23 septembre 2006

Régression

Pour des raisons qu'il serait ici trop long d'expliquer, je (re)vis de façon provisoire chez mes parents depuis une semaine, et ce pour encore deux jours. Ce séjour a des allures d'aller-simple vers le passé. En effet, je ne suis pas restée chez mes parents aussi longtemps depuis... bien longtemps justement. Depuis 5 ans, je pratique plutôt le retour version week end, et encore, peu souvent. De plus, c'est la première fois depuis que j'ai quitté le domicile familial à mon entrée en prépa que j'y habite en période "scolaire". Donc ma dernière expérience de ce que je suis en train de vivre actuellement date de la Terminale...

Ainsi, je m'entends parfois dire des choses qui ne sont pas sorties de ma bouche depuis mon bac. Du style "bon, je vais préparer mon sac pour demain matin". Pour moi, cette phrase est indubitablement liée à la besace militaire taguée au tipex par les copines que j'arborais lorsque je fréquentais les bancs de la 2nde 1. Après, j'ai versé dans le Eastpack noir légèrement customisé (mais par mes soins cette fois). Mais malgré le changement de sac au milieu de ma Première, tous les soirs, le problème restait le même : il fallait préparer son sac pour le lendemain. Mettre le bouquin d'histoire-géo et d'anglais, retirer celui de maths et de physique, et ne pas oublier de laisser le bouquin de philo, qui pèse toujours trop lourd pour ce qu'il contient.

Maintenant, quand je prépare mon sac, il y a peu près toujours la même chose que la veille (d'où le fait que je ne dis plus jamais "bon, je vais préparer mon sac pour demain matin" en temps normal, et que je mets cette sortie verbale récente sur le compte unique d'un geste rélfexe conditionné par mon environnement). J'y glisse parfois un sandwich ou une salade, une barre de chocolat, voire mon petit déjeuner, mais plus souvent le matin, au dernier moment, et non la veille au soir (et oui, si je suis obligée d'emporter mon petit-déjeuner, c'est que je n'ai pas eu le temps de le manger avant de partir, donc que je suis pressée, cqfd). Et je ne fourre plus tout ça dans un sac cool et customisé sans forme qui se met sur les épaules. Maintenant, je suis une grande fille avec des sacs à main qui se portent au bout du bras et qui ne sont jamais assez grands pour tout y mettre. Malgré toutes ces différences, dimanche dernier, vers 22h, j'ai dit "bon, je vais préparer mon sac pour demain matin" comme si je n'avais jamais arrêté de le dire.

Autre régression : ma maman qui me demande depuis une semaine de façon tout aussi réflexe "tu veux que je te réveille à quelle heure demain ?". Avant, elle venait, fraîche et pimpante, me tirer du lit à l'heure dite (6h30 à l'époque, je me demande encore comment je faisais). J'arrivais dans la cuisine où tout était prêt pour le petit-déjeuner : toasts qui n'avaient plus qu'à être toastés, beurre qui n'avait plus qu'à être étalé, confiture qui n'avait plus qu'à être dégustée, chocolat déjà chaud qui n'avait plus qu'à être bu. Un matin familial classique en somme (enfin, classique pour des enfants pachas comme moi).

Cette semaine, j'ai eu droit tous les soirs à la même question rituelle. La réponse variait, mais le lendemain matin, la réalité était toujours la même et m'amenait nécessairement à la même conclusion : tout fout le camp. Systématiquement, je me levais avant ma maman (donc heureusement que je ne compte plus sur elle pour venir me tirer du lit). J'arrivais ainsi la première dans la cuisine, devenue par la force des choses la seule et unique responsable matinale de mon baquet vital de café au lait. Tant que j'y suis, je prépare aussi la théière parentale, et je mets la table. Quand tout est prêt, c'est désormais moi qui viens porter la bonne parole : "le thé est prêt", de cette voix enjouée et guillerette censée accélérer la mise à la verticale des autres (mais qui en réalité énerve toujours beaucoup). En quelques années, je suis devenue la grande prêtresse du petit-déjeuner familial. Entre temps, j'ai arrêté de manger le matin, ça simplifie la tâche.

Pour avoir encore plus l'impression de rentrer dans mon ancienne vie comme on rentre dans de vieilles chaussures faites à notre pied, j'ai recommencé - plus par nécessité que par réel engouement - à prendre tous les matins et tous les soirs les trains des banlieusards qui vont travailler à Paris. J'ai très vite renoué avec mes réflexes ancestraux :
- bien se positionner sur le quai pour avoir une porte en face du nez quand le train s'arrêtera
- réussir à rentrer parmi les premiers dans le wagon sans paraître impolie (parce que bon hein quand même) ni écraser des petites mémés qui choisissent toujours les heures de pointe pour voyager
- en l'absence récurrente de place assise, s'installer tant bien que mal et abandonner toute vélléité de lecture, on se cultivera plus tard
- repérer sur le quai (dans ce cas de figure, seule la prévention a prouvé son utilité) le(s) potentiel(s) malodorant(s) pour éviter de se retrouver pendant 40 mn pile-poil (ahahahahaha, c'est le cas de le dire) sous l'aisselle se situant à l'orgine du bras s'aggripant à la poignée du haut. Si vous êtes gentils, peut-être que je vous raconterai un peu plus loin comment je me suis fait piéger par une femme enceinte au visage innocent mais à l'odeur présente mercredi dernier.
- prévoir toujours au moins 30 minutes de battement parce que la SNCF n'a pas encore que pour nous faire préférer LE train, il faudrait avant toute chose que LES TRAINS arrivent à l'heure.
- se retenir de maudire les désespérés qui trouvent nettement plus drôles de dire adieu au monde en se jetant sous un train et en paralysant par la même occasion la moitié des bienheureux travailleurs franciliens désireux de rentrer chez eux et retrouver leur famille après une journée de dur labeur.
- courir pour attraper le dernier train de 15h avant le prochain, 1h30 plus tard (Dieu que c'est pratique le métro toutes les deux minutes...)
- ne pas prévoir de lire le journal, personne n'a suffisamment d'envergure libre autour de lui pour ouvrir les bras, ni même les allonger devant lui. Heureusement, il y a de très bons bouquins de poche.

Bref, tout un tas de petits détails que j'avais oubliés en 5 ans de luxe suprême et que vivent des millions de gens tous les jours : les charmes discrets de la banlieue parisienne, le prix à payer pour habiter juste à côté de la forêt, loin de la pollution du périphérique et dans un appartement familial (voire une maison, le rêve) faisant plus de 30 m2. L'inconfort des wagons toujours trop petits, le stress obsessif de ne pas rater son train, la fatigue de se lever nettement plus tôt, la nécessité d'arriver toujours 1/2 heure trop tôt (mais le jour où le train est vraiment en retard, on n'arrive de toutes façons pas à l'heure), c'est tout ça le charme du Transilien. J'avais oublié tout ça. Cette piqûre de rappel est la bienvenue, histoire que je savoure un peu la chance que j'ai de ne pas (encore ?) être obligée de le faire tous les matins pendant 40 ans.

Ma dernière régression a été tout à fait involontaire, mais ça a été la plus forte en émotions (bon, j'exagère légèrement). Mes parents ont fait partie des 2 millions de foyers qui se sont l'année dernière équipés d'un décodeur TNT, dont je n'ai découvert les attraits que très récemment (mardi soir, vers 19h30, pour être précise). J'ai ainsi pu me rendre compte que ma maman était quelqu'un de fort original, puisqu'elle est une fan inconditionnelle de la Chaîne parlementaire, comme environ moins de 0,02% des Français. Je suis très fière d'elle. Mais ce n'est pas là que réside ma régression. Un soir, en rentrant avec les neurones en compote, j'ai allumé la télé et suis tombée, sur une chaîne TNTienne quelconque, sur... Hartley Coeur à vif. LE CHOC.

Choc esthétique pour commencer : les héros de mon adolescence, que j'admirais pour leur beauté, leur coolitude et leur look, étaient comment dire... légèrement ridicules. Le total look années 90, les cheveux dans les yeux, un peu de grunge à gauche et à droite saupoudré, les chouchous dans les cheveux, et les baskets énormes au pied. D'un seul coup, je n'ai plus du tout eu envie de leur ressembler. Je me sentais comme lorsqu'on feuillette un vieil album photo, à moitié attendri par ces souvenirs émus, à moitié honteux des déguisements dont on s'est volontairement affublé.

Choc émotionnel ensuite : j'avais l'impression de retrouver une vieille bande de copains. Vous savez, les gens dont on ne se rappelle pas "activement", mais qu'on n'oublie jamais. "Ah oui, c'est vraiiiiii, Rose était enceinte". On ne pense jamais à eux, mais le jour où on les retrouve, on se rappelle immédiatement de tas de choses. Des cheveux gominés de Costa, des chorégraphies de Katharina, de la prof de littérature et de sa liaison sulfureuse avec un élève (enfin, je crois me rappeler... mais je ne suis plus tout à fait sure), du proviseur qu'on aurait tous aimé avoir... Drazic, qui représentait mon fantasme masculin absolu, n'était pas encore arrivé au lycée dans l'épisode que j'ai vu. Comme je me dis parfois à propos des mes "ex" du collège, j'aimerais bien le revoir, savoir quelle tête il a maintenant. Est-ce qu'il me plairait toujours ? J'imagine, et je me dis que finalement, non, c'est mieux de rester sur ma dernière impression.

Lundi soir, fin de la semi-régression. Pour résumer le fond de ma pensée, abandonner Hartley Coeur à vif pour Grey's anatmoy ne peut être qu'une perspective réjouissante, même si la nostalgie peut parfois être un brin attendrissante.

1 commentaire:

Winnie a dit…

aaaa le retour vers le passé ... rien de mieux pour apprécier l'immédiat présent et le proche futur :)
Bon anni à ton blog et reviens nous vite sur Paris