'être vu. Les Nations-Unies, c'est vrai que c'est TRES important. Seulement... seulement, ça fait déjà 2 fois de suite que ça tombe. 2 fois, c'est déjà statistiquement quasi-improbable, alors trois fois... je me marre tellement ce serait comique et inédit. Ahahahahahahah.

Sauf qu'hier soir, j'ai eu un doute. En culture générale, hier, notre sujet portait sur la mémoire nationale, l'Etat tout ça. Or l'histoire / la mémoire, ça faisait pile-poil la troisième fois qu'ils le ressortaient. Forcément, ce n'est pas ce que j'avais le plus travaillé. J'aurais aimé recaser ce bouquin de Ricoeur sur les Commissions Réconciliation et Vérité de l'Afrique du Sud, mais je ne me rappelais plus du titre (La mémoire, l'histoire, l'oubli pour les curieux). J'ai essayé de tirer ce qu'il me restait de Eichmann à Jérusalem : trop peu pour faire une citation qui ne fasse pas "je ne sais pas de quoi je parle mais je le mets quand même parce que ça fait toujours chic de citer Arendt". J'avais des souvenirs de choses que j'aurais voulu mettre mais qui ne servaient à rien car trop imprécis. Mais j'avais d'autres choses à dire, ma hotte n'est jamais vide. Ce n'était pas tragique, juste un tout petit peu énervant. Et puis on nous répète tout le temps que trop de références tue la référence...

Donc hier soir, j'ai douté : et s'ils faisaient pareil pour les Questions internationales ? Impensable non ? Le programme est tellement vaste qu'il faudrait vraiment être débile pour reprendre 3 ans de suite le même thème. J'ai donc relu la prolifération avec force et courage.

Et ce matin, quand j'ai retourné mon sujet, le mot "Nations-Unies" m'a tout de suite sauté aux yeux. La dernière fois que j'ai bossé à fond le thème, c'était en juin dernier. J'ai rassemblé mes dents et mes connaissances, et je me suis lancée. Bien sûr, j'ai réussi à écrire quelque chose. Bien sûr, j'ai tenu mes 4 heures, 2 parties, 2 sous-parties, accroches, définition des termes du sujet, problématique, annonce de plan. Bien sûr, parce que tout ça est très bien huilé maintenant. Et puis sur les Nations-Unies, toute personne se cultivant un minimum et lisant de temps en temps les journaux a quelque chose à dire.

Le problème, c'est que ceux qui ont conçu ce sujet (et manquent cruellement d'originalité) attendent largement autre chose de ma copie qu'un article du Monde avec ses imprécisions, ses floutages artistiques ("1969 ou 1971 ? début des années 70, en espérant que ça passe !"), ses grossieretés intellectuelles. Ca donne un peu envie de pleurer de rage d'avoir travaillé autant, pendant si longtemps, pour se faire couillonner de la sorte.

Vous me direz, si j'avais vraiment travaillé comme une malade, je n'aurais fait aucune impasse, absolument aucune, j'aurais été aussi incollable que sur la BLU-82 "daisy cutter" (ah ça, je peux en parler tant que vous voulez). C'est vrai, je n'aurais pas dû faire d'impasse. Mais bien que ce soit le propre des concours à sujet unique, je trouve ça toujours terriblement frustrant de passer des heures, des jours, des semaines, des mois et pour certains des années à bosser un programme tellement lourd que tout n'est pas dans Wikipédia, pour se retrouver à parler d'un millionième du programme. Parfois, ce millionième, vous le maîtrisez sur le bout des doigts, parfois pas. C'est de toute façon toujours un peu injuste.

Le côté rassurant c'est : tout le monde (mis à part les insouciants complets qui ne regardent jamais les annales) est dans le même cas que moi, personne ne pensait voir ce sujet tomber une fois encore. Le côté pas rassurant c'est : je ne pense pas avoir fait foncièrement mieux que les gros glandeurs qui n'ont rien foutu d'autre que de lire Courrier international et n'ont aucune idée de ce qu'est la BLU-82 ni même le régime 93+2. Mais ça, personne ne nous demandait d'en parler, bien sûr.

Monsieur le correcteur, si jamais vous passez par ici en vous promenant, ne croyez surtout pas que je ne vous aime pas, hein, c'était juste histoire d'écrire un billet. Et NON, vous n'êtes pas débile, et NON, vous ne manquez pas d'originalité. :D

Bande de pinioufs !

6 commentaires:

Passant a dit…

respect et compassion

Mademoiselle Coco a dit…

Passant : sobre et efficace, merci !

C'est pas tout ça, mais ça continue demain avec l'économie, faut faire semblant d'y croire encore...

Anonyme a dit…

tu risques gros en nous donnant le sujet?
je bosse à l'onu moi (genève)(je suis un scribouillard hein, pas un poste d-2) donc ça m'intéresse :)

bon courage quand même :)

Mademoiselle Coco a dit…

Cher Adrien Deume,

je ne risque rien : une fois tombés, les sujets sont de l'ordre du pulic ultra-public. Je ne suis vraiment pas du genre à risquer quoi que ce soit pour le plaisir masochistes de révéler des trucs secrets défense.

C'est la classe quand même d'être lue par un membre du système onusien... :D

Et merci !

Anonyme a dit…

Ma biche,

Je te demandais le sujet en fait mais ma demande n'était pas assez explicite visiblement ;)

Sinon, à mon grand désespoir, l'ONU n'est plus ce qu'elle était. On y travaille beaucoup et on regrette amèrement l'époque de Cohen :(

Si c'était à refaire. Je bosserai dans le privé :DDDDDDDDDDD ;) ;)

Bisous. AD.

Mademoiselle Coco a dit…

Mon biquet,

toutes mes confuses, je pensais l'avoir donné dans le billet en réalité. De quoi faire un beau quoi pour qui. Mea culpa.

"Faut-il et peut-on réformer l'ONU ?". Ultra bateau quand on a travaillé le sujet...

A part ça, tu sais qu'une reconversion est toujours possible ? On est toujours le seul responsable de son destin ;-) Mais en fait, le seul truc que tu regrettes en fait, c'est Ariane, avoue !