07 juin 2007

Femme de

Si jamais j'ai un jour la chance de remplir le champ "hobbies" de la petite fiche de renseignement pour l'oral de l'ENA, le jury va bien rigoler avec mes airs de vieille victorienne. Puisqu'il ne faut jamais mentir sur ses passions, et puisque le jury dit qu'il n'y a pas de mauvaises passions, je ne vois aucune raison de ne pas les renseigner sur mes vrais passe-temps : la cuisine (parce que c'est bon) et la broderie (parce que c'est beau). Tout de suite, vous comprenez mieux le côté victorien du truc, je suis sure.

J'ai indéniablement un côté victorien. Mais à quel point ? Parce que bon, je râle contre les glaces dégueulasses spéciales femmes. Et quand je vois la boîte de mon fer à passer, je bondis. En fait, tout est parti de là. Ce soir, j'ai sorti l'engin, qui n'avait pas pris l'air depuis un sacré bout de temps. Oui, je suis une grande défenderesse du courant artistique du minimalisme ménager quand ça touche au repassage. Je trouve qu'il y a vraiment très peu de choses qui ont besoin d'un coup de fer, quand on fait tout sécher sur des cintres. Mais ceci n'est qu'un prétexte : en vérité, je suis un flemmarde du fer.

Du coup, je vois peu mon carton de fer à repasser. Mais ce soir, il fallait que je couse le col de ma robe pour samedi, et donc que je dégaine mon sabre-vapeur. Sur la jolie photo pleine de violet lilas parme clair (ultra-viril, hein), il y a au premier plan un tas de 4 chemises d'homme, repassées au carré. Et au deuxième plan, une femme qui s'en va, après avoir bien accompli cette corvée (pardon, cette tâche ménagère). Et ça me titille légèrement.

Pourtant, je sais que vu de l'extérieur, je suis le genre de filles plus ou moins faites pour être "femmes de". La première fois qu'on me l'a dit, j'avais 18 ans et je ne connaissais même pas l'expression. Fin de soirée, entre copains. On divaguait sur nos avenirs plus ou moins certains à 4. Et soudain, l'un de mecs a lâché "toi, de toute façon, tu seras une parfaite femme de". Ce à quoi les autres avaient aquiescé plus vite que leur ombre. J'en avais été profondément vexée, comprenant que cet ami ne me jugeait pas suffisamment brillantt pour réussir par moi-même. Or dans sa bouche, il s'agissait d'un véritable compliment.

Ensuite, il y a eu ce prof. J'avais deux ans de plus. Il était diplomate, et je m'étais ouverte à lui de mes quelques ambitions en la matière. Il m'avait fait découvrir de nouveaux horizons, en me précisant que si jamais je ne réussissais pas les concours du Quai, il existait une autre voie vers la diplomatie, beaucoup moins difficile et assez méconnue : le mariage. "Les bonnes femmes de diplomate sont rares vous savez". Ce qu'un autre professeur m'a confirmé quelques années plus tard, sans avoir toutefois les mêmes perspectives pour moi : tous ses jeunes collaborateurs, sur le point de partir pour leur première affectation en Afrique pour 3 à 6 ans, étaient désespérés, contraints de partir seuls, n'ayant trouvé l'âme soeur en France avant leur mutation. Si vous avez raté le concours, il y a donc une session de rattrapage.

Femme de, une vague sur laquelle ma soeur surfe avec délectation. Etant donné que nous vivons loin l'une de l'autre, on photographie à peu près tout ce qu'on peut pour se l'envoyer par mail régulièrement, histoire de se tenir au courant de nos vies en images. Nouvelles chaussures, dernier meuble chiné, réalisation artistique du week end, balcon rénové, et tout le reste. Forcément, j'ai un peu moins de choses qu'elle à lui envoyer, étant donné que je lui épargne mes copies de concours blanc. Mais la semaine dernière, après avoir dévalisé Monceau Fleurs, je lui ai envoyé la photo de mes réalisations florales. Et sa réponse a été implacable : "décidément, tu feras une très bonne femme d'ambassadeur".

"Femme de"... Tout un programme !

6 commentaires:

nark a dit…

Le milieu diplomatique est, à de rares exceptions près, ultra mysogyne. Un diplomate doit être marié, bien sûr, mais on ne demande pas à sa femme de l'ouvrir, non, surtout pas ; elle doit s'inscrire au club cuisine des Françaises, à l'aqua-gym, au club bébé, etc.
Si elle a le malheur de s'engager dans une organisation humanitaire, ou d'avoir une activité quelconque en rapport avec la population, elle est immédiatement ostracisée. Quant aux femmes diplomates, elles doivent lutter en permanence contre les préjugés. Devenir diplomate quand on est une femme, ça tient un peu du sacerdoce.

Mademoiselle Coco a dit…

Nan vraiment, sale petit vilain canard, trop aimable de ta part de m'encourager comme ça ;-) Je suis malheureusement bien conscience de tout cela. Mais la foi, mon pauvre, ça ne se contrôle pas...

Héloïm Sinclair a dit…

Bonjour Mademoiselle,

Ainsi, pour te courtiser, il faudrait avoir pris son affection au Quai, ou être issu d'autres bonnes filières qui constituent un vivier de chasse pour les futures "femme de" ... ;-)

Ciao bella

Ardalia a dit…

J'ai adoré, en son temps, "le mari de l'ambassadeur", avec Claudia Cardinale Et Robert Hirsch.
Les amants de "femme de" veulent te mettre dans une boite parce que tu leur fais peur. Il ste voient en martenelle potiche, c'est du porpre!
Bon, "tu les emmerdes" ne faisant pas très victorien... je propose : "Ma chère et tendre amie, tu n'as pas le droit de priver le monde de tes talents. Si ton coeur te dicte que ton devoir premier est de servir ta patrie, obéis à ses instances. Tu dois suivre ton destin."
C'est mieux, non? ;-)

melina a dit…

Femme de... toit? Toi?
M'étonnerait ça!
Des bizettes, je vais repasser.

Mademoiselle Coco a dit…

Héloïm > tant que je ne suis pas encore définitivement une ratée de la vie administrative non. Ensuite, tout dépendra de ma stratégie de reconversion ;-)

Ardalia > délicieuse, comme toujours ! C'est marrant , je me disais exactement la même chose que toi en écrivant ce billet hier. Plutôt la première que la deuxième version, d'ailleurs !

Mélina > Cat on a hot tin roof ! Tu repasses-reviens ou repasse-au-fer ?