07 janvier 2007

Glourps

Depuis mes 17 ans, je vis comme une grande fille quasiment autonome, c'est-à-dire plus ou moins loin de la maison familiale. Il y a toutefois une chose que je n'arrive pas à faire : manger seule en silence. Ca ne passe pas. Je n'arrive même pas à avoir faim quand je ne fais "que" manger. Tous les nutrionnistes miracles des régimes miracles des magazines féminins miracles le disent : c'est mal. Pour bien manger donc bien mincir, il faut PENSER que l'on mange, il faut REFLECHIR à ce que l'on mange. Moi, quand je ne fais qu'une chose à la fois, je m'ennuie.

Donc depuis 6 ans, je ne mange qu'en écoutant la radio ou en regardant la télé. Ca peut paraître glauque, dis comme ça, mais en réalité, pas du tout, je vous assure. Mais parfois, il me prend des idées étranges, comme regarder BFM TV et son journal de la nuit. Alors que je plonge ma petite cuiller dans mon yaourt à la mangue, la journaliste commence à évoquer une sordide histoire de co-détenus. Lorsque les détails du reportage se dessinent, je gloupse et mon yaourt a du mal à passer.

Vous avez sans doute vaguement entendu également ce récit - qui pourrait presque être comique si ce n'était la réalité - de ce mec à moitié bouffé par son pote dans sa cellule de Rennes. J'essaie tant bien que mal de continuer à manger, en me disant que j'ai décidément bien fait d'abandonner ma soudaine (et fugace) vocation de l'année dernière conduisant inexorablement mes pas vers le concours du Directeur de prison.

Avec ce meurtre resurgit le débat sur les prisons françaises, "honte de la patrie des Lumières" paraît-il. J'aimerais pouvoir confirmer ou infirmer, mais le fait est que je n'y ai jamais mis les pieds. En l'occurrence, les éléments en jeu ne sont pas ici les conditions de détention, mais les détenus eux-mêmes : 80% des personnes incarcérées devraient, d'après l'Observatoire international des prisons, être traitées en psychiatrie plutôt que d'être emprisonnées.

Je ne suis pas une spécialiste de la question, je n'ai même pas lu en entier Surveiller et punir de Foucault (pas Jean-Pierre, hein, l'autre, Michel), qui est pourtant un ouvrage de qualité. En somme, je n'y connais rien, ni en théorie ni en pratique. Peut-être ma remarque est-elle donc fort naïve et dépourvue de toute intelligence de la question. Mais mon bon sens ne peut m'empêcher de relever que "ceci explique peut-être cela".

En effet, la réalisation de nombre de crimes demandent d'avoir atteint un certain niveau de dérangement psychologique. S'il y a un lien entre trucider sa femme au cure-dent un soir en rentrant du bureau et être perturbé, et s'il y a un lien entre cette fameuse exécution au cure-dent et le fait d'être incarcéré, c'est donc qu'il y a un lien logique entre la psychopathie et la détention.

La question est de savoir comment à la fois punir - ce qui est nécessaire à la première fonction de la justice qui est de réparer - et soigner - ce qui est nécessaire à la seconde fonction de la justice qui est de prévenir la récidive. Il y a des blogs de plaideurs bien plus au courant que moi de ces choses-là, mais il me semble avoir entendu ici ou là que les cas d'irresponsabilité pénale en raison de troubles psychiatriques se multipliaient. Mais ne faut-il pas, dans un certain nombre d'affaires, être justement atteint de troubles psychiques pour commettre les actes dont ces malades sont accusés ?

On tourne en rond sans trouver la bonne réponse. Certes, la prison n'est pas adaptée. Mais l'hôpital psychiatrique l'est-il plus ? Le développement des troubles mentaux parmi les détenus ne vient-il pas en partie d'une plus grande sensibilité du monde médical et d'un diagnostic plus fréquent ? Peu se souciaient de la santé mentale des détenus de la Conciergerie au XIXème siècle. Ce qui ne signifie pas qu'il ne faille pas s'en soucier aujourd'hui. Mais il me semble qu'il ne faut pas perdre de vue qu'il n'est ni statistiquement ni humainement anormal que 80% des détenus souffrent de problèmes psychologiques.

2 commentaires:

Pascal a dit…

Pour le peu que j'en sais, c'est en fait le contraire : on a beaucoup moins recours à la psychiatrie aujourd'hui qu'au XIXème. Je crois qu'à l'époque, la psy étant nouvelle, c'était à la mode d'y avoir recours pour tout expliquer, la vie, l'univers, le reste, et surtout la délinquance. Et une bonne partie des criminels étaient déclarés irresponsables par les médecins et finissaient en HP.

Et puis la tendance s'est inversée, parce qu'on a compris que beaucoup de délinquants avaient des personnalités parfaitement normales et non pathologiques, et parce que l'HP ne s'est pas montré plus performant que la prison en matière de réinsertion ou de prévention de la récidive. Mais la tendance s'est sûrement un peu trop inversée, vu qu'on se retrouve maintenant avec des anthropophages non suivis médicalement !

Je sais par des amis psys qu'il y a des séminaires et des groupes de réflexion incluant flics et toubibs sur ce sujet. Par contre, je ne sais pas ce qu'il en sort. Pas grand chose, j'en ai bien peur : le problème est à la fois trop complexe et trop politisé pour pour permettre une approche saine et objective.

(eh ben pour un premier commentaire chez toi, je me suis lâché ! désolé pour la longueur...)

Mademoiselle Coco a dit…

Je n'ai absolument rien contre les commentaires longs, surtout quand ils sont intéressants ;-) Wilkommen !

J'aimerais répondre de façon argumentée, mais je ne peux pas car je ne sais pas, et je préfère me taire dans ces cas-là (je sais, dire ça sur mon propre blog, c'est gonflé. J'assume !)