07 février 2006

London calling...

LONDON, j'en ai rêvé, j'y ai été, j'en suis revenue. Qu'est-ce que c'était bien...

Déjà, il y a la ville en elle-même, dont on sent tout de suite le dynamisme et le cosmopolitisme. Les grands parcs se chargent d'assurer des tâches de calme vert en plein milieu de l'activité citadine. Je ne suis pas la première à la dire, mais c'est qu'il doit y avoir une once de vérité.


Je ne vais pas vous faire le topo de Trafalgar Square ou Covent Garden, je ne suis pas non plus le Guide Michelin, hein. Mais juste mon petit coup de coeur : la Tate Modern sur les bords de la Tamise, avec la vue de rêve depuis le café du musée sur le Millenium Bridge avec, dans la perspective, Saint Paul. Pas mal, vraiment pas mal.


On est allé boire du thé très anglais dans un salon de thè très anglais, the Orangery, au fond d'un jardin très anglais et très beau, juste à cote du Diana memorial, pour le fun. Bon, j'ai un peu l'impression d'avoir fait Saint Jacques de Compostelle en talons aiguilles pour voir quasi toute la ville en 2 jours, mais ça valait le coup.

D'autant plus que mon comité d'accueil m'avait prévu un programme parfait. J'ai été traitée comme une princesse pendant tout mon séjour, le rêve absolu. Jérôme, Jörg, Stephan, MERCI !! Et, clou sur le mur, cerise sur le gâteau, j'ai passé une soirée inoubliable (avec cours de langue à base de "Can I have a pint of cider, please ?" inclus) avec Myriam et Adelbert (photos très prochainement, j'espère !!). C'était bien de vous revoir tous, vous savez...

J'ai tiré quelques enseignements de mon week end, plus ou moins liés à Londres :

1. Plus jamais de Jägermeister. la santé par les plantes, c'est plus fort qu'on ne croit et l'abus ne soigne pas. C'étaient les premières et les dernières fois.

2. Un truc SUPER intéressant, que vous ne trouverez dans aucun Guide du Routard : à Londres, l'eau chaude est très chaude, l'eau froide est très froide, et ils ne savent pas très bien mélanger les deux dans un robinet, étrange...

et 3. C'est définitivement chiant qu'ils ne soient pas à l'euro, meme si ca permet parfois d'oublier (brievement) que la moindre miette de pain avec un peu de cheddar (pour les non-anglicistes, "sandwich" en bon françasi) coûte le prix d'un super dîner a Berlin.

Mes chevaliers servants m'ont raccompagné à Victoria Street, et les ennuis ont commencé. Vraiment, dès que je suis toute seule, rien ne va plus visiblement. Certes, rien de tragique. Juste un connard d'avion de business qui s'était embourbé au bout de la piste de l'aéroport, d'après les bribes de conversation que j'ai pu attraper au passage. Résultat : tous les départs d'Esay Jet étaient annulés (bizarre quand même que cette décision n'ait concerné que les compagnies low cost...) jusqu'au lendemain matin.

Je cherche donc à accéder au guichet Easy jet pour prendre l'autre vol pour Berlin qui part non pas de Luton mais de Gatwick en fin de soirée. 2 heures de queue. Trop long, il n'y avait plus moyen d'arriver à temps à l'autre bout de Londres. Le seul avantage de cette queue a été un bon moment de divertissement grâce au client mécontent juste derrière moi.

Dans la queue, il y a LE francais par excellence :
- celui qui vit depuis 10 ans en Angleterre,et ne parle que vaguement un truc ressembant à de l'anglais, mais absolument inutile dès lors que l'on veut se faire comprendre de quelqu'un d'autre qu'un compatriote parlant la même langue étrange ;
- crache sur la France ("vraiment, impossible d'y vivre, c'est plus communiste que la Chine") autant que sur les Anglais ("plus
individualistes et fermés, tu meurs") ;
- et qui engueule sa femme au téléphone parce qu'elle n'arrive pas à ouvrir Internet Explorer (bon, en meme temps, Internet Explorer, c'est pas la Mongolie, elle aurait peut etre aussi pu faire un petit effort).

Après ce moment d'antichauvinisme est arrivé celui de la prise de conscience : il allait falloir que je me trouve un siège à peu près confortable pour y passer la nuit. Les banquettes moelleuses avaient d'ores et déjà été prises d'assaut. Il restait les chaises métalliques du Burger King. Tiens, au fait, je pourrais peut être manger un petit quelque chose... Après avoir essayé activement de trouver un gentil monsieur qui accepterait ma carte visa, ayant laissé mes derniers pounds à Stephan, j'ai fini par tomber sur le "Food village", où je me suis dirigé vers un sandwich ramolli et, en prévision de ma longue nuit blanche en perspective, un "diet coke refill as many times as you like". Je ne pense pas les avoir totalement conduit à la faillite, mais les gérants du village de la bouffe ont certainement regretté ma présence en faisant leurs comptes lundi soir. J'ai au final un peu regrette d avoir "liké" "so many times", mais ça passe toujours mieux que le jägermeister. Pourtant, c est aussi un truc végétal...

Heureusement, un geste inconscient ou inspiré m'avait fait prendre le pavé de Gavalda, "Ensemble c'est tout" en quittant ma chambre vendredi soir. Déjà lu, mais tant pis, c'est mieux que rien. Et je me suis replongée avec délice dans les aventures de Philibert et Franck. De la mémé au jardin. De tous ces gens imparfaits et parfaitement ordinaires, dont on ne rêve que de savoir ce qui va leur arriver.

1h46 : ma perception subjective du temps qui s'écoule commence à s'éloigner considérablement de de la réalité objective selon laquelle 1 mn = 60 secondes.

3h21 : le Burger King commence a repasser les memes chansons qu'à 21h, je suis perdue.

4h20 : le timing est parfait, je tourne la dernière page.

4h30 : la délivrance, l'enregistrement commence.

Voilà, ça ressemble à ça une nuit de Penner à l'aéroport de Luton. Je repensais aux derniers mots de Jérôme : "c'est juste dommage que tu n'aies pas de dernière soirée gemütlich à Londres". Suffit de demander...

01 février 2006

AAAAAAAARRRRRRRRRGGGGGGGGHHHHHHHHHH (oui oui, je vais bien)

Et bien voilà, comme tous les ans, comme tous les deux fois par an même, je suis en train d'affronter vaillamment les "inscriptions pédagogiques en ligne". Pour les non sciences-poteux, la compassion va être difficile. Mais c'est le bordel, comme d'habitude. Pas assez de cours, pas assez de place, des horaires toujours aux extrêmes de la journée (et on est supposé faire quoi entre 10h et 19h, une fois que notre journée est bornée par nos deux cours du matin et du soir ??). Le point positif, c'est qu'entre deux clics de souris pour actualiser la page qui refuse obstinément de s'afficher (ah zut, le serveur est momentanément indisponible, ça veut dire qu'il faut que je recommence tout ??!!), me revoilà revenu au clavier. Depuis le 5 janvier, ça fait long. De toutes les théories farfelues imaginées par ceux qui se demandaient pourquoi je n'écrivais plus, je dois dire que Fanny remporte la palme de l'invraisemblablité. Rien de tout ça. J'ai juste été à la fois très occupée et peu inspirée. Bon, je ne suis pas vraiment inspirée aujourd'hui non plus. Mais c'est comme le vélo : on n'oublie jamais, mais plus on attend pour s'y remettre, plus on a de courbatures après.

Dans les "highlights" de ces dernières semaines, il y a avant tout eu un super week end avec Anne et Julien. Merci d'être venus jusqu'ici, d'avoir bravé les températures... fraîches et les vols très matinaux d'easyjet !! Entre nos grandes promenades d'Ouest en Est (ou plutot d'Est en Far East), quelques pauses petit-dej / brunchs / Kaffee-Kuchen / cocktails nous ont permis de ne pas geler, contrairement à la pelouse du Reichstag !

Sinon, il y a aussi eu la réalisation de mon projet et la Journée franco-allemande, durant laquelle le prix Adenauer-De Gaulle a été remis à VGE et Schmidt. Outre le fait de voir ces deux dinosaures européens (vieux mais impressionants, encore et toujours), cette grand messe de l'amitié transrhénane m'a donné l'occasion d'entendre résonner dans une ambiance complètement surréaliste la chanson franco-allemande culte des années 80 "Comment ça va... comme ci comme ci comme ci comme ça..." (paroles complètes pour les littéraires amateurs de Pléiade en PS) dans la salle de réception du Auswärtiges Amt. Malheureusement, cette béatitude musicale avait été réservée aux techniciens qui installaient les micros et tout le barda de sécurité avant l'arrivée des guest stars, VGE et Helmut ont dû se contenter d'une salve d'applaudissement pour tout accompagnement sonore.

J'ai profité du froid sibérien et de l'accalmie d'activité au bureau pour m'enfermer des les salles obscures de Berlin, ce qui m'a permis de voir de plus ou moins bons films. Si Match point m'a définitivement déçue, je suis définitivement sous le charme de The constant gardener, qui a réussi sans difficulté à m'arracher quelques larmes (Eve dirait que je ressemblais à un tuyau d'arrosage), et de Sommer vorm Balkon, qui est un potrait très touchant autant de Berlin que de l'amitié. Je ne sais pas s'il sortira en France, en Irlande, en Suisse (bon, là, je suis quasi sure que oui) ou en Ukraine (là, je suis quasi sure que non), mais j'encourage vivement quiconque aurait la possibilité de le voir d'y courir sans réfléchir ! En plus, on y voit Prenzlauer Berg, "mon" quartier, sous toutes les coutures. Je sens qu'il va vite devenir mon film nostalgie de Berlin, et j'attends déjà avec impatience sa sortie en DVD.

Guillaume et moi avons quasiment eu droit à notre quart d'heure de célébrité lors de la venue de de Villepin à la Humboldt Universität, merci les Tagesthemen :-) Mais je pense que nous avons encore du rab de postérité en stock, non Guillaume ? Bien, mais peut mieux faire...

Sinon, Anne mon petit lutin berlinois...



... s'est envolée pour Toulouse, les déjeuners sont beaucoup moins drôles au AA. On a fêté dignement notre dernière soirée commune au Soul Explosion, un club délicieusement 70s dans l'ancien Est de l'Est, entre la rue de la liberté et la rue de l'union des nations, pas très loin - sans doute - d'une rue Lenine ou Marx. Nos déhanchements furieux jusqu'au petit matin m'ont permis de récupérer ma bonne conscience après une soirée Käsefondue des plus réussies chez M&C avec la petite troupe de fidèles. Ca va être triste de ne plus pouvoir faire ces dîners autrement qu'en visioconférence.

Je ne sais pas si c'est un mécanisme d'auto-défense psychologique pour éviter de tomber dans la dépression dès mon retour à Paris, mais je dois dire que plus la fin approche, plus l'envie de rentrer commence à se faire sentir. Je crois que c'est ce qui fait toute la différence entre s'installer et passer quelque part. Je savais depuis le début que mon temps ici était limité. Oui Charles, moi aussi je suis un peu prisonnière du temps (même si ma situation est moins dramatique que la tienne). Voilà, je sais que dans 3 semaines, je suis en France, que je vais retrouver tous les gens que je n'ai pas vus depuis plusieurs mois et qui me manquent. Je sais aussi que ça veut dire que je ne verrai plus ceux qui, ici, font de chaque jour un moment particulier. Bon, en gros, il n'y a jamais tout le monde à un seul endroit. Il faut que je m'y fasse, ça ne fera qu'empirer :)

D'ailleurs, je m'apprête à crâner un bon coup en allant voir mes copains londoniens pour le week end. YIPPI !!!!

Comme promis, en faux PS, les paroles de la chanson du siècle :

Comment ça va, comme ci, comme ci, comme ci, comme ça,
tu ne comprends rien a l'amour,
rester la vie, rester toujours.

Comment ça va, comme ci, comme ci, comme ci, comme ça,
tu ne comprends rien a l'amour,
rester la vie, rester toujours.

Mann, war das ein Mädchen, damals in Paris,
ich ging mit ihr tanzen, ach, was war sie süß,
sie lag so eng in meinen Römen,
ich sagte, komm', wir gehen hier fort,
doch ihre Antwort war französisch,
ich verstand kein Wort.

Comment ça va, comme ci, comme ci, comme ci, comme ça,
tu ne comprends rien a l'amour,
rester la vie, rester toujours.

Comment ça va, comme ci, comme ci, comme ci, comme ça,
tu ne comprends rien a l'amour,
rester la vie, rester toujours.

Und dann fuhr sie seller, oben schien der Mond,
sie hat meine Nerven wirklich nicht geschont,
wir beide gingen eng umschlungen wortlos durch die Nacht,
ich stand voll in Flammen, sie hat nur gelacht,
ich sagte: bitte küß mich, schenk' mir ein bißchen mehr,
sie hat mich nicht verstanden, so wie ich sie vorher,

Comment ça va, comme ci, comme ci, comme ci, comme ça,
tu ne comprends rien a l'amour,
rester la vie, rester toujours.

Comment ça va, comme ci, comme ci, comme ci, comme ça,
tu ne comprends rien a l'amour,
rester la vie, rester toujours.

Comment ça va, comme ci, comme ci, comme ci, comme ça,
tu ne comprends rien a l'amour,
rester la vie, rester toujours.

Comment ça va, comme ci, comme ci, comme ci, comme ça,
tu ne comprends rien a l'amour,
rester la vie, rester toujours.

The Shorts

==> Avouez que ça a de la gueule, du style, de la classe...

06 janvier 2006

Last Christmas

Le bilan de ces derniers jours est unanime : c'était génial mais épuisant (et très nourrissant), comme toutes vacances de Noël qui se respectent. Avec quelques très beaux moments.

Il y a tout d'abord cette émotion indescriptible de joie et de sérénité mêlées, l'impression d'être juste là où j'avais envie d'être en arrivant sur la plage déserte de l'île d'Oléron. Une grande promenade solitaire dans le sable, la mer là rien que pour moi, mon nez anesthésié par le froid qui ne sent même plus l'air marin (dommage) et surtout, la plage pour moi toute seule. De la pointe de la Perroche jusqu'au bout de Vertbois, il n'y avait que moi, personne d'autre. Pas de petits gamins en train de faire des châteaux de sable. Pas de vieux Allemands pervers changeant de maillots de bain toutes les 1/2 heures. Pas de peres de famille portant les parasols. Juste la mer en hiver.






Les perfides penseront que toutes ces photos montrent la même chose, un truc inutile au possible, une plage la veille de Noël. Mais chaque photo est différente (si si), les couleurs changent à chaque instant sur cette île. Cette promenade a vraiment été mon bol d'air.

Après Oléron et les fêtes de Noël tartinées de foie gras, petite escapade à Barcelone. Enchantement architectural avec Gaudi, ses "casa" et son parc, et le Palau de la Musica. Choc esthétique avec la Sagrada Familia. Dynamisme de la ville, qui vit et s'agite nuit et jour. Contraste d'une vieille ville repliée sur elle-même et l'immense ouverture sur la mer qu'est le nouveau port (Anna, ce n'est pas Dunkerque, mais la capitainerie est magnifique !). Un mélange tellement réussi de très vieux et de très neuf. Une vraiment ville captivante. La vieille Europe a quand même du bon !

Et encore après ça, un petit réveillon bien sympathique, plein de réjouissances drôlissimes. J'ai retenu notamment le brillant "lui mettre les points sur les i et mon poing dans la gueule" d'Edith (boxant plutot dans la categorie poids plume pacifiques).

Et au retour, mon voisin d'avion était visiblement un drogué du sudoku. Il s'est adonné à sa passion pendant tout le vol de façon tellement fébrile que je ne pouvais m'empêcher de repenser aux explications de texte de ma prof de littérature nous préparant au bac avec Le Jouer d'échecs de Zweig. Les mains tremblants, la bouche maugréante, les narines vibrantes, j'avais à faire un vrai fan du sudoku, qui semblait se battre intérieurement avec lui meme...

Malgré tout ces bons moments, je suis contente de retrouver Berlin. J'ai eu la visite de Stephan lundi au Ministère, c'était vraiment sympa, mais ça me faisait bizarre de "l'accueillir" dans ces lieux qu'il connaît si bien et qui me semblent tellement faits pour lui. Les rôles étaient presque inversés.

Et là je mange des pâtes aux épinards absolument en divine en écoutant le dernier Bénabar, lui aussi divin. Et entre deux balancements de buste en rythme, je parle de choses aussi existentielles que "faut-il bouder après une rupture ?" ou "comment faire pour avoir le courage de sauter à l'élastique ?" avec ma copine Juliette. La vie est chouette quand même...

22 décembre 2005

Erdbeerwodka et Berlinostalgie

Bon bah y a pas à dire, c'était encore une super soirée... Après une grosse journée au AA (Cornelia, c'est promis, on se retrouve à Friedrichstrasse au mois de janvier !!), des amis, de la bonne musique, de la vodka-fraise, des rires et des chants comme sur l'Ïle aux enfants, ça fait du bien... J'avoue, je ne suis pas certaine qu'il y ait vraiment eu de la vodka-fraise chez Casimir, mais faisons comme si.

Donc cette merveilleuse soirée chez Sebastian (herzlichen Dank für deinen sowohl großzügigen als auch großartigen Empfang !!) m'a permis de clore en beauté le premier volet de mon séjour berlinois. Je m'envole demain pour la France, moitié contente moitié moins contente. Bien sûr, je me réjouis de revoir un peu tout le monde, de passer du temps à Oléron et d'aller visiter Barcelone en agréable compagnie, mais je regrette déjà un peu Berlin. Bien que 10 jours passent vite, j'avais l'impression d'être à la répétition générale de mes adieux de février. Je me rendais compte avec deux mois d'avance qui allait me manquer (ou non).

Juste avant de partir, j'ai rangé mon bureau à la Suisse. Mais alors, VRAIMENT très bien. D'ailleurs, il n'y a absolument plus rien dessus tellement il est bien rangé, on dirait que je m'en vais pour toujours. J'aurais peut être dû laisser un post-it pour confirmer que je revenais en janvier, ils vont croire que j'ai fait une fugue. J'ai aussi eu mon entretien de moitié de stage, qui ressemblait presque à un entretien de fin de stage. En somme, ça sent sacrément le sapin, bien que celui du Lichthof soit loin de mon bureau. A propos de sapin du AA, voila ce qui trône depuis quelques jours dans le hall du Ministère :


Avec un petit commentaire sur internet, on comprend tout de suite mieux pourquoi rien n'est assorti sur cet arbre :

"Lichterbaum der Völker" im Auswärtigen Amt
Das Auswärtige Amt hatte die Botschaften in Berlin und Bonn in diesem Jahr gebeten, jeweils einen landestypischen Gegenstand für den Baumschmuck des Weihnachtsbaums im Lichthof des Ministeriums zur Verfügung zu stellen. Etwa 80 Botschaften haben meist kunsthandwerkliche Artikel übersandt. Sie spiegeln Bräuche und Traditionen des jeweiligen Landes wider, stellen typische Tier- oder Pflanzenarten dar oder werden auch im Herkunftsland als Festdekoration benutzt. An dem über acht Meter hohen Baum sind deswegen viele interessante Details zu entdecken.

Je suis certaine que le Protokoll a dû être consulté pour savoir quelle boule placer à quel endroit et si par hasard, le Burkina Faso ne se sentirait pas vexé si jamais on met sa décoration tout en haut, là où personne ne voit, alors que le Gabon est presque à hauteur d'yeux. Diplomates jusqu'au bout des boules...

20 décembre 2005

J'y vais ou j'y vais pas ?

Ce qu'il y a de pas bien avec les amis (oui, je sais, je suis un peu dans la thématique amis amis amis en ce moment, mais ça prouve bien l'importance de ces petits êtres étranges dans ma vie), c'est que quand ils vous connaissent vraiment bien, ils savent lire entre les lignes et ils n'hésitent pas à poser le doigt sur ce qui fait mal (pour au final, faire du bien, si ce sont vraiment des amis).

Cela vaut pour les merveilleux conseils pleins de tact et de vérité de Fanny (encore merci, efficacité garantie). Et cela vaut aussi pour la perspicacité de Juliette, dont je me permets de copier coller un bout de mail (pour les droits d'auteur, on verra ça dans le RER B le 1er janvier ok ?) :

"Tu as l'air d'avoir trouvé des supers amis dont la description sur ton blog est rejouissante, c'est vraiment super. ton blog a aussi suscité une question en moi : es-tu vraiment déterminée à faire l'ENA ? ne prefererais tu pas au fond de toi continuer à passer ta vie à bruncher à Berlin ? c'est une question à la con mais je pense que ça vaut la peine de se la poser. c'est tellement d'investissement l'ENA..."

Oui, c'est peut être une question à la con, mais moi aussi je me la pose, Juliette m'a mise à nue. Bon, déjà, il faut remettre les choses à plat : il y a une différence entre vouloir faire l'ENA et faire l'ENA. L'un permet l'autre, mais l'inverse est rarement vérifié. Donc la question est de savoir si j'ai envie de vouloir faire l'ENA. Au lieu de "j'y vais ou j'y vais", c'est "j'essaie d'y aller ou pas ?". C'est bien cette question que je me pose. Parce que mine de rien, rien que d'essayer d'y aller, ça suppose pas mal de sacrifices, comme l'a souligné Juliette. Et ce sont des sacrifices que je suis de moins en moins prête à faire chaque nouveau jour passé à Berlin.

Entre l'abandon de Guillaume (traître !), les réserves répétées et justifiées de Michael et Cornelia, ma déception devant la liste des admis 2005, l'image des énarques dans les cercles allemands, l'image des énarques dans la société en général (non, je n'ai pas envie d'être détestée par les 60 millions - quelques milliers de Francais qui n'ont pas fait l'ENA), et surtout ma vie ici si agréable, je ne sais plus très bien pourquoi il faudrait que je me tape encore la tête contre les murs à force de Finances publiques pendant quelques mois au mieux, quelques années au pire.

Pourquoi je ne resterais pas à Berlin ? Bon, tout de suite, je trouve une bonne raison : pour quoi faire ? Et tout de suite, je trouve une réponse : je pourrais poser ma candidature pour le programme d'échange d'assistants parlementaires. Mais ça ne fait que repousser le problème d'une année, avec sans doute encore plus de difficulté à m'y remettre sérieusement. Je vois déjà les "ravages" de quelques mois de stage sur ma détermination, je n'ose pas imaginer ce que ça serait dans 18 mois...

Et puis d'un autre côté, je me dis que j'aimerais quand même bien faire un boulot qui me donnerait envie de me lever le matin. J'ai envie de continuer, comme en ce moment, à être contente d'aller bosser. Et je crois que la diplomatie est ce que j'ai vraiment envie de faire.

En fait, je crois que je souffre d'une légère schizophrénie : chaque jour renforce ma motivation pour rentrer "au Quai", mail chaque jour affaiblit aussi ma motivation pour rester enfermée à bosser alors qu'il y a tellement de trucs géniaux à faire autres que lire le Chapus un dimanche après-midi (ou pire, un samedi soir !!). Vous avez une formule magique (ou des arguments décisifs) ???

Pour finir, un article sur Sciences Po et l'ENA, très orienté (vu la source, ce n'est pas très étonnant), plein de fausses vérités un peu démagos, plein d'erreurs, mais qui pose néanmoins des questions de façon intéressante (et qui résume aussi certainement très bien l'opinion générale sur les sciences poteux et l'énarchie).

L'article, intitulé "Comment Sciences-Po et l’ENA deviennent des « business schools »" date un peu (2000, il s'en est passé des choses depuis, ce n'est pas Richy qui dira le contraire) mais reste recommandable. Et par le même auteur, dans la même veine, un article spécial Fanny qui adore les épreuves de Culture G autant que moi : "Les meilleures copies". Tout un programme !

Avouez que ça ne donne pas envie...

19 décembre 2005

Les anciens et les nouveaux amis

A tous ceux qui en doutaient et qui ont lu avec désespoir mon post "Juhuuuuuuuuuu", je tiens à préciser qu'il est bien évident que le fait de rencontrer des personnes aussi attachantes qu'intéressantes ne m'empêche en rien de continuer à apprécier pleinement les qualités nombreuses et inestimables de mes amis plus anciens.

Alors OUI, Cornelia, Guillaume et Michi (pour éviter toute contestation, l'ordre adopté s'est réduit à l'observation stricte de l'ordre alphabétique de vos prénoms, tel qu'en vigueur dans les pays latins), même si je ne viens pas de vous rencontrer, vous méritez aussi de figurer dans ce blog, bien évidemment.

Parce que les soirées russes chez Gorki, les brunchs chez Maibach et les soirées fondues sont inoubliables, parce que nous arrivons ensemble à déjouer les mécanismes perfectionnés de surveillance des mails de nos ministères respectifs, parce que vous êtes là depuis suffisamment longtemps à mes côtés pour que mes barrières soient complètement transparentes pour vous, parce qu'il suffit d'un regard (par dessus une monture de lunettes déglinguée) pour comprendre que Conny va attaquer le 2ème Sujet de la soirée (avec un grand S bien sûr), parce que chacun d'entre vous pourrait assurer un one-(wo)man-show décapant de 16 heures non-stop, parce que même si Anna Gavalda n'est pas de la grande littérature, vous vous battez pour avoir mes livres, parce que ça et tout le reste : vous faites partie de ma vie à Berlin, vous êtes de ceux qui me donnent envie de rester ici.

Comme je ne doute pas que d'autres encore vont se sentir lésés à la lecture de ce dernier message (c'est peut être un peu mégalo ça comme pensée...), je tiens à publier d'ores et déjà une note préventive : non, je n'écrirai pas de post ni individuel ni groupé pour chaque réclamation faisant suite à celui-ci / oui, je tiens quand même à vous.

Mais un message chez Melle Coco, ça se mérite - ou ça se soudoie, si vous préférez la technique Conny. Car en effet, j'ai été menacée, violentée, terrorisée. Tout ça pour avoir le droit de voir "La vérité si je mens", pfffffffffffffffff, c'est n'imp. En tous cas, je l'ai bien méritée, ma séance de home cinema, non ? Allez, souriez, vous êtes mes amis !

18 décembre 2005

Revenue d'un autre monde...

Il est tard et mon style littéraire doit être passablement altéré par la soirée que je viens de passer dans un autre monde. Mais cette découverte mérite un petit récit. Et peut être que demain, j'aurais tout oublié. Les souvenirs accompagnant les dernières traces de vin blanc auront été remplacés par une solide migraine.

Cette soirée était à double titre exceptionnelle : j'ai découvert "l'Autre Berlin" et j'ai été accueillie dans une Burschenchaft, une confrérie étudiante.

L'Autre Berlin, c'est avant tout le Berlin de l'Ouest, que je suis si peu amenée à découvrir. Et oui, il faut se rendre à l'évidence, tout se passe désormais à l'Est, et on se demande bien aujourd'hui pourquoi pendant des années, tant de DM (et surtout de $) ont été engloutis pour maintenir l'îlot capitaliste qu'était Berlin Ouest dans l'océan socialiste pendant la Guerre Froide. En effet, pourquoi avoir subventionné de façon si intensive la survie d'un petit bout de territoire qui aujourd'hui est délaissée justement parce qu'il n'a pas ce charme "de l'Est", parce qu'il n'a pas l'intérêt des survivants (ou des ressuscités) comme Prenzlauer Berg, Mitte ou Friedrichshain. Une profonde injustice, mais une imposante réalité. Tout ça pour dire que dans le Berlin des années 2000, l'Ouest de la ville aurait pu ne jamais exister, les étudiants berlinois ne verraient pas la différence... Donc s'aventurer à l'Ouest est véritablement un évènement. D'ailleurs, ce n'était que ma deuxième fois, la première ayant été consacrée à me rendre à l'aéroport.

De plus, je n'ai pas fait que me rendre à l'Ouest de la ville, je n'ai pas fait les choses à moitié, je suis allée jusqu'à sortir de la vraie ville pour aller dans la ville-campagne. Encore un autre visage de Berlin. J'ai pris le S-Bahn jusqu'à Nikolassee, c'est-à-dire quasiment le Wannsee. Et je me suis retrouvée dans un endroit absolument charmant, mais ressemblant à tout sauf à Berlin. Pour être précise, ça ressemblait surtout aux hauteurs de Saint Cloud ou de Sèvres : de jolies rues très calmes, accueillant de grosses, solides et familiales voitures ; de jolies maisons très bourgeoises, accueillant de grands, chaleureux et familiaux appartements ; de jolis jardins très fleuris, accueillant de nombreux, éducatifs et ludiques éléments de jeu pour enfants. Un endroit pour se ressourcer dans son foyer en somme, avant d'aller affronter la dure réalité de la vie de la ville, avec son bruit, son odeur, ses bouchons, ses SDF. Il y a donc à Berlin des endroits qui ressemblent à des banlieues américaines, ou au XVIIIème arrondissement de Vienne : des endroits où on est encore administrativement dans la capitale, mais où on est en pratique dans un monde à part. La preuve en images :`
























D'ailleurs, ils (les gens de la mairie de Zehlendorf, dont dépend Nikolassee) le disent eux-mêmes :

"Nikolassee - Grüne Wohnlage zwischen Schlachtensee und Wannsee.
Im Jahr 1901 wurde die Villen-Colonie Nikolassee gegründet. Noch heute lebt man hier sehr ruhig und ein wenig abseits des Großstadtlebens und genießt die wald- und seenreiche Umgebung."

Villen-Colonie, voilà exactement le mot qu'il fallait pour décrire Nikolassee...

Le deuxième élément qui a fait de cette soirée un moment hors du commun dans ma vie berlinoise est son contenu. Je me suis en effet rendue à une soirée organisée par Jonas (vous savez, celui pour lequel il ne faut pas se fier aux apparences de post juste en dessous). Et puisque la soirée était organisée par Jonas, il fallait qu'elle ait lieu chez Jonas. Mais Jonas, durant son stage au AA, loue une chambre au sein de la "wohnliche Villa" de la confrérie Obotritia (www.obotritia-berlin.de), ce qui m'a permis de découvrir l'envers et l'endroit du décor des confréries étudiantes.


Les confréries, c'est comme les francs-maçons, je ne sais rien de ce qui s'y passe à l'intérieur, mais je n'aime pas ça par principe, ça me fait un peu peur par nature. Quelque peu rassurée par le fait que Jonas soit parfaitement normal, je me suis donc aventurée jusqu'à la villa de l'Obotritia. Quelques mythes se sont effondrés, certains se sont affermis. Pour résumer ce que peut être le Cercle des poètes disparus sans poésie (il commence à être vraiment très tard) :

- les confréries, c'est un truc d'HOMMES virils et solidaires. Ma venue a constitué une presque première. Depuis des lustres, aucune femme n'avait été admise dans l'enceinte de la villa. Cette indulgence particulière n'était toutefois en rien dû aux éventuelles qualités particulières de ma personne, mais bien plus à l'état semi-comateux de la quasi-totalité des habitants de la villa, dû à la Burschenschaftsfeier de la veille, au cours de laquelle la bière avait coulé à flots, à en croire les cadavres de bouteilles. Seul Jonas, qui s'y était préparé, a dû subir la présence d'un être non-masculin durant cette soirée ; les apparences ont donc été sauves.

- les confréries, c'est VRAIMENT un truc d'HOMMES virils et solidaires (pour la solidarité, ça dépend des moments). Au cours de la visite de la maison, Jonas nous a expliqué en détails ce que signifiait chaque élément des armes de la confrérie. Quand je me suis étonnée des deux épées (des vraies) placées en encadrement du blason, il m'a expliqué que l'escrime faisait partie des traditions encore bien vivantes des confréries. En clair, j'ai passé la soirée chez des gens qui se battent encore en duel. Entre potes, bien sûr, pour ne rien faire qui soit illégal, mais quand même... J'ai eu droit à un cours d'initiation au maniement de l'épée, aux passes élémentaires (c'est presque comme danser le rock) et aux meilleurs moyens de me protéger le visage pour ne pas être blessée (bien que les cicatrices "soient toujours portées avec fierté étant une marque d'appartenance à la confrérie, donc une marque d'honneur). Ca fait bizarre...


- les confréries sont les garants d'un certain art de vivre d'un autre âge (qui peut malgré tout être agréable). Franchement, quel foyer d'étudiants dispose d'une véritable bibliothèque cosy avec fauteuils club en cuir, parquet au sol et gravures au mur ???

- les confréries sont les garants d'un certain art de vivre d'un autre âge (qui peut être pafois complètement suranné, voire révoltant) ? Franchement, quel étudiant vous répond, quand vous le remerciez pour le délicieux repas qui vous est offert, "tu sais, je n'ai rien fait, c'est notre cuisinière qui a tout préparé" ???

- les confréries ne sont pas nécessairement orientées politiquement, ou en tous cas, pas toujours FDP / CDU à fond les ballons. Jonas est plus Vert qu'un brocolis, et l'Obotitria est historiquement liée au SPD (mouais, ça donne bonne conscience, c'est toujours bon à prendre).

- les confréries sont avant tout le moyen de créer des liens entre les générations (elles fonctionnent principalement grâce au soutien financier et moral des anciens) et entre étudiants d'une même génération. A propos des anciens, une anecdote douce-amère : traditionnellement, les murs de la salle des repas de chaque confrérie sont couverts des portraits des anciens de la confrérie, avec généralement leur date d'entrée dans l'organisation. L'année universitaire allemande se divise en deux semestres, le Wintersemester (WS) en hiver, et le Sommersemester (SS) en été. Chaque portrait porte donc, outre le nom de l'heureux photographié, l'inscription WS 1913 ou SS 1927, ce qui signifie que la personne sus-nommées est rentrée dans la confrérie au semestre d'hiver 1913 ou au semestre d'été 1927, par exemple. La confrérie originelle de Jonas, à Heidelberg, ne dérogeait pas à la règle. Mais la moitié des portraits manquent à l'appel sur les murs : lorsque les Américains ont occupés (ou libérés, selon le point de vue de chacun) Heidelberg en 1945, ils avaient établis leur QG dans la maison de cette confrérie, et avaient donc jeté tous les portaits sur lesquels figuraient "SS". Il ne reste donc plus que les Wintersemester...

En somme, je ne peux pas dire que j'aie été particulièrement séduite par ce mode de vie, mais qu'il m'apparaît désormais moins comme un dangereux rassemblement de fanatiques sectaires que comme une façon, certes un peu extrême, de créer des liens de solidarité entre des individus autour d'un intérêt commun. Et n'est-ce pas ce que nous faisons tous un peu ? Le côté théâtral de cet instrument social, comme les duels, n'est finalement que la partie émergée de l'iceberg : la plus visible, mais la moins représentative. C'est à la fois ce qui effraie et fascine. C'est ce qui soude. Mais au fond, tout le monde sait que c'est "juste pour rire". C'est comme se déguiser pour quelques heures. En tous cas, cette plongée dans un monde entièrement nouveau et qui m'est en théorie complètement fermé était captivante !

16 décembre 2005

JUHUUUUUUUUUU (youpi, en VO)

Ca y est, pour de vrai, j'ai à nouveau internet A LA MAISON !! En théorie, ça veut dire que je vais essayer d'écrire un peu plus qu'une fois par mois... Car le Auswärtiges Amt est certes équipé d'internet (les Allemands sont des gens aussi modernes que prévoyants), mais pour des raisons que j'ignore (mais que je suppose liées au fait que les diplomates allemands sont aussi prévoyants que parano), le simple fait de taper l'adresse internet de blogger fait systematiquement planter mon ordinateur. Mais cet âge de pierre est derrière moi ! Vive l' accès libre à blogger !

Le problème, c'est que maintenant, je n'ai ni la capacité ni l'envie de faire un résumé de tout ce que j'ai vécu depuis ce paquet de semaines. J'ai fait des tas de choses, j'ai vu des tas de films, j'ai été dans des tas de cafés, j'ai flâné sur tous les marchés de Noël de la ville, j'ai rencontré plein de gens, je n'ai pas vu le temps passer. Donc en très gros, JE VAIS BIEN !!!

Mon stage me plaît vraiment vraiment vraiment beaucoup :

- maintenant que je me suis vraiment complètement faite à mon environnement de travail prussien jusqu'aux boutons de manchette. Mes collègues se lâchent complètement : non seulement ils se sont mis à me sourire de façon régulière et répétée, mais ils commencent aussi presque à rire. Il y en a même un avec qui je passe régulièrement de (pas trop quand même) longues pauses où on essaie toutes les sortes de café du Coffee House en bas du Ministère en parlant de tas de choses passionantes. Une relation normale quoi...

- maintenant que mon projet est définitivement officiellement politiquement lancé. Beaucoup de boulot en perspective donc, mais tres satisfaisant. J'en saurai encore plus mercredi prochain, après mon Zwischenevaluierungsgespräch. Le truc bien, c'est que juste après, je pars 10 jours en vacances, histoire d'oublier toutes les choses désagréables que je vais peut-être avoir à entendre ! So werden Probleme gelöst ! Selon le principe de mon ancien coloc de Vienne, il n'y a pas de problème, il n'y a que de mauvaises décisions et de mauvaises solutions.

- maintenant que j'ai rencontré des gens vraiment bien, qui ne sont pas juste des "Mitpraktikanten" qui passent rapidement dans la vie des autres, au rythme du turn over permanent des stagiaires, et avec qui on ne partage pas grand chose de plus que quelques déjeuners. Non, les gens que j'ai rencontrés sont des gens de valeurs, que j'aimerais vraiment garder autour de moi dans ma vie normale, même au-delà de mes quelques mois de stage. Non non, je ne tombe pas dans le mélo "on est tous amis à la vie à la mort" et "ici j'ai vraiment trouvé une deuxième famille" qui est réservé aux participants des émissions de téléréalité. Je ne parle pas des dizaines de stagiaires qui sont juste dans les mêmes bureaux que moi toute la journée. Je parle des quelques personnes avec qui je passe aussi mes soirées très souvent, des morceaux de week end souvent. Il y a Anne, qui est "so toll" que c'est difficilement descriptible. Il y a Jonas pour qui a été inventée l'expression "il ne faut pas se fier aux apparences" et qui me fait mourir de rire. Il y a aussi Elisa, qui m'appelle pour que je ne la laisse pas boire seule dans ses cocktails dédiés à l'harmonie des relations transatlantiques et avec qui je refais le monde encore un peu plus chancelant qu'il n'était après quelques verres de Sekt. Il y a Sebastian, le philosophe humble dont la culture me fait sentir à la fois minuscule et curieuse de tout. Il y a Cobi, étrange mélange de Berlinoise et Viennoise convaincue dans les deux cas, un shot de bonne humeur à chaque sourire. Bon, ça fait un peu déclaration d'amour publique, mais on ne rit pas. Ce sont des gens qui sont véritablement devenus importants pour moi ces dernières semaines.

Dans un autre genre, il y a aussi mon presque boyfriend américain Paul, avec je me sens tellement à l'aise que je m'étonne moi-même. Meme si on sait tout les deux que c'est pour rire, il réussit malgré tout à me fait me sentir exceptionnelle (au moins à ses yeux) quand il me dit "Sophie, just say a word, and I'm yours, your life will be like this Wham christmas song". J'imagine mal ma vie ressemblant à une chanson gay des années 80, mais bon, tant mieux en fait, parce que juste après, généralement, il me demande pour la 39634ème fois s'il devrait se marier ou pas (pas avec moi, avec sa girlfriend, la vraie, bien sûr). Rien de sérieux donc. Bref, ça me fait du bien sans me prendre la tête, c'est du tout bon, aussi bizarre que ça puisse paraître.



En dehors de mon stage, les soirées restent tout aussi animées malgré la bise hivernale. Je n'ai bien évidemment pas encore eu le temps une seule fois d'ouvrir un bouquin d'économie ou de droit public. Je suis en pleine phase de réflexion sur mon avenir (grand sujet). Et j'imagine chaque jour mille et un stratagèmes pour rester à Berlin, et ce n'est pas mon séjour à Paris (malgré ma merveilleuse soirée au Mondrian, merci aux fidèles !) au mois de novembre qui m'a réellement donné envie de rentrer.

J'ai l'impression que ma vie ici (en particulier, avec un petit v) est exactement ce que j'attends de ma Vie (en général, avec un grand V) et que je n'aurai que difficilement la possibilité de vivre aussi bien à Paris. Et je sais qu'une fois de retour à Paris, il faudra que je me replonge dans les fiches techniques et les exposés, les cours jusqu'à 21h15 et les galops le samedi. Il faudra que j'abandonne l'idée de voir des gens différents tous les soirs, de passer mon dimanche à bruncher pour quelques euros en parlant de tout et de rien, d'aller visiter un musée sur un coup de tête sans penser à ce qui m'attend comme montagne de boulot sur mon bureau. En clair, ça va être moins drôle...

Ca y est, je me laisse moi aussi emportée par la vague berlinoise, qui m'emmène toujours un peu plus loin du rivage bitumée parisien...

08 décembre 2005

Mademoiselle Coco... bientot le retour !



Et oui et oui, tout vient à point à qui sait attendre (je ne sais pas qui a un jour pu dire un truc pareil, ce n'est que bon à consoler les éternels patients...) : bientot, tres bientot, mon blog va accueillir de nouveaux récits.

Le probleme du blog, c'est son paradoxe de base : plus il se passe de choses dans votre vie, et moins vous avez de temps pour les raconter... Si on ajoute ma rupture avec le monde numérique, en dehors de mon si merveilleux lieu de travail, et le fait que les blogs ne s'écrivent pas tous seuls, vous avez quelques explications à mon silence. Contrairement à ce que certains optimistes ont pu penser, non, je ne suis pas morte, et non, je ne me suis pas fait couper le bout des doigts par une mafia kosovarde pour non-paiement de loyer.

Le retour de ma coloc va me permettre de récupérer un accès à internet à la maison et de pouvoir alimenter de facon plus régulière les aventures de Melle Coco. A très bientot, donc !

02 novembre 2005

Le soleil se couche à 16 heures...

Ca pourrait etre le titre faussement énigmatique d'un énième mauvais bouquin de Mary Higgins Clark ; ce n'est que la triste réalité biospatiale (je ne suis pas certaine que le terme soit tout à fait approprié, mais c'est joli comme mot, non ?) de Berlin. Etant disposée sur les cartes nettement plus a l'est que Brest (mais plus à l'ouest que Brest-Litovsk malgré tout), le soleil disparait plus tot du ciel. Je savais tout ca avant de venir. Je le savais meme avant de poser ma candidature pour le AA (arretez de rigoler, ceux qui rigolent. Je n'y peux rien si les Allemands appellent leur Ministère d'un mot de bébé). Je le savais, et pourtant, je trouve ca rude de devoir abandonner l'idée de voir la lumière du jour en sortant du bureau. Foutu changement d'heure...

En ce moment, je fais un truc TRES ennuyeux, TRES fastidieux, mais TRES necessaire et TRES urgent (d'après mon chef). Donc je le fais. Et le coté positif, c'est que comme je passe mes journées à farfouiller sur internet pour trouver les informations parfois très cachées qu'il me faut, je tombe parfois sur des choses très intéressantes, qui n'ont rien à voir avec mon sujet de recherche de départ.

La citation du jour sort directement de ces recherches parallèlles : "La vitesse de la lumière est supérieure à celle du son ; c'est pourquoi certains ont l'air brillant avant de se révéler cons." Aaaaaaaaaaaaaaaahhh, c'est pour ca... Il fallait le dire que c'était scientifiquement prouvé, ca explique beaucoup de choses...

30 octobre 2005

B(erlin)ollywood party !

Une chose en entraînant une autre, je me suis retrouvée hier soir à me déhancher sur les tubes les plus tubesques des derniers films bollywoodiens. Pour expliquer comment tout ça m'est arrivé, il faut revenir à lundi, jour damné qui marque la fin du week end.

Lundi matin, j'ai participé pour la première fois au "Praktikantenprogramm" du AA, ce qui m'a permis d'aller visiter la Chancellerie. Je passe rapidement sur la bâtiment, qui m'a autant déçu que le Bundestag m'avait emballée. En gros, ça ressemble vaguement à un hôtel d'aéroport : c'est joli et moderne, mais froid et impersonnel. Heureusement que je ne serai jamais Chancellière d'Allemagne. En revanche, cette visite m'a permis de faire la connaissance de quelques stagiaires sympas.

Quelques déjeuners de filles et un ciné (Pride and prejudice, sans intérêt mémorable) plus tard, me voilà pleinement intégrée dans la secte des stagiaires. Pour fêter cette intronisation et le début du week end, soirée extrêmement sympathique au non moins sympathique "Zu dir oder zu mir" de la Lychener Strasse pour "fêter" le départ de Timothy, lui aussi très sympathique, bien évidemment.

Lors de la soirée, Mina, une de mes nouvelles super-copines-à-la-vie-à-la-mort-avec-qui-je-peux-enfin-parler-d'autre- chose-de-plus-superficiel-que-la-situation-géopolitique-du-Tadjikistan, me confie son désespoir : le Meena-Club fait une une soirée Bollywood le lendemain, et elle n'a trouvé personne qui soit suffisamment fan de Shahrukh Khan pour l'accompagner. Et soudain, moi qui rêve de voir enfin Devdas en entier, je me suis sentie appelée à aller me déhancher sur Chalak Chalak et autres Dum Maro Dum. Et c'est comme ça que j'ai atterri à la soirée Meena-Club à Kreuzberg (www.meena-club.de).










La soirée était vraiment bien, la musique à la hauteur de mes espérances, mais le plus intéressant était au final les co-fêteurs et leurs différents styles de danse. Mina, pour commencer par mon accompagnatrice, était tout de suite super à l'aise et ses origines afghanes sont vite apparues évidentes ! Il y avait aussi pas mal de "vrais" Indiens, en saris et connaissant toutes les chansons par coeur. Les hommes ont vraiment une étrange façon de danser... surtout quand ils montent sur scène pour faire montre de leurs prouesses artistiques. Il y avait les couples mixtes, qui inversaient pour une soirée les rôles d'autochtones et d'expatriés. Les néo-non-indigènes faisaient de leur mieux pour s'adapter à leur nouvelle culture, parfois en vain. Et surtout, il y avait les plus intéressants : les baba-cools allemands en sandales et saris qui venaient se remémorer leur voyage à Bombay en 1969, dont le style mêlait nostalgie et transe.

Le reste du week end a été moins exotique, mais tout aussi agréable en particulier le festival spontané de musique de rue dans... ma rue, dont je suis actuellement en train de profiter depuis la terrasse ensoleillée de mon café internet (bon, ce n'est pas Bamako non plus, je suis en gros manteau...).

Ma soeur m'a annoncé hier qu'elle m'offrait pour mon anniversaire un petit séjour à Barcelone en sa compagnie entre Noël et le Nouvel An. J'attends vos bonnes adresses avec impatience !

25 octobre 2005

De la hiérarchisation importancielle dans l'actualité allemande

Je sais je sais, ca fait une petit bout de temps que mes empechements technologiques ont entrainé un silence des plus sliencieux. J'en suis navrée, et j'espère pouvoir mettre tres bientot en ligne ma production littéraire du week end.

En attendant de retracer mon emploi du temps de ces 2 ou 3 dernières semaines, voici deux informations hautement capitales pour vous faire patienter.

D'une part, j'ai fait ce matin une découverte de prime importance pour ma bonne compréhension de l'AME allemande. Pour ceux qui se demandent ce qu'est une AME, c'est comme une ame avec-un-accent-circonflexe-sur-le-a-que-je-n'arrive-pas-à-faire, mais en plus gros. Ce matin, en attendant mon tram sous la pluie, j'ai assisté à un évènement du quotidien qui, malgré sons caractère parfaitement... quotidien, m'a interloquée : j'ai découvert comment les poubelles allemandes étaient ramassées par les services municipaux. Alors qu'en France, la séparation de la société en classes perdure parmi certains groupes de la population, 300 ans après la Révolution francaise, l'Allemagne a certes raté sa révolution communiste en 1919, mais son modèle égalitaire est plus poussé en ce qui concerne les éboueurs.

Je m'explique : en France, vous avez le Tiers-Etat des éboueurs, ce sont ceux qui sont debout à l'arrière et à l'extérieur du camion. En hiver, vous vous prenez la pluie, le froid et le vent. En été, vous vous prenez le soleil et l'odeur des ordures en putréfaction accélérée par la chaleur. Été comme hiver, vous etes exposés à tous les dangers. A cote du Tiers-Etat, vous avez la noblesse des éboueurs, ceux qui conduisent le camion. Les éboueurs annoblis sont au chaud et à l'abri des odeurs. Ramasser ou conduire, il faut choisir.

En Allemagne, rien de tout ca. Tous les eboueurs sont sur un pied d'égalité, et pas sur une marche à l'arrière du camion. Non non non non non, car en Allemagne, les ramasseurs sont les conducteurs, et vice versa. Devant chaque poubelle, le camion s'arrete, le conducteur et son passager sortent du camion (équipé, je tiens à le signaler, de portes ultramodernes facon portes de bus), vont chercher la poubelle, vident la poubelle dans la benne, remontent dans le camion et repartent jusqu'à la prochaine poubelle. Je crois que c'est l'un des meilleurs exemples permettant de soutenir la thèse selon laquelle l'URSS a peché par trop de communisme et trop d'égalitarisme : trop d'égalite tue l'efficacité. Et pendant ce temps, les Allemands attendent dans les tramways.

Autre évènement de la plus grande importance au pays de Goethe : Heidi Klum a fini par accoucher, ce qui était prévisible depuis un bout de temps. Elle exhibe donc son bonheur à toute l'Allemagne par l'intermédiaire des couvertures des journaux, qu'elle a de toutes facons l'habitude de fréquenter. Et là, VENGEANCE de la nature, son bébé, qui n'est pas roux (pour les non-peoplistes incultes, elle l'a fabriqué avec le chanteur Seal connu pour son teint d'ébène plus que pour sa blondeur scandinave, l'inverse de Heidi en somme), est d'une laideur absolue. Il ressemble à ce vieux boxeurs des années 70 complétement abruti par une combat, le nez défoncé, les yeux bouffis et à moitié clos. Et en plus, il a des poils partout. Pourtant, pourtant, Heidi doit le trouver à son gout puisqu'elle rayonne de bonheur malgré un vraisemblable baby-blues inévitable :



Il est parfois des petits détails insignifiants qui sont méchamment jubilatoires...

23 octobre 2005

Rattrapage en double décalage

Wow, quasiment deux semaines de récit de vie (trépidante bien évidemment) à rattraper… Difficile de commencer par le début, les souvenirs si frais se mélangent déjà. Je vais donc pouvoir améliorer mon style hautement durassien en déconstruisant sciemment le fil chronologique de mon existence. « Die Kunst, Recht zu behalten » dirait mon vieux copain Schopenhauer.

C'est marrant, je sens que mon intégration dans le système allemand commence réellement à se faire. Un tas de détails le prouvent :
- j'arrive en avance aux réunions car j'ai fini par comprendre que « réunion à 8h45 » ne signifiait pas « on se retrouve vers 8h45 » mais « à 8h45, la réunion commence ».
- je maîtrise mieux le clavier qwerty du bureau que l'azerty de mon mac chéri.
- je comprends et apprécie la subtilité linguistique des mails de Falkie, qui me font enfin rire.
- je mange du fromage au petit-déjeuner avec mon sacro-saint café au lait (parfois).
- je dis mon nom quand je décroche le téléphone avant même de dire allô ou bonjour.

Il me reste encore du chemin à parcourir avant d'être parfaitement allemande ; je n'y peux rien, mais d'entendre la secrétaire me dire, regard hautement réprobateur à l'appui « Sie sind späääääääääät » quand j'arrive dans son bureau à 15h00 (et peut être quelques secondes) alors qu'on avait dit 15h00, ça continue de me crisper. Mais pour une retardée chronique comme moi, c'est formateur. De toute façon, je crois que malgré mes efforts, mes collègues trouvent que je suis l'archétype de la Française. J'ai vaguement entendu une fin de phrase ressemblant à « typisch Französin », et sans vouloir être mégalo, je ne vois pas très bien à qui cette remarque pouvait concerner d'autre dans la salle : en dehors du fait que j'étais la seule Française, j'étais également la seule fille.

Et une autre collègue, qui vient de passer 3 ans en poste à Paris, m'a dit à quel point elle trouvait « parisienne » ma faculté à porter des talons aiguilles en toute occasion. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que je vais bientôt arrêter. Car s'il y avait une seule raison pour laquelle je ne devais pas aimer Berlin, je dirais que les petits pavés faisant office de trottoir et les Baustelle omniprésentes font définitivement de cette ville l'ennemie de toute femme en escarpins. Évidemment, c'est un drame local, et je ne comprends pas que les autorités publiques ne se soient pas encore saisies du dossier. Cette remarque, assez insignifiante à la base, de ma collègue a fini par la pousser à développer une théorie dont l'audace intellectuelle justifie pleinement qu'elle figure ici : selon elle, le style des habitants d'une ville serait déterminé par les conditions urbano-géographiques de cette dernière. Le « chic parisien » si réputé ne serait donc pas le résultat de siècles entiers dédiés à la recherche de l'esthétique parfaite, mais à de simples conditions matérielles permettant à celui-ci de s'exprimer. À l'inverse, le style « cool » des Berlinoises, qui ne portent jamais d'escarpins, ne serait dû qu'à l'impraticabilité des trottoirs de la ville. Comme vous pouvez vous en rendre compte par vous-mêmes, les couloirs du Ministère sont une sorte de think-tank (post-moderne, Adalbert ??) extrêmement performant mettant au point chaque jour de nouvelles théories permettant d'affermir la paix dans le monde.

En dehors de ces small talks de couloir - pour lesquelles je commence sensiblement à m'améliorer après des débuts catastrophiques - j'ai eu quelques activités culturelles pleinement satisfaisantes. J'ai eu la chance de visiter « dans le cadre de mes fonctions » (hihihihihihihihi) le Bundestag revisité par Foster. J'ai été plus qu'impressionnée par cette visite. La façon dont l'Histoire, même ses moments les plus noirs, est assumée et utilisée comme force intérieure, la place de premier choix laissée à l'Art et enfin la réussite architecturale de cette transformation font du nouveau bâtiment du Reichstag un monument incontournable de l'identité allemande contemporaine. Chaque élément du Bundestag, qu'il soit ancien et conservé, détruit et absent ou réinventé et flambant neuf, donne du sens à ce qui aurait pu n'être qu'un bâtiment officiel sans intérêt. C'est la première fois que je vois une réalisation architecturale symboliser de façon aussi parlante et matérielle des idéaux moraux tels que la volonté de transparence ou la tolérance. C'est aussi la première fois que je visite un bâtiment officiel qui réussit à m'émouvoir : les murs de la partie ancienne du Bundestag, couverts des graffitis en cyrillique laissés par les soldats soviétiques en 1945, ne peut pas laisser insensible.

Autre activité culturelle de ces derniers jours : j'ai été au cinéma voir ça



et ça



Forcément, ce n'est pas le même genre. Alors que le premier retrace le parcours de deux terroristes kamikazes en Palestine, le deuxième reprend le bouquin pour enfant le plus génial au monde. Pourtant, Mahomet et Roald Dahl ont un point commun : leurs livres respectifs donnent d'excellents films. Pour les dîners mondains, je vous recommanderais plutôt Paradise now, nettement plus facile à recaser dans une conversation spirituelle (même si gros risque de cassage d'ambiance si celle ci était à la légèreté et la frivolité). Pour un samedi après midi pluvieux, Charlie et la chocolaterie est l'antidote parfait à une soudaine morosité. Ca m'a même donné envie de relire pour la 6537ème fois le livre.

J'ai également assuré le financement d'un petit week end à Vienne, Londres ou ailleurs dans les prochaines semaines en faisant la traduction de la communication d'une historienne d'art pour un colloque luxembourgeois sur les œuvres d'art pillées pendant la 2nde Guerre mondiale. Le principal enseignement que j'ai tiré de cette expérience est que la traduction est une occupation plutôt intéressante, relativement peu compliquée et très rémunératrice. Sacrifier deux ou trois soirées de ma semaine pour m'offrir un vrai week end, je trouve ça assez honnête…

Dimanche dernier, petit tour au marché aux puces de Boxhagener Platz avec Eve avant d'aller se réfugier dans un café riquiqui aux propriétaires à moitié dans les cuisines à moitié sur la lune, histoire de prendre un bon chocolat chaud (mit Sahne, il est des habitudes qui ne se perdent pas) et une crêpe « à la russe ». À vrai dire, juste de quoi lutter contre le froid qui commence à envahir les rues berlinoises, porté par un vent mordant venu directement de Sibérie (je présume). Et juste de quoi reprendre des forces pour faire face à une nouvelle semaine de travail.

En réalité, ma semaine a été assez peu productive, étant donné que le Ministère recevait un groupe de jeunes diplomates français, en formation intensive au Goethe Institut et dans l'administration « du pays partenaire », selon l'expression consacrée. Le groupe était vraiment sympa et j'ai fait des rencontres intéressantes. Et je me suis rendu compte à quel point il était finalement plus facile de parler en français plutôt qu'en allemand. Nous avons été dîner dans l'un des meilleurs restos de la Kollwitzplatz, Zander, absolument hors de mes moyens (même après la traduction), mais néanmoins tout à fait recommandable (quand on peut s'y faire inviter). Le réveil a été plutôt douloureux le lendemain matin après cette délicieuse soirée, ses délicieuses conversations et son délicieux vin blanc.

Un resto indien en bonne compagnie hier soir m'a permis de clore cette semaine en beauté. Le programme de demain mêle tradition (le brunch du dimanche matin) et innovation (je vais tenter d'obtenir des Restplätze au Staatsoper pour voir le Cosi fan tutte mis en scène par Doris Dörrie).

Je vous laisse sur une remarque à méditer. Etant donné sa portée, je m'abstiendrai de fournir un quelconque renseignement sur le contexte et l'auteur : « Tu sais, on n'épouse pas toujours une femme parce qu'elle est intelligente » (en parlant de la sienne).

08 octobre 2005

Finalement…

Finalement, ce n’était pas si horrible que ça cette petite sauterie péruvienne. Au contraire, c’était même très agréable. En réalité, ma plus grande crainte (inavouée) était de rester esseulée comme un palmier en pot dans une grande pièce.

Mais l’un de mes collègues du Ministère, qui fait partie du staff du Diplomatischer Stammtisch, m’a tout de suite présenté d’autres nouveaux débarqués, qui redoutaient sans doute autant que moi l’effet palmier en pot et qui étaient vraiment sympas.

J’ai en particulier rencontré deux jeunes Américains qui font un programme d’échange d’un an au sein du Ministère et qui sont des gens vraiment intéressants (oui oui, ça existe). Le premier que j’ai rencontré est en fait d’origine chinoise et ferait passer Nadine de Rotschild pour une pouffe sans éducation ni bonnes manières tant il est attaché aux règles les plus recherchées du savoir-vivre. Il en est presque déroutant, mais on prend rapidement l’habitude :) Là où l’histoire devient cocasse, c’est que j’ai failli habiter avec lui : j’avais repéré une annonce pour une chambre alors que j’étais encore en France, et lorsque j’étais arrivée à Berlin, la chambre avait déjà été donnée à une autre candidate. Et nous aurions même dû nous rencontrer plus tôt puisque nous avons habité au même moment à quelques mètres d’écart… à Vienne !! Si en plus de tout ça il était follement sexy, je suis certaine que je croirais à un signe énorme du destin. Comme ce n’est pas le cas, je trouve juste que les coïncidences sont des clins d’œil de la vie. Comme quoi, on ne croit que ce qu’on veut croire et on n’interprète que ce que l’on a envie d’interpréter.

Par exemple : je rencontre un charmant Néerlandais (oui encore un... Je n’y peux rien, ils sont partout et tous tellement… charmants) lors de mes visites de WG. Trop préoccupée par mes recherches immobilières, j’en oublie l’ABC de la survie sentimentale et je pars sans son n° de téléphone ni même son prénom. Une semaine plus tard, devenue sa voisine par la force du destin (SI SI SI SI !), je le recroise dans un lieu hautement romantique, le LIDL du coin (Charles, ouvre les yeux pour les Polonaises la prochaine fois que tu vas faire les courses !!). Et je ne peux pas m’empêcher de me dire que CA NE PEUT PAS être le hasard. Il n’est pas rationnellement concevable que nous ayons décidé de façon totalement indépendante d’aller faire nos courses le même jour, à la même heure, au même endroit. Cette rencontre est forcément quelque part l’œuvre d’une force supérieure. Et pourtant si, ça peut être le hasard. C'est meme sur que c'est le hasard. Un hasard bien organisé quand même, mais un hasard pas improbable. Soit dit en passant, comme j’ai été un peu prise au dépourvu, je suis encore repartie sans son n° ni son prénom malgré une discussion passionnante entre le rayon des pizzas surgelées et celui du café. La troisième fois sera la bonne. Je maintiens donc : on ne croit que ce qu’on veut croire et on n’interprète que ce que l’on a envie d’interpréter.

Pour en revenir à l’Ambassade péruvienne, le deuxième américain est aussi très sympa, bien que nous n’ayons pas autant de points communs dans nos chemins de vie. Pour fêter notre nouvelle amitié transatlantique, nous avons toutefois déjeuné ensemble aujourd’hui avec deux autres jeunes et fringants diplomates allemands. Je commence donc doucement à m’intégrer à la communauté diplomatique berlinoise :) Je suis même inscrite dans la liste du programme pour stagiaires du Ministère depuis cet après-midi. Une bonne chose de faite avant de partir l’esprit tranquille et le cœur léger en week end !

Je suis désolée de mettre d’un seul coup les récits de toute une semaine. Je devrais avoir plus de précisions lundi sur les possibilités d’accès à internet au Ministère et j’espère que je pourrai alors me connecter plus souvent et me remettre à ajouter de (jolies) photos !

06 octobre 2005

Les choses sérieuses

Mardi matin, réveil à 6h30 (wouch, ça faisait longtemps), de bonne humeur. Moitié envie folle d’aller travailler, moitié envie encore plus folle de prolonger les vacances…. Vu que je n’avais toujours pas de café chez moi et même plus de lait pour mes Smacks (sacrilège), j’ai joué à la parfaite Française de Berlin nostalgique dans la boulangerie en bas de chez moi : un « coffee to go » dans une main pour le côté berlinois, et un croissant au beurre tout chaud dans l’autre, à savourer dans le tram.

Première bonne surprise de la journée : je mets à peine 20mn pour aller au bureau, ce que je considère comme un temps record des plus acceptables. Dans ces conditions, je veux bien y aller tous les matins.

Deuxième bonne surprise : mes collègues sont vraiment tous adorables avec moi, des teutons absolument charmants à vrai dire. Bon, ce sont de grosses masses intellectuelles, ça impressionne, mais ça ne les empêche pas d’être sympas et marrants.

Troisième bonne surprise : j’ai retrouvé un « collègue » allemand très sympa que j’avais rencontré lorsqu’il était en poste à Vienne, qui est revenu à Berlin depuis peu et avec qui je vais travailler pour un dossier. Du tout bon !

Quatrième bonne surprise : le réseau de stagiaires a l’air particulièrement actif et dynamique. Il y a quasiment tous les jours quelque chose d’organisé. Ça tombe bien, parce que je sens que ce n’est pas avec la secrétaire (dont l’âge présumé lors de mon dernier post s’est confirmé, puisqu’elle m’a confié avec des yeux brillants d’impatience et de fierté qu’elle partait à la retraite en avril) que je vais pouvoir me faire des pauses café du tonnerre. Agnete (c’est son petit nom) ne sera définitivement ni Nathalie, ni Martine, ni Joëlle…

Cinquième point positif : il n’y a rien de mieux après une bonne journée de travail que de se mettre dans un bain chaud avec une tasse de Melissentee et Radio Multikulti en fond sonore (c’est LA radio de Berlin, c’est comme Nova, mais en mieux, parce qu’ils ne se prennent pas pour les seuls et uniques garants du bon goût musical).

Quelques points négatifs quand même :
- il est confirmé que je ne serai pas toute seule dans mon bureau, ce qui n’est pas EN SOI un drame. Mais j’ai juste été un tout petit peu traumatisée par ma collègue de Vienne. J’ai plein de témoins qui pourront confirmer qu’elle était VRAIMENT horrible, si jamais vous étiez tentés de penser que je suis simplement trop sensible !
- je n’ai pas accès à internet et les correspondances privées ne sont pas particulièrement encouragées avec le mail du ministère. D’ailleurs, j’ai essayé (bah oui, on sait jamais) et je ne recommencerai pas. À peine mon mail – assez anodin malgré tout – avait il été envoyé que je recevais une alerte me signifiant qu’il ne pourrait être transmis à son destinataire car le système de vérification automatique avait repéré qu’il contenait des informations qui ne pouvaient être communiquées à l’extérieur du ministère. Mais que si je tenais vraiment à l’envoyer, c’était possible en insérant un code dans l’objet du mail, mais que celui-ci serait conservé pendant 10 ans et pourrait être utilisé à n’importe quel moment par les services secrets dans le cadre d’une enquête. Honnêtement, ça donne super envie d’envoyer le mail !! Si on ajoute à cela que j’ai appris de source sure qu’un mec travaillant au Ministère de la Défense (allemand) allait passer en conseil de discipline après avoir été dénoncé par un de ses collègues parce qu’il avait envoyé un mail personnel du bureau, vous comprendrez mon silence mailistique dans les 5 prochains mois !!!!
- les journées sont un peu longues. Pas parce que je m’ennuie, mais parce que 8h-19h avec une pause déjeuner riquiqui (tout est relatif), ça fait quand même 10h… Et sans vouloir jouer au petit fonctionnaire calculateur de temps de travail, ça latte bien et ça ne laisse pas vraiment de place à une vie épanouie à côté. J’espère que mon chef va bientôt revenir à la raison (et aux horaires allemands).

Pour continuer dans les histoires de parano du Ministère, j’ai signé ce matin un document de 4 pages m’expliquant toutes les peines auxquelles je m’expose si jamais je révèle le moindre petit truc à la moindre petite personne. Pour signer ces papiers, j’ai eu droit à une cérémonie très solennelle en tête à tête avec mon chef avec un discours d’un quart d’heure dont il ressort principalement que :
- je peux accepter une voire deux invitations à déjeuner d’une même personne, mais qu’au-delà, ça devient suspect et que je dois lui demander son avis (et son autorisation)
- je dois fermer mon bureau à clef même quand je vais me repoudrer le nez, histoire qu’on ne me vole aucun document
- je ne dois pas essayer d’en savoir plus que nécessaire à la réalisation de ma tâche
- je ne dois parler à personne de mon travail en dehors de mes 7 collègues diplomates
- et pour être certaine que je révèle vraiment rien, ce serait encore mieux si je ne parlais à personne.
Je pense qu’il s’est senti obligé de particulièrement insister sur cette procédure, vu que je fais un peu Mata Hari ici. Mais ça m’a mise vraiment mal à l’aise cette discussion. Donc à partir d’aujourd'hui, je peux jouer à l’agent secret et vous balancez, si vous me posez des questions que ce que je fais, « désolée, top secret, je suis contrainte au silence par le Verpflichtungsgesetz ». Ils font parfois un peu peur les gens parfois !!!!

Pour oublier un peu la pression qui pèse sur mes frêles épaules, je vais aller divulguer quelques uns des nombreux secrets d’Etat que je détiens d’ores et déjà à l’Ambassade du Pérou où j’ai été conviée à venir me saouler aussi dignement que possible au pisco (OUIIIIIIIIIIIIIIII, du vrai pisco péruvien Tina, tu ne rêves pas !!! Pour Juliette : c’est la boisson que Marion avait préparée pour son pot de départ de la Mission, mais en meilleur… Oups, je crois que je viens tout à fait involontairement de languedeputer…) et à rencontrer le gratin des jeunes diplomates en poste à Berlin. J’ai eu un peu peur. Je m’attends à une vague mélange entre :
- un grand « Tournez manèges » international visant à aider la formation de brillants couples de jeunes diplomates esseulés
- une réception d’ambassadeurs guindée (sans Ferrero rochers ni copines avec qui boire plein de champagne comme au 14 juillet. Zut, c’est vrai, j’ai oublié que nous étions là en service pour écouter la Marseillaise, suis-je bête !)
- un pot d’ambassadeurs guindé avec des tas de discours dont personne n’a rien à faire, pas même le mec qui parle (surtout pas le mec qui parle).

C’est parti, je vais me jeter dans la fosse aux lions diplomatique… et faire attention à ne pas trop boire pour ne révéler aucun secret d’Etat (article 95 du Code pénal : je risque jusqu’à 10 ans de prison. Il ne faut pas croire que la vie n’est pas périlleuse à Berlin).

« Heute haben wir den 3. Oktober… »

Ce week end était un loooooooooooong week end grâce au lundi férié pour fêter la réunification allemande. Comme prévu, je suis allée faire un petit tour en Suède. Enfin, façon de parler, parce que je ne suis pas sure qu’au regard du droit diplomatique en vigueur, Ikea bénéficie réellement du même statut que les ambassades et les magasins soient considérés comme un petit morceau de territoire suédois à l’étranger (malgré leurs efforts visuels pour coller avec le drapeau). C’est en tous cas bien dommage car je trouve nettement plus classe de dire qu’on vient de passer le week end en Suède plutôt que d’avouer qu’on a passé son dimanche après-midi chez Ikea, agglutinée à la foule en délire qui a eu la même idée que nous…

Donc j’ai été chez Ikea et j’ai bénéficié d’un traitement particulier puisque Michael et Cornélia avaient emprunté la GROSSE voiture parentale pour se procurer les derniers éléments de leur collection de placards (si je divulgue des informations trop intimes sur mes amis, qu’ils me pardonnent, pitié) et j’ai donc eu droit à un service de livraison à domicile pour ma toute nouvelle étagère et les diverses accessoires absolument nécessaires à mon bien être.

Après la livraison a bien évidemment suivi le montage du meuble Ikea (mon premier toute seule !!!) et j’avoue que je suis assez fière d’avoir réussi à faire un truc aussi beau toute seule, avec mes deux mains et mes presque 10 doigts. Je dis « presque » mais n’allez pas croire qu’il m’en manque, à l’image de la copine polonaise d’un copain d’une copine, fille de chimistes (ce qui a sans doute son importance) et qui a visiblement souffert d’irradiations durant sa gestation puisqu’elle totalise un ensemble de 7 doigts répartis (inégalement, cela va de soi) sur deux mains. Donc non, j’ai 10 doigts, mais vous aurez sans doute remarqué qu’il y a toujours des doigts que l’on n’utilise pas pour bricoler (ce qui doit consoler la copine polonaise du copain de ma copine).

BREF, revenons en à mon étagère Ikea, qui est quand même la 7304ème merveille mondiale inscrite au patrimoine mondiale de l’humanité de la SOPHISCO (c’est comme l’UNESCO, mais en moins international). Certes, ce ne sont que 5 planches et deux morceaux de bois brut faisant office de soutiens, d’où son prix modeste. Mais quand même, je la trouve vachement belle et puis « c’est moi qui l’ai faite !!! ». Donc après quelques menus achats, ma chambre est devenue définitivement ce havre de paix accueillant et chaleureux qu’on a (parfois) envie de retrouver le soir.

Et lundi, c’était le fameux 3. Oktober. Et je ne résiste pas au plaisir de vous faire part d’un petit dialogue entendu à la radio à cette occasion, mi doux mi amère, qui résume (d’après ma perception) finalement pas mal l’état d’esprit de beaucoup d’Allemands 15 ans après la réunification :

- Was für einen Tag haben wir heute ?
- Den 3. Oktober ! Es ist der Tag der Wiedervereinigung…
- Und glaubst wirklich, wir sind vereinigt nun ?
- Na ja… schon !
- Sag mal, seit wann gibt es Ossi-Witze ?
- Seit der Wiedervereinigung !
- Siehst du…

Un peu de compassion pour les non-germanophones :

- On est quel jour aujourd'hui ?
- Le 3 octobre ! C’est le jour de la réunification…
- Et tu crois vraiment qu’on est unis maintenant ?
- Bah… oui, quand même
- Dis moi, depuis quand y a des blagues sur les Allemands de l’Est ?
- Depuis la réunification !
- Tu vois…

01 octobre 2005

Des nouvelles (au péril de ma vie ??)

Ca y est, j’ai emménagé et je profite depuis jeudi soir de ma chambre preque luxueuse dans mon appartement super luxueux… Quelques inconvénients quand même depuis que ma coloc est partie aux Etats Unis pour deux mois : elle a suspendu son abonnement à internet et a débranché le téléphone. Je suis donc un peu coupée du monde moderne. Le bon côté, c'est que je vais sans doute me désintoxiquer d'une bonne partie de mes addictions et que je vais me remettre à lire (des livres, pas Cosmopolitan) comme quand j'étais jeune et un peu cultivée.

Mais comme je ne suis pas encore désintoxiquée, et pour être en phase avec mon époque, je me suis dirigée vers un café doté du sigle « kabellos online Hot spot ». Et là, pas de chance : le propriétaire, bien que malheureusement affublé d’un bec de lièvre le rendant difficilement compréhensible, a réussi à me faire saisir qu’il n’avait plus de carte d’accès. En revanche, il m’a TRES GENTIMENT proposé, après s’être assis contre moi sur la banquette de son café, de descendre dans la « Keller » (la cave) où il a son bureau. Parce que chez lui, il a un accès à internet. Bizarrement, vu sa tête d’ancien de la Légion étrangère, j’ai préféré décliner l’invitation. Et j’attendrai le prochain café doté de WLAN pour mettre mon récit en ligne !!

Tiens, le propriétaire vient de revenir à la charge pour me proposer de venir travailler dans son bureau. Et me dire que le client de la table d’en face, qui semble aligner les bières et les cigarettes depuis le début de la matinée, a LUI AUSSI un bureau juste à côté et que je peux sans problème monter chez lui pour me connecter si je veux. Clin d’œil appuyé du client sus-nommé quand je le remercie poliment en déclinant son invitation et rires grivois avec le patron. J’aime !!!

J’ai rencontré mon chef hier et ma première expédition au Ministère a été plutôt sympa. Mon bureau sera dans l’ancien bâtiment dont le hall d’entrée (majestueux) ressemble furieusement à celui du palais de Ceausescu (avec la réserve que le marbre y est bordeaux et non pas blanc). Un joyau de l’art étatique soviétique…

Le « Arbeitsstab Frankreich » est composé d’une petite dizaine de personnes. Moyenne d’âge 35 ans avec une bonne grappe de conseillers au début de la trentaine. Il n’y a bien évidemment qu’une femme, la secrétaire (qui elle, tire plus vers l’âge de la retraite : ce n’est pas elle qui me fera découvrir les boîtes à salsa comme l’avait fait Nathalie à Vienne !!!!). Mon chef est vraiment très sympa au premier abord. Comme tous les diplomates allemands que je connais, il est marié à une Française. Et sa fille vient d’être prise à Nancy. Comme le dit si justement et si cyniquement mon amie Raphaëlle : « Le monde est petit, surtout le nôtre ».

J’ai également rencontré un Français responsable de la coopération franco-allemande (dont je tairai l’identité pour ne pas me griller tout de suite) qui parle tellement bien allemand (!!) qu’il demande systématiquement si on peut mener les entretiens en français en sa présence. Je suis parfois prise de doutes existentiels quant au fonctionnement de la fonction publique française… Comment peut on être nommé à Berlin sans parler allemand ? Parce qu’il est certes très sympathique, mais est ce qu’il n’y avait vraiment personne d’autre de qualifié ET germanophone pour son poste ??

Cette première rencontre avec mes futurs collègues m’a également permis de préciser un peu mon programme de travail pour les prochains mois. En gros, mon gros dossier va consister en l’organisation d’une journée portes ouvertes dans les entreprises allemandes en France (et inversement) afin de motiver les jeunes dans l’apprentissage de la « langue du partenaire » en leur montrant les applications pratiques de cet apprentissage. Bon, comme ça, ça n’a pas l’air très clair, mais pour faire simple, il faut réussir à convaincre les entreprises de consacrer une journée à des élèves, et convaincre les écoles de laisser une journée de libre aux élèves. En somme, il faut convaincre tout le monde qu’il s’agit, comme l’a dit mon chef, d’une « win win situation » (Grand gourou Pélissier, nous te vénérons).

La mauvaise nouvelle, c’est que les journées de travail commencent à 8 heures (et que je partage mon bureau avec un Suisse. Mon Dieu, faites en sorte que la ponctualité suisse soit un mythe…). L’autre mauvaise nouvelle, c’est que je suis repartie avec un dossier d’une centaine de pages à lire d’ici mardi matin. Encore heureux que le 3 octobre soit férié ici… Mais Cornelia a raison : « c’est toi qui as voulu rencontrer ton chef avant, maintenant, tu assumes ! » ☺

Hier soir, c’était soirée fondue chez Michael et Cornelia avec Dirk, le stagiaire préféré de Cornelia au Ministère de la Défense. Comme prévu, un moment très sympa, même si Michael nous a tous lattés au quizz des capitales.

Bon, ça y est, me voilà posée dans un autre café, bien plus recommandable cette fois ci. Remarquez, l’avantage quand on se fait draguer par un vieux légionnaire patron de café, c’est qu’on ne paie pas son Milchkaffee. Et pourtant, je vous jure que je ne suis pas allée dans sa cave !!!

Outre la lecture de mon pavé sur la coopération franco-allemande, le reste de mon week end va sans doute être consacré à une petite virée chez Ikea (je n'aime pas les Suédoises, mais j'aime bien Ikea), histoire de rendre ma chambre réellement habitable... Et à partir de mardi, les choses sérieuses commencent !! Je sens déjà que je vais rentrée claquée après avoir travaillé toute la journée en allemand.

Merci à tous les fidèles commentateurs (et surtout commentatrices d'ailleurs !!). C'est promis, je vais me remettre à vous écrire des mails persos :)

29 septembre 2005

Bande son

Alors que mes affaires sont déjà toutes bien rangées (enfin, disons la moitié qui rentre encore dans mon sac... Un deuxième voyage sera nécessaire) en prévision de mon déménagement cet après-midi, j'attends qu'il se passe quelque chose dans ma fenêtre MSN. Nan, en vrai, je me fais croire que je fais du droit public. Mais bizarrement, le temps ne passe pas très vite en allant sur le site du Conseil d'Etat.

Et bizarrement, le temps passe un peu plus vite quand je vais sur le site de mon label préféré, tôt ou tard, pour écouter les dernières nouveautés. Un Jeanne Cherhal pas mal du tout (amitiés sincères à toutes celles avec qui j'ai partagé le bon moment de son concert !!) et un extrait du futur Thomas Fersen, un peu décevant je trouve. Il y a tous ceux que l'on découvre. Et il y a tous ceux dont on ne se lasse pas : Bastien Lallemant et sa jolie guitare, les polyphonies de Bombes 2 Bal, les "duels de tchatche" des Fabulous Trobadors... Moi je dis : vive tôt ou tard !

Allez donc y faire un tour si vous ne savez pas quoi faire : http://www.totoutard.com/pointEcoute.php#

27 septembre 2005

A l'ombre des portes en fleurs...

Ce qu'il y a de bien à Paris, c'est qu'il y a tellement de petits cafés et de restos sympas qu'on aimerait essayer qu'on sait qu'on ne s'ennuiera jamais (tout en devant pour cela accepter de finir ruiné). Ce qu'il y a de bien à Berlin, c'est qu'il y en a autant, et qu'on sait qu'on pourra quasiment tous les essayer même avec un budget d'étudiant :) Je crois que je commence à voir où va partir ma bourse de l'OFAJ...

Regardez par exemple comme celui a l'air sympathique avec ses petites fleurs champêtres partout :







Certes, il s'avère que "Poulette" est un restaurant français (mouef, à la lecture de la carte, je doute un peu) hors de prix, mais à cette exception près, je vous assure que ce que je dis est vrai !











J'ai trouvé mon emblème de la journée en me promenant dans Prenzlauer Berg : étant donné que j'habiterai sous peu dans la Kastanienallee, j'ai doucement souri en voyant la frise ornant la synagogue du quartier (oui oui, ce sont des feuilles de châtaignier) :



Compte tenu des deux policiers en faction devant la synagogue, je n'ai pas vraiment pu sauter par dessus les jolies grilles en fer forgé pour voir l'intérieur de l'édifice religieux, qui doit pourtant être très intéressant. D'ailleurs, les abords des lieux "liés au judaïsme" (synagogues, restaurants kasher, galeries d'art, etc) sont toujours étroitement surveillés et sont entièrement aménagés pour éviter tout "incident" avec des barrières métalliques ou même des plots en béton qui mettent en place un périmètre de sécurité. Tout ça ne donne pas forcément une ambiance chaleureuse ni un air engageant. Les cafés essaient de compenser en affichant des pancartes "Le Beth Café est ravi de vous accueillir" sur toutes les barrières métalliques, mais l'impression générale reste un peu pesante.


Une dernière photo pour vous montrer à quoi ressemble un 'avant-après' spectaculaire à Berlin :



En voyant aujourd'hui dans Prenzlauer Berg tous ces immeubles bourgeois de la Gründerzeit entièrement restaurés et peints dans toutes les couleurs (les Allemands sont parfois très audacieux), on a du mal à s'imaginer qu'il y a quelques années à peine, tous les immeubles étaient couleur gris soviétique, dans toute la riche gamme que ce ton propose. Les rares immeubles qui n'ont pas encore été rénovés sont les dernières traces de ce qu'a pu être Berlin avant la réunification et avant le chantier géant qui a suivi la chute du Mur. Et on y trouve généralement des chauffage au charbon, des douches dans les cuisines et des toilettes sur les paliers.

J'arrive vraiment difficilement à m'imaginer quelle pouvait être la vie quotidienne à Berlin lorsque la ville était encore coupée en deux. Quelques rues, qui se terminaient autrefois en cul de sac, bouclées par le mur, débouchent aujourd'hui dans de grandes artères, comme pour conjurer le sort. En fait, il est aussi difficile de ne pas penser au Mur que de réussir à se représenter sa présence. Je pense que je vais un pèlerinage demain en suivant les fameux pavés qui l'ont remplacé le long de l'ancienne frontière. Je vous raconterai...

26 septembre 2005

CA Y EST !!!!!!!!!!!!

Et oui, l'inimaginable a fini par arriver : j'ai une chambre, et elle est vraiment pas mal, en plus :) J'ai reçu ce soir LE coup de fil que j'attendais depuis 11 jours. J'emménage donc jeudi dans un bel appartement de la Kastanienallee avec une coloc' a priori charmante.

Etant donné la joie submergeante qui m'envahit à cette nouvelle, je dois également dire que finalement, Berlin, ce n'est pas SI moche que ça. Enfin si, ça reste moche, mais on relativise énormément après quelques jours passés à arpenter les rues de la ville. Car si la Danziger Strasse, où se trouvait la première chambre que j'ai visitée, m'est au premier abord apparue comme l'archétype du glauquissime, je la trouve aujourd'hui finalement très accueillante, vivante, chaleureuse et presque pleine de charme. J'attends encore la révélation pour la Greifswalder Strasse (pour les novices, grande artère soviétique)... Je pense que j'aurais alors atteint le summum de la Berlin attitude !

Il me reste encore quelques petits détails à régler avant d'être parfaitement installée dans ma nouvelle (mais provisoire) vie : rencontre avec mon chef du Auswärtiges Amt dans les prochains jours, installation dans ma nouvelle chambre (signature des contrats qui vont avec), et surtout, accueil de ma petite Evouchka dimanche matin. YIPPIIIIII !

Et puis il faut aussi que je découvre mon quartier : les restos inratables, le marché bio avec tous les bobos et leurs enfants, le coffee to go des matins difficiles, le Kaiser's le plus proche, le loueur de DVD à 1 € la journée, la librairie où on peut passer des heures le samedi après-midi... Ah, je rêve déjà :)