09 janvier 2007

"Acheter un slip à minuit, c'est ubuesque"

Pour changer des vrais blogs de filles, un débat social et non un débat de mode sur les soldes (ok, je suis un peu présomptueuse) : dans les grands magasins, un préavis de grève a été déposé pour demain (premier jour des soldes, pour les Martiens qui n'auraient pas encore été atteint par le matracage médiatique dont ces journées de rabais font l'objet dans les médias depuis 1 semaine... On sent que le Gouvernement veut de bons chiffres économiques d'ici mars). Ce mouvement social tombant à point nommé vise à contester les conditions de travail des vendeurs et vendeuses : on les fait travailler tard (21h heures pour les jours de nocturnes, 20h le samedi, et 22h pour le premier jour des soldes) et parfois le dimanche.

Rappelons que pour ces horaires, le volontariat prévaut et qu'ils font l'objet d'une compensation salariale qui va de 50 à 100% selon la branche concernée, voire plus si la convention collective le prévoit. De plus, un dimanche travaillé ne signifie pas un jour de repos en moins, ce jour sera simplement pris un autre jour, puisque le droit du travail précise qu'un employeur ne peut occuper un salarié plus de six jours par semaine et qu'il doit respecter un repos hebdomadaire de 35 heures (24 heures + 11 heures de repos quotidien). D'accord, il y a la vie de famille, d'où l'idée du volontariat. Personnellement, ça ne me semble pas être un mauvais deal de travailler de temps en temps le dimanche en gagnant plus. Et j'ajouterai de façon encore moins scientfique qu'à mon humble avis entièrement subjectif et pas du tout argumenté, l'une des raisons du dynamisme économique américain, largement tiré par la consommation des particuliers, est que tout est ouvert le dimanche et tard le soir. Quand on a plus de temps pour consommer, on consomme plus.

Je passe rapidement sur mon amour modéré pour les syndicats et encore plus modéré pour les syndicalistes, on pourrait croire que j'ai viré ma cuti. Pas faux en même temps. Pour résumer ma pensée : le syndicalisme à la française, c'est une capacité de blocage maximum pour une représentativité et une légitimité minimum, le tout étant le plus souvent couplé à une compréhension zéro de l'économie et à une mentalité arriérée directement héritée de la Révolution française ("les riches sont forcément injustement riches et forcément méchants" et "à bas les privilèges sauf les nôtres !"). Il en sort presque toujours des revendications dont la pertinence est si peu compréhensible qu'il est difficile d'y répondre intelligemment.

Mais je ne voulais pas me lancer dans une diatribe réellement sociale. Je voulais citer une vendeuse, entendue ce matin à la radio (quand je volais encore sur mon nuage de naïveté horaire, cf. infra) : "acheter un slip à minuit, c'est ubuesque". Déjà, on remarque le glissement sémantique et le sens de l'exagération : d'une ouverture jusqu'à 22 heures, on passe à minuit. Début de la tragi-comédie. Ensuite, l'exemple choisi, le slip. Franchement, qu'y-a-t-il de plus dérisoire qu'un slip ? Tout le monde en a déjà de toute façon, on peut bien attendre le lendemain matin pour l'acheter non ? Un slip, c'est petit, c'est rien du tout, ce n'est pas ça qui fait avancer l'économie. Un écran plasma de 3 mètres carrés, oui, mais pas un slip. Faire rester des HORDES de vendeuse pour UN slip, si ça n'est pas honteux franchement... Vu comme ça, il est certain qu'on se place du côté de la pauvre vendeuse, contrainte de sacrifier sa vie de famille et l'histoire du soir racontée à son fils pour un malheureux slip.

Mais ce que la vendeuse oublie, c'est que s'il lui est versé tous les mois un salaire, c'est justement parce que plein de gens achètent des slips, alors que tout le monde n'achète pas d'écran plasma. Un slip, ce n'est rien, mais là, il ne s'agit pas d'un slip, mais de beaucoup plus (j'aimerais citer un chiffre, mais je n'en ai pas sous les fesses. Euh... sous la main). L'année dernière, le premier jour des soldes a représenté pour le Printemps 8 millions d'€ de chiffres d'affaires, dont sans doute une bonne partie de slips. De quoi rentabiliser la présence des vendeuses et justifier qu'elles restent un peu plus longtemps. Elle devrait pourtant comprendre qu'elle ne sert pas son méchant patron en travaillant (bien se rappeler : le patron est toujours méchant, et plus il est grand patron, plus il est méchant) mais elle-même. Oups, je re-glisse dans le social.

Parce qu'en fait, MOI, ce que je veux lui dire à la vendeuse qui causait dans la radio, c'est que dans les 3 jours qui viennent, j'ai cours de 8h à 21h15. Et que je serais ravie de pouvoir m'acheter un slip (pas forcément comme le modèle ci-dessous) entre 21h16 et 22h, voire même le soutien-gorge assorti si la vendeuse est souriante et aimable. Certes, je ne suis pas le plus gros pouvoir d'achat de la France et je ne justifie peut-être pas à moi toute seule la nocturne du Bon Marché ou des Galeries Lafayette. Mais des gens dans la même situation que moi, j'en connais des tas : des jeunes actifs en cabinet de conseil, en agence de marketing ou en banque d'affaires qui sortent rarement avant 20h30 du boulot (sans avoir de majoration de leur rémunération hein, puisque la rémunération est censée à l'origine prendre en compte ce genre de désagréments) par exemple. Si les vendeuses comptent sur les retraités et les étudiants pour consommer, et donc assurer leur poste et leur salaire à moyen terme, elles sont mal barrées.



[J'ai utilisé "vendeuses" tout au long du texte par simple simplification généralisatrice. Les hommes aussi ont le droit d'être vendeurs hein.]

5 commentaires:

Fabrice a dit…

Ca y est, t'as sombré dans la jeunesse sarkozyste ? :)

Mademoiselle Coco a dit…

AH BAH BRAVO hein, c'est malin ça XD

"jeunesse sarkozyste", quel joli oxymore... Ca existe sérieusement ?

Et puis non, pas moi quand même. Je rêve de la possibilité de construire un social-libéralisme qui serait d'autant plus social qu'il serait efficace. Et Sarkozy n'est pas toujours le roi des libéraux... car il n'y a pas que le libéralisme économique dans la vie, il y a aussi le libéralisme politique !

Anonyme a dit…

espèce de bourge!!!!
fais de la vente et tu tiendras un autre discours!!!
On dirais déjà une vieille qui parle!!
une premiere vendeuse dans une boutique de luxe exaspérée...

Anonyme a dit…

j'oubliais...les dimanches payés doubles je travaille sans pb!!mais aprés 3 ans de bons et loyaux services on viens de me payer mon dimanche comme des heures sup normales...est ce que ça vaut le coup de ne pas passer un dimanche en famille pour 60 euros?
le prix de ton grand méchant slip?

Mademoiselle Coco a dit…

Chère vendeuse exaspérée, je ne sais vraiment pas comment te répondre. Car pour répondre, il aurait fallu que tu avances des arguments. Or me traiter de vieille bourge qui s'achète des slips à 60€ n'est pas un argument. D'autant plus que moi, je n'achète que des strings. Et jamais dans les boutiques de luxe, que je ne fréquente pas (sauf si tu considères H&M comme une boutique de luxe).

Je ne suis pas responsable du fait que ton patron ne respecte pas la législation sur la rémunération des heures supplémentaires et des dimanches. J'en suis navrée pour toi, mais je ne considère pas que cela doive remettre en cause toute idée d'activité économique le dimanche.

En revanche, je sais que ce genre de règle est une partie importante des blocages qui empêchent la France de passer en dessous des 8% de chômage depuis 30 ans. C'est un argument de patron ultra-libéral il paraît. N'empêche que c'est vrai.

Et si la vente t'exaspère tant que ça, passe le concours de gardien de prison. Ah mais non, on y travaille aussi le dimanche, et sans être payé plus.