Il y a une petite émission sur Arte que j'aime beaucoup : Ce qui me manque / Was mir fehlt (private joke : "j'ai le droit d'élever mon blog dans le bilinguisme si je veux !" d'abord). En quelques minutes, des expatriés racontent ce qui leur manque irrémédiablement de leur pays natal. C'est souvent très instructif : on découvre que les Anglais mettent des couvertures à leur théière, que les Tchèques font de la purée bien plus facilement que nous grâce à une grille spéciale, ou encore que les Suédoises ont des pulls d'allaitement. Un vrai tour de l'Europe par ses petites spécialités, qui montre bien que l'unification du marché communautaire n'est pas encore parfaite, et que parfois, c'est tant mieux !
De mon côté, ce n'est pas la France qui me manque quand je suis en Allemagne, mais l'inverse. Rien de mon pays natal ne semble indispensable à mon bonheur lorsque je vis hors de l'Hexagone. Le saucisson ? Je m'en fiche. Le camembert ? Bof, je ne suis pas addict. La baguette ? Ben oui mais non. Je n'en mange quaisment jamais quand je suis ici, alors pourquoi en vouloir quand je suis là-bas. La blanquette de veau ? Tout à fait faisable ailleurs qu'à Paris. Le vin ? Je n'aime que le vin blanc, et les vins allemands et autrichiens se tiennent très bien de ce côté-là. Et c'est comme ça pour tout : je trouve toujours au mieux un remplaçant qui me plaît plus, au pire une parade.
A l'inverse, je ne peux pas aller en Allemagne ou en Autriche sans faire un petit tour par le supermarché, afin de remplir ma valise de choses diverses et variées introuvables en France (ou qui n'ont pas le même goût malgré tous mes efforts d'imagination).
Voilà à quoi ressemblait le contenu de ma valise en rentrant de Berlin :

Revue de détails :
- Les zestes de citron et d'orange de Dr Oetker
Des petites sachets ultra-pratiques quand on a une soudaine envie de cake au citron ou de crêpes Suzette sans avoir d'agrume à portée de main. J'observe avec attention la percée de Dr Oetker sur le marché français, espérant voir bientôt apparaître TOUS leurs produits en France (et pas seulement leurs pizzas que personne ne comprend pourquoi les Allemands ils feraient de meilleures pizzas que les autres).
- Du dentifrice au citron

Je suis un peu citrono-maniaque, en effet. Et dans le dentifrice, c'est divin. En tout cas, bien meilleur que ces horribles trucs à la menthe qui m'arrachent la bouche à chaque brossage trois- minutes- sinon- c'est- la- carie- assurée (en même temps, je n'ai jamais eu de carie, ça doit être vrai quelque part). Et du dentifrice au citron, je n'en ai vu qu'en Allemagne et en Autriche pour l'instant (Schlecker, Rossman, DM, Bipa, mes amours : des supermarchés entièrement dédiés aux produits d'hygiène et de beauté, un rêve !).
- Du Philadelphia
Bon, je suis un peu frustrée, parce qu'il ne restait plus que du Balance, alors que le Philadelphia - comme tant d'autres choses - plus c'est gras plus c'est bon... Encore un exemple parfait d'un produit qu'on devrait sans problème pouvoir trouver en France (ne serait-ce que pour me permettre plus facilement de faire des cheese-cakes à tomber), et qui n'a toujours pas passé la frontière. On peut savoir pourquoi ?!
- La junk food à l'allemande
Je n'en suis pas particulièrement fière, mais je suis fan des Fertiggerichte de Maggi, ces infâmes poudres auxquelles il suffit de rajouter de l'eau et de laisser mijoter pour avoir l'Allemagne à sa table (quand on choisit la gamme "Wirsthaus"). Ca a tout pour déplaire aux nutritionnistes : c'est gras (de mauvaises graisses), salé (trop) et ça n'a aucun intérêt nutritif. Mais que c'est bon (et pas cher), surtout en laissant bien bien réduire, et en rajoutant - pour la légèreté - une cuiller à soupe de crème juste avant de servir, et un gros tas de parmesan dans l'assiette. La meilleure de toute, c'est la Nudelpfanne "Försterin". Mais en l'absence de cette dernière chez Kaiser's le 2 janvier au matin, je me suis rabattue sur les Spätzle au fromage et aux oignons. Avalée ce soir au demeurant : miam !
- Du pavot moulu
Dieu merci, on trouve du pavot en France. Mais pas de pavot moulu. Il faut donc avoir un moulin à pavot pour pouvoir faire tout ce que le pavot permet de faire de meilleur, en particulier les Mohnstollen, Mohnkuchen et Mohnschnitte. Je vais donc désormais, avec mes deux sacs de pavot moulu, pouvoir m'adonner aux joies de la pâtisserie et faire plein de gâteaux qui laissent tout plein de très chics morceaux de pavot bien noirs entre les dents.
- Du Fencheltee
Le Fencheltee, c'est de la tisane au fenouil, romantiquement appelée "tisane anti-prouts" par une amie. Ce n'est pas pour ses propriétés bienfaisantes pour le système digestif que j'adore cette tisane, mais pour son goût anisé très doux. Pour résumer, on pourrait dire que c'est la version allemande et saine ("gesund", concept très important et bien plus large que "sain" en réalité) du pastis. J'étais en grand manque depuis plusieurs mois, et me voilà bien équipée désormais. Attention, ces deux paquets ne sont pas identiques. Sauras-tu retrouver les 7 erreurs qui se sont glissées dans l'image ? Un indice : le meilleur des deux est celui du dessous.
- Du Schwarzwälder Schinken
Je sais, il y en a chez Monoprix. Mais pour oser dire ça, il faut n'avoir JAMAIS goûté de VRAI Schwarzwälder Schinken, ce jambon cru délicieusement épicé au genévrier et à la coriandre puis fumé au sapin, qui n'a la goût d'aucun autre. Il est servi très finement tranché, ce qui rajoute encore à sa délicatesse et - rondelle de citron sur le coca-light - sur une petite barquette en carton qui lui donne sa dernière touche de chic. Oui, le jambon en Allemagne, c'est tout un poème.
- Du Müllermilch à la banane
Je ne sais pas combien de fois le Müllermilch à la banane, sorte de milk shake onctueux, a pu me servir de petit déjeuner durant mon stage. Les horaires fort tôtifs de mon service étant résolument incompatibles avec mon rythme biologique, je n'avais bien souvent le temps le matin que de me doucher et de m'habiller avant de partir ventre à terre pour espérer arriver à temps pour la réunion de 8h du matin. Le Müllermilch n'était avalé qu'après la réunion, au calme dans mon bureau. Mmmmm, que de bons souvenirs ! Juste du lait, du sucre de raisin et de la banane. Le premier qui me suggère de le remplacer par du Yop, je lui crache dans sa bouteille pour offense caractérisée...
- Des petits pains d'épices de Noël en soldes
Déçue de ne pas pouvoir trouver de Marzipanstollen (ces sortes de grandes brioches aux fruits confits fourrés à la pâte d'amande, recouverts de sucre glace pour représenter le Christ dans ses langes), je me suis rabattue sur ces petits pains d'épices tout moelleux, cachés sous une croûte craquante de glaçage et reposant sur un socle de chocolat. Autant vous dire que Prosper et ses tranches sèches ne fait pas le poids face à ça. Ils ont disparu en une après-midi à la bibliothèque.
- Le pesto à la sicilienne Barilla
Pour finir, un truc fondamentalement pas allemand, mais que je ne trouve plus en France : le fameux pesto à la sicilienne de Barilla. J'ai fait des provisions me permettant de tenir un siège. J'ai tellement hâte à l'idée de ma prochaine soirée pâtes !!
Et encore, j'ai oublié de photographier mes délicieux Grießpudding nature de Landliebe : juste de la semoule fine, du lait, un peu de crème et de sucre, et c'est divin. Si Landliebe pouvait s'implanter en France, je serais au comble de la joie d'ailleurs. Allez, venez, c'est chouette par chez nous !
Outre ces petits détails, je tiens à vous dire que j'apprécie fortement votre imagination débordante et votre tendance naturelle à la surinterprétation : je vous dis que je vis provisoirement à deux, et vous en déduisez que je suis revenue de Berlin avec un chevalier teuton (non, je ne me lancerai pas dans le jeu de mot graveleux en rajoutant "qui nique", vous ne me prendrez pas en flagrant délit de vulgarité, franchement, quelle idée), avec qui je vivrais maritalement à la vitesse de l'éclair. Je tiens à démentir. Les Berlinois, je préfère aller les voir chez eux (entre autres pour les raisons évoquées ci-dessus).