25 juin 2006

Un pas en avant, deux pas en arrière ?

Dans le métro en rentrant, pas encore totalement en phase avec ce qui s'était passé aujourd'hui, je m'étonne. Que des couples. Tous monosexués. Non pas que ça me choque, loin de là. Comme dirait Gaël, "je suis relativement ouvert" (enfin, "ouverte", mais l'ouverture de Gaël a ses limites, il ne se dit pas qu'il est ouverte). Mais j'avais presque l'impression d'être une minorité à moi toute seule. Moi qui suis tellement dans le moule d'habitude, moi qui ne diffère jamais, moi qui suis sans doute la "Française type" (quelle connerie). La jeune caucasienne dans la norme. Là, j'étais toute seule. Et si j'avais été avec quelqu'un, j'aurais quand même été différente des autres. La seule hétéro de la rame de métro, fendard.

Je repense à la conversation que je viens d'avoir avec Myriam autour d'un pastis (toujours). Le mariage homosexuel, ça va passer. Nous, c'est ce qu'on pense. On est contentes. Ca serait bien, ça sera mieux. Tout ceux qui me connaissent un peu savent que je suis plutôt conservatrice sur certains points. "Vieille victorienne de base" pour Adalbert. Bref. Mais là, justement, je trouve ça tellement bien le mariage que je ne vois pas pourquoi les couples homos n'y auraient pas droit eux aussi. Donc le mariage homo va passer, chouette.

Mais parfois, je continue de douter. D'après les lectures de mon voisin de bus avant-hier, la France est divisée là-dessus, 50/50 en gros. Je ne sais pas comment cet équilibre va évoluer au regard de ce que j'entends et de ce que je vois. Ce que j'entends, c'est une phrase perdue dans les aires d'une rue parisienne : "Chez les hommes, il y a plus d'homos que d'hétéros il paraît". Bah avec des "il paraît" comme ça, on est mal barré. Ce que je vois, c'est que ce que les médias retiennent de la Marche des Fiertés, c'est ça :




au lieu de retenir juste ça :



Alors nous, petits parisiens, ou plutôt jeunes citadins pour généraliser un peu plus, on sait que c'est juste un truc festif, où on rigole, où ce n'est pas la vraie vie. Mais j'imagine le genre de réactions que ces images peuvent engendrer. "Comment, laisser se marier des gens COMME CA ??!!" "Ah oui, on leur donne le mariage, et après l'adoption, mais où va la France ??!!". Et même si je comprends TRES BIEN la volonté de faire bal masqué une fois par an, je m'interroge sur l'impact de telles images en termes de décrédibilisation d'un combat de longue haleine. Est-ce que ce n'est pas dommage de ruiner tant d'efforts pour une petite journée en apportant de l'eau au moulin des détracteurs les plus primaires de leurs revendications ? Est-ce que la Gay Pride, censée faire avancer les choses, ne retarde pas plutôt au contraire le progrès des droits des homosexuels ?

Je réfléchissais à tout ça en rentrant de La Motte Picquet, mon iPod à fond me berçant de choro, petit coucher de soleil (loin de ceux d'Oléron, mais quand même), la Tour Eiffel qui se met à clignoter juste quand je passe : pas mal. Vraiment pas mal. Je m'emporte un chinois - je n'ai finalement pas pu résister - qui s'avère, une fois rentrée chez moi, mauvais. Mais c'est de ma faute. Persuadée (toujours Mme Je-Sais-Tout) de pouvoir résister, j'ai décidé de passer mon chemin en voyant tous ces chinois (les restaurants, pas les gens, même s'il y en avait aussi) en revenant de la Butte aux cailles, endroit aussi charmant que son nomn pour boir un verre au soleil entre copines. Pour une fois que j'étais dans le XIIIème, j'aurais mieux fait d'en profiter.

1 commentaire:

Winnie a dit…

Pour le chinois, mon chou, j'avoue que tu n 'as pas assurée!

Soirée gay pride sympa hier, mais sans plus... est-ce que je vieillirais ? ou alors c'est l'ambiance fin de soirée en boîte hétéro qui m'a minée ??

Bref, pour te répondre ma chère Mademoizelle Coco, je ne crois pas que la Gay Pride dessert les droits des homos, je crois que la Marche sert au contraire les droits de tous, des ordinaires et des originaux. Alors oui, je peux être une brésilienne refaite, avec un paire de couilles en attendant mon opération, voire sans en vouloir d'opération, et avoir les mêmes droits que n'importe quel autre primate hétéro lourd et qui battra sa femme ... ce n'est pas pour ça que je vais forcément les utiliser ces droits, je ne veux pas forcément d'enfants, peut être pas tout de suite en tout cas, mais je veux qu'on me regarde comme un être humain, quelle que soit la façon dont je m'habille, la taille de ma bite, de mes seins ou des deux, je revendique les mêmes droits que les autres. On a accordé les mêmes droits aux Noirs, puis aux femmes, il est temps de reconnaître qu'il est plus que grand temps de reconnaître leurs droits aux homos, gay, les biennes, trans- et bi ... comme dirait Judith Butler, ce n'est pas la personne avec qui je couche qui dicte qui je suis! nous nous découvrons certes tous en l'autre, par l'autre, je deviens l'être humain social dans l'amour, dans la relation charnelle mais aussi dans le regard de l'autre. Il n'y a pas d'identité sexuelle comme il n'y a pas d'identité de race ... acceptons les différences et apprenons à nous en enrichir ...
Voilà, c'est tout ça que la Gay Pride signifie, et quand les chars circulent, c'est aussi pour ma cause à moi,petite étudiante embourgeoisée hétéro, qu'ils plaident!