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25 septembre 2007

Une question existentielle, une !

Aujourd'hui, Ra7or, le blog viril des mecs super virils, nous fait une super révélation : les hommes préfèrent les bombasses aux filles "pas super belles mais sympas" (quand il s'agit de faire gouzi-gouzou hein, pas pour changer une roue crevée). Tout ça m'a fait penser à une question que je me pose presque tous les soirs en me démaquillant (en fait, non, pas du tout, mais elle le mériterait) : qu'est-ce qui fait que les hommes s'intéressent aux seins ?

Ne faites pas les innocents, on sait que la poitrine est l'une des premières (zavez vu comme je suis diplomate, je ne dis pas "la première") cibles visuelles de l'homme qui découvre une femme. Pourtant, il ne s'agit que d'un amas de tissu adipeux et de glandes mammaires. Ma question existentielle est donc : quand, dans l'histoire de l'humanité, la poitrine a-t-elle pris cette charge érotique dans l'inconscient masculin (et féminin, ne soyons pas étroit d'esprit) ?

Aujourd'hui, il semble absolument évident qu'un sein est chargé de sensualité. Sauf visiblement pour les femmes qui allaitent, qui n'hésitent pas à montrer au grand jour ce qu'elles se donnent tant de mal à dissimuler le reste du temps. Cela est un grand mystère pour moi : en quoi le fait qu'une bouche enfantine s'en approche fait d'un sein une chose publique tout à fait montrable, y compris à Grand-Père Georges, à qui on n'a même pas envie de se montrer en chaste nuisette le reste du temps ?

Bref, cela n'était qu'une légère digression, qui n'est pas totalement sans lien avec mon propos : le sein, s'il faut le rappeler, est avant tout une mamelle nourricière. Pourquoi celle-ci s'est-elle mise à faire fantasmer ? On pourrait y voir un instinct primaire - la mère, la nourriture, la satiété, la satisfaction.

Mais à ma connaissance justement, c'est tout sauf primaire. Cela me semble même le propre de l'Homme : vous avez déjà vu un taureau mater le pis d'une vache avec l'oeil torve ? Et les poules, qui n'ont pas de seins (enfin... je crois, mais je ne suis qu'une pauvre petite fille de la ville), continuent d'attirer suffisamment les coqs pour perpétuer leur lignée. Les mamelles n'ont donc aucune fonction érotique chez les autres espèces (si je me trompe, dites-le surtout).

Je n'ai lu ni l'Histoire de la sexualité de Foucault, ni les recherches de Muchembled sur l'orgasme occidental à travers les âges, ni l'Histoire du corps du fascinant Corbin. En bref, rien de ce qui me permettrait éventuellement d'éclaircir ce mystère de l'érotisation du sein.

Mais peut-être que ce n'est pas votre cas. Ou bien que vous avez une théorie révolutionnaire sur la question. Alors, c'est à vous. A votre avis : quand ? qui ? où ? comment ? pourquoi ? Aidez-moi à résoudre ce problème scientifique existentiel (en restant classe, hein mes biquets) !

(Si vous trouvez que je mets beaucoup de parenthèses, c'est vrai, vous avez raison. Je n'arrive pas à me raisonner. Je mettrais bien des notes de bas de page, mais je ne sais pas faire. Et les paresseux n'auraient pas le courage d'aller les lire, alors que ces apartés sont capitales ! Si ça vous perturbe trop, imaginez juste que je vous glisse discrètement à l'oreille ce qui est entre parenthèses. Ce n'est certes qu'un flux secondaire, mais ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières, n'est-ce pas ?)

26 juin 2007

De beaux yeux

Y a un truc que j'aimerais vraiment vraiment vraiment, mais que je ne peux même pas demander au Père Noël, ce sont de beaux yeux.

Dieu merci, je n'ai pas les yeux marrons-cochon. M'enfin je n'ai pas non plus les yeux jade-gris de ma maman, enfer et damnation. J'aurais pu avoir un peu plus de vert, comme ma soeur qui s'est mieux organisée que moi dans la loterie génétique intra-utérine. En vrai, j'ai un tout petit peu de vert dedans, qui veut bien sortir de sa cachette :
- quand je mettais mes anciennes lentilles faites en papier de verre
- dans les bons jours
- quand je pleure très fort (mais j'ai aussi les paupières toutes gonflées alors bof en fait. Et puis je ne pleure vraiment pas souvent...)
- quand je mets plein de violet-prune autour de mes yeux (et le premier qui dit que ça fait Barbie, voire que ce n'est pas hype, je l'envoie en stage à l'ambassade de France au Luxembourg)

Mais la preuve que ce vert là est bien fragile : dès que je mets du vert autour de mes yeux, on voit clairement qu'ils n'ont pas la même couleur que mes paupières.

Alors que de beaux yeux, ça rattrape tout. Ou presque tout. Je crois que le Prince Charles a les yeux bleus, mais comme vous voyez, je ne suis même pas sûre de moi, ce qui montre bien que les beaux yeux ont leurs limites.

Je ne suis pas un ayatollah des yeux bleus. Des verts ou des gris m'iraient aussi très bien. Mais une très belle couleur.

Les seules personnes âgées que je trouve belles, ce sont celles qui ont de beaux yeux. Parce que les yeux, ça ne prend jamais une ride.

Avoir de beaux yeux permet d'avoir un menton à la Bogdanov ou un nez à la Rossy de Palma sans que personne ne le remarque. Quand on parle à quelqu'un, on regarde ses yeux. Lorsqu'ils ne sont pas palpitants, on se laisse distraire, et on laisse son regard courir en haut, en bas, à gauche, et à droite. On remarque les petits boutons sur la joue. La cicatrice dans le sourcil droit. Les oreilles étranges. Alors que lorsque les yeux sont intéressants, on a du mal à s'en défaire. De beaux yeux hypnotisent presque les gens.

Bien sûr, il y a les lentilles de couleur. Mais d'une part, c'est moche. Et d'autre part, ça n'est pas pareil d'avoir de beaux yeux pour de vrai. Je suis certaine que le fait d'avoir de beaux yeux fait de quelqu'un un être totalement différent de celui qu'il aurait été avec des yeux d'une banalité à pleurer.

En même temps, je peux toujours balancer ça comme ça, en fin de billet, et m'arrêter là-dessus, parce que personne ne pourra jamais ni le prouver ni l'infirmer...

free music


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17 mai 2007

Quand reverrai-je...

Quand j'étais en sixième, nous avions étudié le fameux "Heureux qui, comme Ulysse" de Joachim du Bellay après avoir lu une version très édulcorée de L'Odysée. Avec le recul, je trouve ça un peu audacieux, mais finalement payant, puisque je m'en souviens encore aujourd'hui, bien qu'il y ait eu à l'épode de nombreux mots qui m'échappaient.

J'ai eu l'occasion de me le remettre en mémoire hier matin, lorsque ma radio de douche a passé ça :



J'aime beaucoup ce poème, et j'aime beaucoup Ridan. Et j'aime beaucoup l'idée que Ridan reprenne du Bellay. Mais j'ai tiqué. Cette reprise n'est peut-être que volonté poétique et amour de la langue française de la part du jeune chanteur, mais j'y vois autre chose.

Je savais que la nostalgie compulsive était un mal répandu. Je savais que les Français sont tellements paumés qu'ils se passionnent pour les émissions de généalogie d'Europe 1. [Si vous ne voyez pas le rapport entre perte de repères et généalogie, il suffit de lire l'introduction à l'exposition du canton de Genève sur la généalogie : "Les études généalogiques jouissent aujourd'hui d'une grande popularité. Cette vogue n'est pas pour étonner, si l'on songe à l'évolution de la société actuelle, aux ravages de l'individualisme dans les mentalités et dans l'esprit civique ou simplement communautaire, aux exigences de mobilité qui sont celles de l'économie, avec leurs conséquences destructrices sur la famille et les réseaux traditionnels d'amis, la perte de repères dans l'espace et de racines dans le temps qui en résultent". D'ailleurs, en faisant quelques recherches pour cet article, j'ai vu que je n'étais pas la seule à faire le lien entre généalogie, passéisme et refus de la Constitution européenne : Jean Daniel, dans un éditorial du Nouvel Obs de mai 2005 "Autocritique ?", écrivait : "Je pensais - et je pense toujours - que les Français subissaient les transformations profondes de leur identité nationale. Je les imaginais repliés sur la détresse du chômage, la peur de perdre un emploi, le rejet d'un étranger trop visible, le frileux conservatisme de l'acquis, le goût de la proximité, la restauration du patrimoine et le souci de la généalogie. Bref, tout ce qui peut faire regretter la France d'hier et qui barricade contre les agressions de la modernité".]

Je savais que les regrets, qui est d'ailleurs, étrangement mais fort logiquement, le titre du recueil de poèmes dans lequel se cache le sonnet consacré à la douceur angevine, étaient un sport national. Mais je ne pensais pas que ça avait atteint "les jeunes".

Je sais, c'est un peu con. Pourtant, j'avais l'idée saugrenue que la jeunesse est ce qui pousse une société vers l'avant, que c'est elle qui regarde loin devant. Or chez nous, ce n'est pas le cas. Les moins de 24 ans ont voté à 56% contre le Traité constitutionnel européen, et Ridan nous chante très joliment que rien ne vaut sa bonne vieille campagne plutôt que de découvrir le monde, aussi beau soit-il.

Je ne suis pas non plus fana du très communiste "du passé faisons table rase". Mais entre les deux, il doit bien y avoir cette fameuse troisième voie, qui commence à être telle le dahut dont tout le monde parle mais que personne ne trouve. Qu'est-ce qui nous fait si peur pour qu'on retombe dans le mal du pays version Renaissance ?

J'accorde peut-être trop d'importance à cette chanson, au demeurant fort agréable à écouter, mais ce que j'en tire comme enseignement m'apparaît bien peu encourageant...

PS / j'avais oublié : "c'était mieux avant ma bonne dame, quand les jeunes étaient moins nostalgiques !"

11 mai 2007

"Les paysans de mon fief"

Je me suis fait une nouvelle copine de bus. Mais attention, celle-là était tout sauf une pétasse. Elle s'est assise à côté de moi, et je me suis dit qu'elle avait dû voir la Tour Eiffel en construction. Toute frêle et toute ridée, mais très chic. A peine avait-elle posé ses fesses sur le siège voisin du mien, elle a commencé à s'animer et à parler tellement vite que je me suis demandée si en fait, je n'avais pas Lorant Deutsch réincarné à côté de moi.

"Je suis allée au Bon Marché parce que vous savez, il me fallait un nouveau rouge-à-lèvres, et celui qu'on trouve là-bas il est vraiment très bien, il tient longtemps et ne bave pas. Et je traverse tout-Paris pour aller au Bon Marché, parce que vous comprenez, là-bas, au moins, les vendeuses sont bien élevées. Ce n'est pas que je sois bêcheuse hein, mais j'aime qu'on soit poli. Et au Bon Marché, toutes les vendeuses sont polies. Regardez, elles m'ont même donné une petite carte, pour que j'aie leur numéro, pour appeler la prochaine fois avant de venir, pour être sûre qu'elles auront mon rouge-à-lèvres".

Elle fouille dans son sac à main et en sort en effet une petite carte.

"Elle est jolie hein... Ce que j'aime bien, c'est qu'elle est discrète voyez-vous."

En effet, la carte Chanel est discrète à souhait : un petit logo blanc sur fond noir, on ne fait pas plus sobre. Et la sobriété, même sur papier glacé, est la mère de toutes les classes. Le flot ininterrompu reprit :

"Vraiment, elles sont bien élevées les vendeuses, c'est agréable. Parce que vous savez, Papa me disait toujours (et il avait raison) : 'Ce serait quand même malheureux que les nobles donnent le mauvais exemple'. Vous comprenez, je ne suis pas bêcheuse, mais j'aime qu'on soit poli. Papa avait raison, nous ne devons pas montrer le mauvais exemple, mais c'est bien agréable d'avoir quelqu'un de bien élevé en face de soi, noble ou pas".

Elle s'arrête un instant, pour reprendre son souffle. Et repart aussitôt :

"Vous savez, je viens du Massif Central. Et dans mon fief... Oui, parce que j'ai un fief... Oh, le château est en mauvais état, mais nous avons encore plein de paysans ! Oh, comme ils sont gentils les paysans de mon fief, si vous saviez. Quand je vais les voir, ils me disent tous "bonjour Nanou". Parce que je m'appelle Jeanne. Alors comme quand j'étais petite, ils m'appellent encore Nanou. Qu'ils sont gentils mes paysans... Ils sont tellement gentils que parfois, j'ai peur qu'ils se fassent avoir. Ce n'est pas comme les paysans normands, qui sont avares. Eux ils sont tellement généreux mes paysans... Et donc dans mon fief, nous avons encore plein de paysans... J'ai tellement peur pour eux parfois."

Son regard se pose sur mon Courrier International, ouvert sur un article sur l'utilisation par l'économie israélienne de la main d'oeuvre palestinienne dans des conditions parfois douteuses. L'article est illustré par un dessin représentant sur fond vert un homme en utilisant un autre comme brouette. Elle me le montre du doigt et reprend :

"'C'est joli ça. Ce vert, qu'est-ce que c'est joli ! Vous savez, je suis un peu déformée, parce que j'ai fait une licence de droit, et ensuite, j'ai fait l'Ecole du Louvre. Parce que vous savez, moi, j'aime ce qui est beau. Oui, c'est ça, j'aime le beau... C'est bien agréable, les belles choses...".

Mon arrêt approche. Je la quitte après avoir souri intérieurement tout le long de mon trajet et de son monologue.

30 avril 2007

Misère (ou : Tout ça pour ça)

Bon, z'allez encore dire que je m'insurge pour pas grand-chose. Mais tant pis, il faut que je partage...

De temps en temps, pour me détendre et me faire saliver, je vais voir les pianos à vendre sur ebay. Il y a de temps en temps des instruments anciens absolument superbes. Des Pleyel début du siècle, des Gaveau, des Erard, et plein d'autres encore. Très souvent, les prix sont plus que raisonnables, puisque les vendeurs cherchent en majorité à se débarasser d'un bien de famille dont ils ne savent que faire.



On peut ainsi trouver pour quelques centaines d'euro l'une des ces merveilles : un piano art nouveau ou art déco, dans de très beaux bois non vernis, avec un panneau "soleil" et des courbes tout en douceur. Souvent peu entretenus, ces pianos ont besoin d'une révision après achat, mais le plaisir de jouer sur un Erard des années 20... Enfin bref, je m'égare, car le but de ce billet est une fois de plus de râler. Ou plutôt, de m'offusquer.

Parfois, les Pleyel sont vendus à des prix défiant réellement toute concurrence. Pour quelques dizaines d'euro. Je me penche sur ces cas, par curiosité. Et ce que je lis me tord le coeur. "Véritable Pleyel ancien" (jusque là, ça va) "magnifique meuble de décoration" (oui enfin... pas que) "entièrement vidé" (quelle drôle d'idée ! Ont-ils remplacé le mécanisme pour éviter le décalage d'1/2 ton ? Ce serait étrange...) "pour faire un bar". Et là, je m'étouffe. Il y a des gens qui réussissent à dormir après avoir vidé un Pleyel pour en faire une station d'accueil pour bouteilles d'alcool...

Ceci est un cas extrême, mais rencontré plusieurs fois. Plus fréquemment, il n'est fait absolument aucune mention des qualités musicales de l'instrument, du nombre d'octaves, de pédales. Il est simplement dit que c'est "un bel objet de décoration". Je n'aurais vraiment jamais pensé acheter un piano simplement pour décorer un pièce...

Quel est le but recherché ? Animer un salon un peu terne ? Remplir une pièce trop vaste ? Réchauffer une atmosphère ? Ou tout simplement faire croire à ses visiteurs qu'on maîtrise l'objet dans une tentative pitoyable d'impression sociale ?

25 avril 2007

Articulation

L'important quand on donne une information, elle-même contenue dans un flot d'informations que nous tendons à désigner sous le nom de "journal", est la place qu'elle occupera par rapport aux autres informations, afin que le subliminal, cette force si subtile, fasse tranquillement son travail d'association dans notre cerveau. Vous ne donnez que deux informations, mais en les combinant, vous pouvez en donner une troisième, tout en laissant à votre auditeur le sentiment qu'il est libre de sa pensée.

Ce matin, par exemple, le sujet n°1 arrive : la sécheresse, le temps qui se détraque, les agriculteurs qui sont tristes. Depuis que j'ai l'âge d'écouter des journaux, on nous fait pleurer sur les agriculteurs qui n'ont jamais assez d'eau (sécheresse exceptionnelle, sans doute pire que celle 1976, c'est dire !), ou jamais assez de soleil (un été comme ça, c'est pas Dieu possible...). A se demander comment on bouffe encore. Et heureusement qu'on a quand même tous ces nitrates pour bien faire pousser les choux-fleurs, parce que sinon, ça serait encore du rutabaga et du navet matin-midi-et-soir. Pour ce qui est de l'eau, il ne faut surtout pas demander qui pompe de l'eau à outrance depuis des décennies sans rendre de comptes à personne. Si vous n'avez jamais traversé la Beauce en plein après-midi d'été, croyez-moi sur parole : tous les champs sont largement arrosés de 12h à 16h, à l'heure à laquelle ça ne sert à rien, parce que l'eau s'évapore immédiatement... Mais revenons à nos licornes : tout fout le camp, les saisons et nos raisons d'avoir confiance en le monde en même temps.

Sujet n°2 : on vient de découvrir une planète qui serait presque comme la Terre. Enfin sans ces connards d'hommes qui ont tout bousillé, évidemment. C'est presque comme chez nous : il y a de l'eau et des rochers, et il y fait de 0° à 40°. Enfin, d'après les astronomes qui voient ça à des années-lumières. Je ne sais pas trop comment ils font pour voir la température dans un téléscope, mais c'est sans doute parce que je n'ai pas fait de spé physique au bac.

Sujet n°3 : l'association de l'un et de l'autre m'a nécessairement fait penser à "ah ben chouette, on s'est trouvé une Terre de remplacement pour quand ça ira vraiment mal" et "est-ce que je serais vraiment prête à aller quelque part où il n'y a aucun truc plus vieux que moi ?".

Peut-être était-ce totalement involontaire, mais juxtaposer ces deux sujets dans un journal me donne une impression désagréable de me faire manipuler mentalement dans une tentative pitoyable d'alarmisme sur le réchauffement climatique. J'ai le sentiment qu'on ne sait plus quoi inventer pour nous faire peur et nous faire culpabiliser. "Attention, si vous n'êtes pas sage, bientôt, vous devrez aller vivre sur une autre planète", ça a quand même beaucoup plus d'impact que "Attention, si vous n'êtes pas sage, vous allez manger du rutabaga cet été à cause de la sécheresse".

La fin du reportage sur le sujet n°2 m'a rassurée : le voyage dure pour l'instant plusieurs milliers d'année, ce qui devrait nous permettre de manger du rutabaga pendant encore quelques étés sur cette bonne vieille Terre.

05 avril 2007

L'ENA est morte, vive l'ESP !

Suite aux mails de mon fan club (merci à son membre pour l'instant unique qui se reconnaîtra s'il passe par là), voici ce que je pense de la proposition de Bayrou de supprimer l'ENA : au-delà d'une fumisterie dénoncée par Silence des lois (paragaphe Bayrou), c'est injuste. Il y a tous les jours à côté de moi en amphi des gens qui travaillent depuis le CP pour devenir énarque. Et à 6 mois de la réussite, du triomphe, du sacre, ils n'ont plus aucune autre perspective que de devenir "esperque" ou un "espien". Ca claque nettement moins. Sacrifier des générations entières d'ambitieux, tout ça pour une petite ambition présidentielle. 100 contre 1, ça ne fait pas le poids ?

Plus sérieusement, je ne nie pas que l'ENA aurait besoin d'un coup de plumeau. A commencer par le concours d'entrée : tant que le jury souverain s'obstinera à choisir des singes savants sans savoir ce qu'ils ont dans le ventre et dans le coeur, l'ENA continuera à produire des générations de gens brillantissimes mais inadaptés. Cela ne concerne bien évidemment qu'une minorité, mais qui est la plus visible (qui a dit que les minorités visibles n'avaient pas accès à l'ENA ?).

L'ENA n'est pas une école, c'est avant tout le marchepied vers la fonction publique. Et quand l'Etat s'engage, c'est pour 80 ans (oui, il faut aussi compter la retraite). Autant être sûr qu'on mise sur le bon cheval (même si la problématique est différente du billet d'hier).

J'ai récemment passé un oral et je tiens à rassurer tout le monde : on ne m'a jamais demandé pourquoi j'avais envie d'occuper les fonctions pour lesquelles je postulais. On ne m'a jamais demandé quelles étaient les qualités que je pensais avoir pour occuper avec brio ce poste. On ne m'a jamais demandé pourquoi je me sentais faite pour ce métier. On m'a demandé les noms des Secrétaires généraux des Nations Unies, qui étaient les représentants de la négritude, ce que je pensais de la "juste mémoire" de Ricoeur et mille autres choses encore dignes de Julien Lepers. Mais sur mes compétences et mes motivations, rien. Et cela vaut pour tous les concours administratifs, l'ENA et les autres.

Il existe néanmoins de très bons énarques. Et critiquer les énarques comme s'ils n'étaient qu'un est stupide. D'ailleurs, la plupart des critiques émises sur l'ENA sont stupides. J'entendais notamment hier Philippe de Villiers, lui-même énarque (oui, TOUS les énarques ne sont irréprochables), affirmant sans sourciller : "l'ENA, ce sont 2 ans de formation purement théorique à l'issue desquels on est catapulté directement Directeur général de l'administration". Pour les novices, un DGA est, dans un ministère, le grand chef de tout ce qui est administratif : ressources humaines, affaires financières, achat de stylos en gros, etc. Un poste vaguement à responsabilité en somme. Si j'arrête 3 secondes l'ironie, c'est le Grand Schtroumpf juste après le Ministre et son Directeur de Cabinet.

Dans la phrase de de Villiers, on repère immédiatement deux conneries monumentales (et il ne faut jamais dire de conneries quand on critique quelque chose, sinon, on perd immédiatement toute crédibilité) :
- la formation se fait pour plus de la moitié de la scolarité en stage. Pour en avoir parlé avec plusieurs énarques, je ne considère définitivement pas qu'être de permanence le 24 décembre, le 25 décembre, le 31 décembre, le 1er janvier, les dimanches et les jours fériés pour garder une préfecture soit une formation théorique pépère.
- un énarque débute sa carrière dans un ministère en tant qu'administrateur civil, avec tout au plus une demie-douzaine de personnes sous ses ordres. Ce qui est bien loin du DGA, poste pour lequel il faut attendre environ 30 ans de carrière.

Le problème principal que je vois dans toutes les critiques de l'ENA et des énarques est en fait une critique des élites, si répandue chez les Français, pasionaria de l'égalitarisme (cf. Le peuple et les Gros de Pierre Birnbaum : les Français détestent par essence le plus riche et le plus intelligent qu'eux, puisqu'il ne peut devoir tout cela qu'à une duperie-spoliation).

On reproche aux énarques de n'avoir aucun lien avec la réalité ? Quel golden boy en a ? Je ne dis pas qu'il est normal qu'un énarque ignore le montant du SMIC. Mais franchement, quel énarque sérieux - en dehors des caricatures qui hantent les discussions bon ton des bien pensants travaillant dans le privé et détestant par réflexe les fonctionnaires - ne connaît pas le montant du SMIC ? Et si jamais l'énarque ne connaît pas le prix d'un billet de bus, c'est parce que, comme tout étudiant, il a une Carte Imagine'R. Et non parce qu'il ne sait pas ce qu'est la vraie vie. Certes, il n'a pas forcément vécu son enfance dans une HLM à Outreaux, mais peut-on lui reprocher et l'inverse serait-il souhaitable ?

Et à niveau égal dans le privé, QUI a ce fameux "sens des réalités" ? Mes amis travaillant en banque d'affaire londonienne et voyant défiler des comptes à six 0 savent-ils ce qu'est la vraie vie ? Mes amis passant 10 heures dans leur bureau pour faire du conseil en restructuration ont-ils la moindre idée de ce que vit la secrétaire dont ils s'apprêtent à supprimer le poste ? Mes amis qui font du lobbying à Bruxelles ont-ils la moindre idée de ce que vit cette fameuse Mme Michu quand son fils lui dit qu'il veut partir en Erasmus à Cork ? Non, et personne ne pense à dénoncer leur incompétence notoire pour cette raison. Alors pourquoi les énarques concentrent-ils toute la haine de la France, eux qui ne rêvent que de la servir depuis leur plus tendre enfance ?

Le problème de l'énarque est qu'il concentre deux tares : il fait partie de l'élite, et il est fonctionnaire. Le fonctionnaire est incompétent et paresseux. Or faire partie de l'élite quand on est incompétent et paresseux est carrément inadmissible, on est d'accord.

Je suis certaine que les trois quarts des gens qui critiquent les énarques n'en ont jamais côtoyés. S'ils l'avaient fait, ils auraient vu qu'en dehors des exceptions mal recrutées par un jury trop porté sur la faculté à citer Cicéron dans le texte plutôt qu'à la capacité de réaction face à une mise en situation coriace, on n'est rarement énarque par hasard. J'estimerais personnellement le taux d'erreur manifeste de recrutement à 5%. Demandez aux polytechniciens, aux normaliens ou aux pompiers s'ils ne pensent pas que parmi leurs congénères, 1 sur 20 n'est pas totalement à sa place et racontez moi leurs réponses...

S'ils avaient côtoyé des énarques, ils sauraient que ceux-ci n'ont ni chauffeur, ni abonnement aux compagnies de taxi. Mes profs arrivent essouflés en vélo, en scooter ou en métro. S'ils avaient côtoyé des énarques, ils sauraient que faire l'ENA ne consiste pas uniquement à porter un titre prestigieux, mais aussi à se tuer à la tâche même une fois rentré pour sortir bien classé. La vie à l'ENA m'apparaît d'ailleurs encore plus monacale depuis que j'ai regardé ce reportage de Complément d'enquête (à la fin).

En somme, il faudra toujours trouver une façon de sélection et de former les élites administratives. Dire que les critiques faites à l'ENA sont stupides ne signifie pas que cette institution est parfaite. Elle a des défauts, mais j'attends pour me prononcer sur sa suppression qu'on me propose mieux. Et avant de faire la révolution, la réforme du concours d'entrée me semble être une priorité (et je ne dis évidemment pas ça parce que je suis incapable de citer Cicéron dans le texte...).

Peut-être qu'un jour, l'ENA recrutera des gens qui ne savent pas qui est Robert le Pieux mais qui n'hésitent pas à chanter Joe Dassin pour remonter le moral de leurs amis et sont capables de gérer une situation de crise sans avoir envie de pleurer "parce qu'on ne comprend rien" (spécial kassdédi. Comme dirait Martin : "ceci est une private joke en milieu socialisé, c'est insupportable").

Je sais, savoir chanter du Joe Dassin ne sert à rien pour bien servir l'intérêt général. Mais savoir qui est Robert le Pieux non plus...

Edit : pour mettre fin également à la supposée richesse incommensurable des énarques, je précise que la rémunération moyenne à la sortie de Sciences Po (donc de TOUS les élèves, pas uniquement des énarques, qui ne sont qu'une minorité) tourne autour de 3 000 à 3 500 € selon les sources. Durant les 2 ans 1/2 de leur formation (qui, je le rappelle, se fait pour plus de la moitié en stage), les énarques reçoivent eux environ 1 300 € de traitement. A la sortie, les plus chanceux - et surtout les plus bosseurs sortis dans le premier quart de la promo - pourront atteindre les 2 800 €, peut-être 3 000 (mais difficile d'obtenir des chiffres officiels sur la question...). Si des énarques dans la salle veulent bien confirmer ou infirmer, avec une approche teintée d'expérience, je leur en serais reconnaissante :-) Donc plus de deux ans après avoir quitté Sciences Po, admettons que le salaire moyen de l'énarque soit à 2 500 €. A votre avis, à combien s'élève le salaire moyen d'un ancien élève ayant commencé à 3 000 et ayant deux ans d'expérience ?

09 janvier 2007

"Acheter un slip à minuit, c'est ubuesque"

Pour changer des vrais blogs de filles, un débat social et non un débat de mode sur les soldes (ok, je suis un peu présomptueuse) : dans les grands magasins, un préavis de grève a été déposé pour demain (premier jour des soldes, pour les Martiens qui n'auraient pas encore été atteint par le matracage médiatique dont ces journées de rabais font l'objet dans les médias depuis 1 semaine... On sent que le Gouvernement veut de bons chiffres économiques d'ici mars). Ce mouvement social tombant à point nommé vise à contester les conditions de travail des vendeurs et vendeuses : on les fait travailler tard (21h heures pour les jours de nocturnes, 20h le samedi, et 22h pour le premier jour des soldes) et parfois le dimanche.

Rappelons que pour ces horaires, le volontariat prévaut et qu'ils font l'objet d'une compensation salariale qui va de 50 à 100% selon la branche concernée, voire plus si la convention collective le prévoit. De plus, un dimanche travaillé ne signifie pas un jour de repos en moins, ce jour sera simplement pris un autre jour, puisque le droit du travail précise qu'un employeur ne peut occuper un salarié plus de six jours par semaine et qu'il doit respecter un repos hebdomadaire de 35 heures (24 heures + 11 heures de repos quotidien). D'accord, il y a la vie de famille, d'où l'idée du volontariat. Personnellement, ça ne me semble pas être un mauvais deal de travailler de temps en temps le dimanche en gagnant plus. Et j'ajouterai de façon encore moins scientfique qu'à mon humble avis entièrement subjectif et pas du tout argumenté, l'une des raisons du dynamisme économique américain, largement tiré par la consommation des particuliers, est que tout est ouvert le dimanche et tard le soir. Quand on a plus de temps pour consommer, on consomme plus.

Je passe rapidement sur mon amour modéré pour les syndicats et encore plus modéré pour les syndicalistes, on pourrait croire que j'ai viré ma cuti. Pas faux en même temps. Pour résumer ma pensée : le syndicalisme à la française, c'est une capacité de blocage maximum pour une représentativité et une légitimité minimum, le tout étant le plus souvent couplé à une compréhension zéro de l'économie et à une mentalité arriérée directement héritée de la Révolution française ("les riches sont forcément injustement riches et forcément méchants" et "à bas les privilèges sauf les nôtres !"). Il en sort presque toujours des revendications dont la pertinence est si peu compréhensible qu'il est difficile d'y répondre intelligemment.

Mais je ne voulais pas me lancer dans une diatribe réellement sociale. Je voulais citer une vendeuse, entendue ce matin à la radio (quand je volais encore sur mon nuage de naïveté horaire, cf. infra) : "acheter un slip à minuit, c'est ubuesque". Déjà, on remarque le glissement sémantique et le sens de l'exagération : d'une ouverture jusqu'à 22 heures, on passe à minuit. Début de la tragi-comédie. Ensuite, l'exemple choisi, le slip. Franchement, qu'y-a-t-il de plus dérisoire qu'un slip ? Tout le monde en a déjà de toute façon, on peut bien attendre le lendemain matin pour l'acheter non ? Un slip, c'est petit, c'est rien du tout, ce n'est pas ça qui fait avancer l'économie. Un écran plasma de 3 mètres carrés, oui, mais pas un slip. Faire rester des HORDES de vendeuse pour UN slip, si ça n'est pas honteux franchement... Vu comme ça, il est certain qu'on se place du côté de la pauvre vendeuse, contrainte de sacrifier sa vie de famille et l'histoire du soir racontée à son fils pour un malheureux slip.

Mais ce que la vendeuse oublie, c'est que s'il lui est versé tous les mois un salaire, c'est justement parce que plein de gens achètent des slips, alors que tout le monde n'achète pas d'écran plasma. Un slip, ce n'est rien, mais là, il ne s'agit pas d'un slip, mais de beaucoup plus (j'aimerais citer un chiffre, mais je n'en ai pas sous les fesses. Euh... sous la main). L'année dernière, le premier jour des soldes a représenté pour le Printemps 8 millions d'€ de chiffres d'affaires, dont sans doute une bonne partie de slips. De quoi rentabiliser la présence des vendeuses et justifier qu'elles restent un peu plus longtemps. Elle devrait pourtant comprendre qu'elle ne sert pas son méchant patron en travaillant (bien se rappeler : le patron est toujours méchant, et plus il est grand patron, plus il est méchant) mais elle-même. Oups, je re-glisse dans le social.

Parce qu'en fait, MOI, ce que je veux lui dire à la vendeuse qui causait dans la radio, c'est que dans les 3 jours qui viennent, j'ai cours de 8h à 21h15. Et que je serais ravie de pouvoir m'acheter un slip (pas forcément comme le modèle ci-dessous) entre 21h16 et 22h, voire même le soutien-gorge assorti si la vendeuse est souriante et aimable. Certes, je ne suis pas le plus gros pouvoir d'achat de la France et je ne justifie peut-être pas à moi toute seule la nocturne du Bon Marché ou des Galeries Lafayette. Mais des gens dans la même situation que moi, j'en connais des tas : des jeunes actifs en cabinet de conseil, en agence de marketing ou en banque d'affaires qui sortent rarement avant 20h30 du boulot (sans avoir de majoration de leur rémunération hein, puisque la rémunération est censée à l'origine prendre en compte ce genre de désagréments) par exemple. Si les vendeuses comptent sur les retraités et les étudiants pour consommer, et donc assurer leur poste et leur salaire à moyen terme, elles sont mal barrées.



[J'ai utilisé "vendeuses" tout au long du texte par simple simplification généralisatrice. Les hommes aussi ont le droit d'être vendeurs hein.]

07 janvier 2007

Glourps

Depuis mes 17 ans, je vis comme une grande fille quasiment autonome, c'est-à-dire plus ou moins loin de la maison familiale. Il y a toutefois une chose que je n'arrive pas à faire : manger seule en silence. Ca ne passe pas. Je n'arrive même pas à avoir faim quand je ne fais "que" manger. Tous les nutrionnistes miracles des régimes miracles des magazines féminins miracles le disent : c'est mal. Pour bien manger donc bien mincir, il faut PENSER que l'on mange, il faut REFLECHIR à ce que l'on mange. Moi, quand je ne fais qu'une chose à la fois, je m'ennuie.

Donc depuis 6 ans, je ne mange qu'en écoutant la radio ou en regardant la télé. Ca peut paraître glauque, dis comme ça, mais en réalité, pas du tout, je vous assure. Mais parfois, il me prend des idées étranges, comme regarder BFM TV et son journal de la nuit. Alors que je plonge ma petite cuiller dans mon yaourt à la mangue, la journaliste commence à évoquer une sordide histoire de co-détenus. Lorsque les détails du reportage se dessinent, je gloupse et mon yaourt a du mal à passer.

Vous avez sans doute vaguement entendu également ce récit - qui pourrait presque être comique si ce n'était la réalité - de ce mec à moitié bouffé par son pote dans sa cellule de Rennes. J'essaie tant bien que mal de continuer à manger, en me disant que j'ai décidément bien fait d'abandonner ma soudaine (et fugace) vocation de l'année dernière conduisant inexorablement mes pas vers le concours du Directeur de prison.

Avec ce meurtre resurgit le débat sur les prisons françaises, "honte de la patrie des Lumières" paraît-il. J'aimerais pouvoir confirmer ou infirmer, mais le fait est que je n'y ai jamais mis les pieds. En l'occurrence, les éléments en jeu ne sont pas ici les conditions de détention, mais les détenus eux-mêmes : 80% des personnes incarcérées devraient, d'après l'Observatoire international des prisons, être traitées en psychiatrie plutôt que d'être emprisonnées.

Je ne suis pas une spécialiste de la question, je n'ai même pas lu en entier Surveiller et punir de Foucault (pas Jean-Pierre, hein, l'autre, Michel), qui est pourtant un ouvrage de qualité. En somme, je n'y connais rien, ni en théorie ni en pratique. Peut-être ma remarque est-elle donc fort naïve et dépourvue de toute intelligence de la question. Mais mon bon sens ne peut m'empêcher de relever que "ceci explique peut-être cela".

En effet, la réalisation de nombre de crimes demandent d'avoir atteint un certain niveau de dérangement psychologique. S'il y a un lien entre trucider sa femme au cure-dent un soir en rentrant du bureau et être perturbé, et s'il y a un lien entre cette fameuse exécution au cure-dent et le fait d'être incarcéré, c'est donc qu'il y a un lien logique entre la psychopathie et la détention.

La question est de savoir comment à la fois punir - ce qui est nécessaire à la première fonction de la justice qui est de réparer - et soigner - ce qui est nécessaire à la seconde fonction de la justice qui est de prévenir la récidive. Il y a des blogs de plaideurs bien plus au courant que moi de ces choses-là, mais il me semble avoir entendu ici ou là que les cas d'irresponsabilité pénale en raison de troubles psychiatriques se multipliaient. Mais ne faut-il pas, dans un certain nombre d'affaires, être justement atteint de troubles psychiques pour commettre les actes dont ces malades sont accusés ?

On tourne en rond sans trouver la bonne réponse. Certes, la prison n'est pas adaptée. Mais l'hôpital psychiatrique l'est-il plus ? Le développement des troubles mentaux parmi les détenus ne vient-il pas en partie d'une plus grande sensibilité du monde médical et d'un diagnostic plus fréquent ? Peu se souciaient de la santé mentale des détenus de la Conciergerie au XIXème siècle. Ce qui ne signifie pas qu'il ne faille pas s'en soucier aujourd'hui. Mais il me semble qu'il ne faut pas perdre de vue qu'il n'est ni statistiquement ni humainement anormal que 80% des détenus souffrent de problèmes psychologiques.

02 janvier 2007

Je m'interroge (ou : les petites indignations du quotidien)

Ce matin, mon réveil obéit à sa fonction et me réveille. J'ai abandonné l'idéal du réveil en douceur qui ne me réveille vraiment pas. Du coup, mon réveil me réveille avec la radio, les nouvelles du matin, un bon contact violent avec la réalité. Ca ne marche pas toujours, mais quand j'arrive à l'entendre, ça me secoue suffisamment pour me lever généralement.

Je me suis levée rapido ce matin, j'avais eu ma décharge médiatique du jour. Accident d'avion en Indonésie. 102 passagers. 12 survivants. 90 morts. 3 Américains à bord. On espère qu'ils sont parmi les 12 survivants malgré le défi aux règles mathématiques des probabilités que représente cette petite prière.

Il y a deux ans, pour LE tsunami (à croire que ce nom a été inventé pour cette seule et unique tragédie, ça n'existait pas avant, que personne ne savait que c'était possible), ils nous avaient déjà fait le coup. A vrai dire, ils nous font toujours le coup. Le coup du "il y a 129 083 morts dont 2 Suédois, c'est horrible". Pire, le coup du "il y a 376 763 morts. Heureusement, il n'y a pas d'Occidentaux, on peut continuer à vivre normalement, oublier vite les autres".

Mais pourquoi est-il plus tragique pour un Américain, un Allemand ou un Espagnol de mourir que pour un Turkmène ou un Sri Lankais ? Pourquoi devrions-nous nous sentir plus affectés, plus bouleversés par des morts numériquement inférieures mais... qui touchent "les nôtres" ?

Les miens, ce sont les humains. Ce ne sont pas les Français, pas les Européens et encore moins les Occidentaux. Les journalistes doivent penser "qu'après tout, les Somaliens ont plus l'habitude de mourir que nous, alors un de plus ou un de moins...". Ou ils pensent que leur boulot est de jouer sur l'émotion, de créer de l'empathie et que ce n'est possible qu'en nous parlant de gens qui soit disant nous ressemblent.

Soit j'ai, pour une fois, une trop grande confiance dans le genre humain, soit les journalistes se fourrent le doigt dans l'oeil jusqu'au fond du crâne en pensant nous attendrir en nous parlant des Occidentaux comme s'ils étaient des surhommes, dont la vie a nettement plus de valeur. Parce que moi, quand on me parle plus de 3 Américains que de 99 pauvres bougres des "pays du Sud" (douce litote qui nous ferait presque croire qu'il fait bon y vivre) avec des trémolos dans la voix, je n'ai aucune empathie. Et j'espère presque que ces trois là ne s'en sont pas sortis, ne serait-ce que pour rééquilibrer l'injustice dont les 99 autres font l'objet.

[Et non, ce n'est pas de l'anti-américanisme primaire]

16 décembre 2006

Hypocrisie, quand tu nous tiens...

Les relations parfois intimes entre presse et monde politique ne sont pas un fait nouveau. Après tout, le milieu professionnel est le premier lieu de rencontre des couples, d'après les sondages de la Sofres. Or puisqu'il est plutôt difficile aux hommes politiques de draguer dans l'Hémicycle, faute de cibles intéressantes, je comprends qu'ils cherchent ailleurs. Or quoi de plus tentant qu'une jeune et jolie journaliste ?

Ce qui est nouveau, c'est que cela fasse débat et pose problème. Le préjugé généralement accepté désormais est qu'une femme qui partage la vie privée d'un homme public n'a plus aucun sens critique. En somme, la mise en couple sonne le glas de sa cervelle : lobotomisée, elle est contrainte de partager celle de son aimé de façon inéluctable. Comme s'il était impossible de ne pas être systématiquement d'accord au sein d'un couple.

L'autre présupposé est que l'amour a REVELE ces femmes à la conscience politique. Pages vierges de toute conviction la veille, elles le virent, rougirent, pâlirent à sa vue et PAF, d'un coup d'un seul, elles ont trouvé la foi politique. Harry Roselmack n'ayant - à ma connaissance - aucune liaison avec Roselyne Bachelot, n'a sans doute aucun avis personnel sur la campagne présidentielle. En revanche, s'il couchait avec MAM, il est certain qu'il perdrait du jour au lendemain toute objectivité.

Après Béatrice Schönberg, c'est à présent au tour de Marie Drucker de faire les frais de cette chasses aux sorcières, qui a étrangement trouvé sa place sur le service public audiovisuel. Le nouveau magazine pour ménagères de moins de 50 ans décérébrées Bon week a jugé utile de publier des photos de cette dernière avec son ministre chéri. Au moins, le nouveau venu dans le paysage journalistique (je parle du magazine, bien entendu) aura réussi à enfin faire parler de lui autrement que pour sa médiocrité. Car soyons clairs, le message de Bon week pour recruter ses lectrices est basique : "Tu en as marre de ta vie de merde, de tes enfants mal élevés (par ta faute) qui te claquent la porte au nez et de ton mari qui ne te regardent même plus (par ta faute) ? Evade-toi avec la vie des stars !". Ils partent de loin et on comprend qu'ils aient eu besoin d'un sacré coup de pouce pour vendre quelques numéros de plus.

Que ce magazine ait pris la décision "d'éclairer le débat public" et "d'informer la société" avec sa révélation est facilement compréhensible du point de vue financier. Ce qui l'est moins est leur hypocrisie flagrante quant aux conséquences anticipées de leur geste. S'ils ont fait tout ça, c'est uniquement pour rendre à Marie Drucker la vie plus facile, pour qu'elle arrête de se cacher, pour qu'elle puisse enfin être heureuse au grand jour ! Et bien évidemment, personnne n'a voulu la mettre dans l'embarras, loin d'eux cette idée. Il suffit de lire l'éditorial de la rédactrice en chef, Nadia Le Brun, qui ne doit être étouffée ni par la bonne conscience ni par la bonne foi :

La rumeur dont bruissait le Tout-Paris politico-médiatique est avérée! [Monsieur X] et la présentatrice du Soir 3, Marie Drucker, semblent filer le parfait amour. [Monsieur X] et la nièce de Michel Drucker viennent même de passer un tendre week-end à Barcelone, s'embrassant sous les yeux des passants... Cette nouvelle soulève la question des liaisons entre pouvoir et médias, dès lors qu'une journaliste connue et un membre du gouvernement tombent amoureux. Béatrice Schönberg, épouse du ministre de l'Emploi Jean-Louis Borloo, a dû mettre entre parenthèses sa carrière de présentatrice du J.T. pendant toute la campagne présidentielle, au prétexte que sa vie privée pourrait nuire à son objectivité journalistique. Avant elle, Anne Sinclair avait démissionné de 7 sur 7. Marie devra-t-elle aussi laisser son fauteuil du Soir 3, pour continuer à aimer librement son ministre ? Ce n'est pas ce que l'on souhaite à une femme. Encore moins à une femme amoureuse...


Mais bien sûr, on y croit à tes espoirs de Sainte-Nitouche-du-languedeputage !

06 novembre 2006

Comme l'Histoire se répète...

En faisant des petites recherches pour comprendre ce que Platon peut bien faire dire à Socrate sur les cordonniers dans son Protagoras (capital, si si), je viens de trouver un petit truc intéressant sur infologisme.com :

"Il n'est pas rare qu'Athènes, puissance impérialiste, impose manu militari, aux cités alliées en droit mais vassales en fait, des institutions démocratiques copiées sur les siennes."

Bizarrement, ça m'a rappelé quelque chose. Ca a fait tilt, et je ne sais même pas pourquoi... Je dois avoir l'esprit mal placé.

Aaaaaaaaaah, la démocratie athénienne si pure et si parfaite, esclavagiste et holiste, presque totalitaire, voulait donc imposer son modèle aux autres, et était pour celà contrainte à faire la guerre. Epuisée, ruinée, exsangue et inégalitaire, Athènes a fini par se faire battre par Sparte puis absorber par les Macédoniens (qui font moins les fiers aujourd'hui, mais c'est une autre histoire).

Au fait, vous saviez que la démocratie n'était pas née à Athènes mais sur l'île de Chios et qu'on l'appelait délicatement et poétiquement la "démocratie chiote". Bien sûr, les puristes me feront sans doute remarquer que l'on dit "kiote" et non "chiotte", mais dans ce cas, ma blague tombe à plat, alors merci de vous abstenir de tout commentaire. Tout ça me fait penser à une inscription régulièrement griffonnée sur les murs de latrines de Sciences Po : "Merci de laisser l'Etat dans les toilettes où vous l'avez trouvé". Au moins, ceux-là ne passeront pas l'ENA... La boucle est bouclée.

26 octobre 2006

Juste une mise au point

Comme les sociologues commençaient à sentir leurs volumes de vente sur les bouquins portant sur les métrosexuels baisser, ils se sont dit qu'il fallait réagir, d'autant plus que Noël approchant, leur porte-monnaie devait être réapprovisionné avant que la liste de leur progéniture n'arrive chez leur banquier. Du coup, ils nous ont pondu l'übersexuel.

Mon idée n'est pas du tout de critiquer (ou pas) cette théorie ce soir. Pour ce que j'en sais, chacun fait ce qu'il veut, tant qu'il laisse les autres tranquilles. En revanche, j'aimerais beaucoup qu'on m'explique le pourquoi du comment de la choucroute : pourquoi a-t-on d'un seul coup un terme germanique pour parler de ce phénomène de société tellement idnéniable que je ne sais pas exactement ce que c'est censé vouloir dire concrètement.

Bien évidemment, je ne suis pas contre les termes allemands. Mais celui me fait hurler de rire à chaque fois qu'il est utilisé par un journaliste. Ca permet tout de suite de faire des petites catégories comme je les aime (je sais, c'est mal de mettre les gens dans des cases mais moi, j'aime bien) :

- les béats inconscients pour commencer. Alors eux, ça s'appellerait des oversexuals, des sopra-sessuale, des over-seksueel, ou même, soyons fous, des sursexuels, ils ne se rendraient compte de rien. Un mot, c'est un mot, et basta. Ne cherchant pas à savoir d'où il sort, ils ne connaissent ni son origine ni sa signification originelle. Ca évite de se poser trop de questions, après avoir maudit l'erreur d'impression qui leur a mis deux petits points bizarres et sans intérêt au-dessus du u. Enfin du ü. Enfin on se comprend quoi. Pour eux, aucune typologie de prononciation n'est possible, c'est du grand n'importe quoi.

- les "je crois que je sais parler allemand et je veux me la péter mais en fait non". Ces journalistes croient pouvoir prononcer ce mot correctement mais ont oublié la moitié de leur allemand appris sur les bords du Neckar avec une écolo baba cool qui buvait du thé au fenouil dans les années 80. Ceux-là se rappellent bien qu'il y a un truc bizarre avec le u en allemand. Ah oui, c'est vrai faut dire "ou" et pas "u". Du coup, ils tentent le "oubeurzeksuel". La motivation y est, il y a même le "s" qui se transforme en "z". Et le "ber" en "beur". Mais ce n'est pas encore ça.

- les journalistes conscients de leurs faiblesses et consciencieux. Sachant comme Socrate qu'ils ne savaient rien, ils se sont renseignés. Et ont capté que le "ü" se dit "u", tout bêtement. En revanche, pour le reste, on repassera. Ce qui donne au final "Hubert-sexuel". Et pour connaître un certain nombre d'Hubert (surreprésentation numérique sur les bancs de Boutmy... Une véritable anomalie statistique), je vous assure qu'ils n'ont rien de sexuel, ni d'übersexuel d'ailleurs.

Je sais, je suis perfide, et la critique est facile. Alors pour qu'elle soit un peu constructive, petite leçon de prononciation. Übersexuel, ça se dit "u" comme "hululer", "beur" comme "beurre demi-sel", "zexe" comme "sexe avec un z au début", "ou" comme "oublier" et "el" comme "aileron". Ce qui donne donc u-beurre-zexe-ou-aile. Merci pour lui.

23 octobre 2006

Ségolène Ségolène Ségolène !

Bon, il fallait bien que je me mette à en parler à un moment ou à un autre. Alors voilà, ça y est, j'inaugure : Ségolène met les pieds dans mon blog. Oh, je ne vais pas dire grand-chose sur le sujet, étant difficilement en mesure d'apporter une quelconque pierre à l'édifice, en dehors de 2 éléments qui m'ont marquée ces derniers jours.

D'abord, il y a cette histoire du Rainbow Warrior. Marrant comme on ressort les vieilles chaussettes sales pour les laver au moment où tout le monde avait oublié qu'elles existaient. Jusqu'à il y a peu, on avait trop la flemme pour mettre une lessive en route, mais là, maintenant tout a changé, on a envie de grand ménage de printemps.

Encore plus marrant, ça alors quel hasard, TF1 diffuse ce soir un téléfilm sur le sujet. C'est dingue les coïncidences non ? Attention, je ne dis pas que TF1 a choisi de sortir ce téléfilm maintenant pour nuire à Ségo. En revanche, sans vouloir être une maniaque du complot, je me demande si cette histoire aurait tant intéressé il y a quelques semaines, avant que des citoyens bien intentionnés n'aient décidé de faire toute la lumière sur la participation du frérot dans l'opération... Moi j'dis ça, j'dis rien...

L'autre réflexion, c'est à propos de son idée (de Ségo, j'veux dire) de jurys citoyens pour juger l'action des élus. Mais ce qu'il faut lui dire, à Ségo, c'est que ça existe déjà, et que ça s'appelle le VOTE !! Et oui, le principe de la démocratie, c'est de toucher en botte les sales pourris et les incompétents. Ségo n'a rien inventé. Et j'aimerais bien savoir quelle légitimité représentative auraient ces quelques citoyens placés au-dessus des autres pour pouvoir juger à ma place d'électrice les dirigeants politiques. Donc je reste persuadée que le vote est le meilleur des tribunaux citoyens pour juger les hommes politiques. Après, que les citoyens ne le fassent pas correctement est une autre histoire.

En effet, j'ai toujours été sidérée de voir que les Français crient si facilement au scandale ("Tous pourris" étant à peu près la seule position politique partagée de tous bords. Cf l'article 60% des Français jugent les élus corrompus) tout en votant tranquillement le lendemain pour ces mêmes élus. Qui a permis à Balkany de revenir à la tête de la mairie de Levallois dès le premier tour après avoir été condamné à plusieurs reprises ? Qui a permis à Jacques Chirac de passer à travers les mailles du filet judiciaire dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris en l'élisant "aux plus hautes fonctions de l'Etat" ? Ben c'est nous, tout benêts qu'on est (quand je dis, ça ne veut pas dire vouzémoi hein, je précise). Je vais arrêter là avec mes exemples qui n'apportent pas grand chose. Mais une chose est sûre : on a les dirigeants qu'on mérite.

20 octobre 2006

J'ai envie de...

J'ai envie de tout et son contraire en ce moment.

J'ai envie de brioche grillée au nutella et de crêpes Suzette (merci Charles !!!), mais aussi d'ascèse et de légèreté. J'ai envie de séances acharnées de travail et de puissance intellectuelle décuplée, mais aussi de lecture de Biba et de matage de DVD débiles au lit. J'ai envie de solitude et de société. J'ai envie de boums déjantées et de dîners pépères. J'ai envie de minijupes et de burka (enfin non, quand même pas, mais presque).

En fait, j'ai surtout envie de fermer ce blog. A vrai dire, pas réellement le fermer, mais le protéger, le mettre sous cloche. Sans vouloir jouer à la nouvelle star des blogs (d'autres s'en chargent pour moi ;-) !! ), mon post-it express me prouve tous les jours que de plus en plus de parfaits inconnus tombent ici plus ou moins par hasard et je me sens de moins en moins libre d'écrire ce que je veux. Si vous en faites partie, ne le prenez pas mal, mais j'ai du mal à raconter la même chose à mes amis et à tout le monde.

Ce n'est pas la mauvaise influence de Vinvin, mais je me demande moi aussi ce que signifie ce blog aujourd'hui à mes yeux. J'ai commencé à y écrire un peu parce que les copains le faisait depuis longtemps, un peu pour donner de mes nouvelles depuis la Teutonie et un peu sans savoir pourquoi. Ma poignée d'amis qui connaissaient l'adresse me lisaient de temps en temps, et ça me suffisait largement. Par un phénomène surnaturel mais très normal sur internet, certains, sont tombés par hasard et sont visiblement restés, laissant même parfois des commentaires, parfois même pour le meilleur.

D'abord un peu grisée par ce succès ("WOW, 616 personnes ayant visité mon profil !!" "WOW, plus de 80 visiteurs aujourd'hui" - je sais, certains vont rire de ces scores ridiculement bas, mais bon, nous n'avons pas les mêmes valeurs...), je me sens désormais de plus en plus contrainte par ces visiteurs anonymes. Quand je découvre que des lecteurs zanonymes me côtoient parfois tous les jours sur les bancs de mon école (non M le Maudit, ne te sens pas visé), sans que je les connaisse pour autant, je me sens d'un seul coup toute nue. Et si j'aimais vraiment le naturisme, je changerais tout simplement de plage à Oléron plutôt que de blogger.

Donc j'ai voulu mettre un mot de passe, mais Blogger ne permet pas de le faire. De ce fait, je vais sans doute changer d'adresse de blog, chercher un hébergeur qui me permette de mettre un mot de passe. Pour avoir tout ça, il faudra m'écrire. Si vous n'avez pas l'adresse mail, c'est ballot, mais ça veut dire que vous ne pourrez pas lire mon prochain blog.

Comme le disent les Télétubbies depuis si longtemps : "il est temps de se dire au revoiiiiiir"...

10 octobre 2006

Anecdote à valeur générale ?

Comme dans tous transports en commun de France, de Navarre et du monde entier, la RATP réserve dans ses bus quelques places "prioritaires" à des gens qui étaient auparavant peu identifiés. Ils étaient également peu identifiables. Tant et si bien que je ne savais jamais si je devais vraiment céder ma place assise à cette dame grisonnante ou non depuis que je me suis faite insulter par une dame que je jugeais suffisamment âgée pour qu'elle ait le droit de s'asseoir et qui se jugeait trop jeune pour avoir cette faveur. En somme, ces places prioritaires étaient pour moi de vraies tortures sources d'incidents diplomatiques en puissance.

Désormais, la liste de la RATP est nettement plus claire, affichée au-dessus des places en question, avec une hiérarchie stricte entre les différentes catégories de prioritaires. Debour à ne rien faire (plein de jeunes seniors dynamiques profitaient de leur droit à l'assis-attitude), j'ai donc découvert avec intérêt la hiérarchie établie par la régie des transports parisiens.

En première place, les invalides et mutilés de guerre. En même temps, ils ne sont pas nombreux, mais de là à les mettre en première place... Les femmes enceintes arrivent en 6ème position. Innocemment, j'ai pensé tout bas qu'on en était donc là : on pense d'abord à ceux qui ont défendu la patrie - riche et noble cause si l'en est - par le passé avant de penser à celles qui assurent la nation de demain.

Bon, très honnêtement, je ne sais pas ce que ça fait d'être enceinte. Je n'en ai pas la moindre idée. Mais mon bon sens me fait dire qu'avec ça, on a bien mérité une petite place assise dans le bus. Parce que quand même, être enceinte, ça revient - au bout de quelques mois - à se trimballer perpétuellement avec 3 bouteilles de lait dans le ventre. Mine de rien, ça pèse ces petites bêtes-là.

Et avec tout ça, un mec peut se pointer avec un bout de doigt en moins et, sous prétexte qu'il l'a perdu à Verdun, à Constantine ou à Lang Son, revendiquer la place de cette dame :


Ceci n'est pas une vraie femme. Ceci est une sculpture. C'est de l'art. C'est Ron Mueck qui l'a fait et sa maman doit être très fière de lui aujourd'hui. Alors on l'applaudit bien fort.

Alors je ne sais pas, peut-être que je fais du jeunisme anti-vieux, peut-être que je fais du pacifisme anti-militaire, peut-être que je fais du féminisme radical. Ou peut-être que cette petite anecdote ratpienne montre que le principal problème de la France est dans la définition et la hiérarchisation de ses priorités.

07 juillet 2006

La Vie, la vie (kit de secours)

C'était le titre d'une très bonne série québecoise (enfin, une comme je les aime en tous cas). Un intermédiaire entre Clara Sheller et Sex and the City. Comme j'ai décidé que désormais, j'essaierai de mettre une photo pour chaque post, voici l'image de celui-ci, existentiel, la couverture du DVD de la série (le premier qui dit que c'est débile, voire que je suis débile, il aura à faire à moi) :



En réalité, ce post n'est absolument pas destiné à parler de La Vie la vie. Au passage, avant de clore ce non-thème, remarquez bien que le titre, qui semble être complètement niais à répéter deux fois la même chose est en réalité subtil : un V et un v, la Vie et la vie. Les deux composantes. Le quotidien et l'existence. Le quotidien qui, dans le pire des cas, finit au bout de 80 ans par former l'existence. Ou l'existence qui permet d'oublier le quotidien. Enfin bref, tout ceci est extrêmement philosophique.

Ce qui est finalement le réel thème de ce post. Puisque mon objectif est de rassembler l'ensemble (restreint) des citations existentielles du répertoire que mon doux Adalbert et moi-même partageons (et avons en réalité créé presque involontairement ce soir).

L'ensemble de ces phrases sont adpatées à toute sorte de situations et permettent :

- soit d'avoir l'air spirituel alors que vos pensées frisent les pâquerettes, ce qui permet de se sortir de situations particulièrement périlleuses telles que : grand O, premier rendez-vous catastrophique, rupture lâche, trahison amicale, meurtre de votre grand-mère, et autres joyeusetés diverses.

- soit d'avoir l'air d'une pâquerette (ce qui permet d'être compris par tout le monde) lorsque vous estimez que votre auditoire ne serait pas en mesure de tirer le suc, la substantifique moelle de votre pensée existentialiste. En ce cas, plutôt que de vous escrimez à expliquer des choses obscures, préférez une phrase courte et pleine de (bon) sens.

Adalbert et moi-même, remplis du sens du devoir à accomplir, avons donc établi un classement de nos 3 citations existentielles du jour dans un dialogue trans-manche dont Blaireau et Chichi devraient s'inspirer en termes d'harmonie, de chaleureuse sobriété et d'efficacité (en gros, j'ai tout décidé, il a dit oui poliment. Encore une fois, ce n'est pas de ma faute, c'est mon personal DNA).

Notre classement est donc (on se croirait à l'élection de Miss France) à rebours (comme à l'élection de Miss France) :

3. "Life may be scary... but it's only temporary" (Avenue Q, jeune philosophe urbain qui monte)

2. "C'est la vie" dit l'un. "Moi, dans la vie, j'aime bien faire le tri" répond l'autre (Autocitation, on a le droit, non ??)

1. "C'est la vie, pas le paradis" (Queneau l'appelle Zazie, mais Ako a fait cette citation sienne : un brin de réalisme, un brin de poésie, un brin d'humour).

Demain, peut-être aurez-vous le classement des dauphines...

28 juin 2006

J'avais fait du très bon punch...

... sans vouloir me vanter. Même Fab l'a remarqué dès les premiers mots de notre conversation.


Et là, Leonardo me propose d'aller avec lui en Israel au mois de septembre. Mais je veux vivre moi !!! Fin de soirée irréaliste. IRREALISTE j'ai dit, pas ISRAELITE. Même si j'ai toujours rêvé d'aller à Tel Aviv, pas tout de suite. Pas maintenant.

Pendant que Myriam se rend compte qu'elle ne veut pas mourir comme Claude François involontairement, je prends conscience que je n'ai pas du tout envie de terminer en steak tartare dans un bus. Encore trop de choses à faire.

25 juin 2006

Pour répondre à Winnie

Un post spécial pour répondre à ce commentaire de Winnie :

"Pour te répondre ma chère Mademoizelle Coco, je ne crois pas que la Gay Pride desserve les droits des homos, je crois que la Marche sert au contraire les droits de tous, des ordinaires et des originaux. Alors oui, je peux être une brésilienne refaite, avec un paire de couilles en attendant mon opération, voire sans en vouloir d'opération, et avoir les mêmes droits que n'importe quel autre primate hétéro lourd et qui battra sa femme ... ce n'est pas pour ça que je vais forcément les utiliser ces droits, je ne veux pas forcément d'enfants, peut être pas tout de suite en tout cas, mais je veux qu'on me regarde comme un être humain, quelle que soit la façon dont je m'habille, la taille de ma bite, de mes seins ou des deux, je revendique les mêmes droits que les autres. On a accordé les mêmes droits aux Noirs, puis aux femmes, il est temps de reconnaître qu'il est plus que grand temps de reconnaître leurs droits aux homos, gay, les biennes, trans- et bi ... comme dirait Judith Butler, ce n'est pas la personne avec qui je couche qui dicte qui je suis! nous nous découvrons certes tous en l'autre, par l'autre, je deviens l'être humain social dans l'amour, dans la relation charnelle mais aussi dans le regard de l'autre. Il n'y a pas d'identité sexuelle comme il n'y a pas d'identité de race ... acceptons les différences et apprenons à nous en enrichir ...
Voilà, c'est tout ça que la Gay Pride signifie, et quand les chars circulent, c'est aussi pour ma cause à moi,petite étudiante embourgeoisée hétéro, qu'ils plaident!"

En effet, je ne voulais pas dire qu'il fallait différencer les droits des uns et des autres selon qu'ils étaient ordinaires ou originaux. Même si je pense que, comme les couples hétéros adoptant, les couples homosexuels devront se soumettre à des enquêtes limite inquisitrices de la DDASS. Je voulais juste dire que stratégiquement parlant, il faut savoir être parfois un peu hypocrite et ne pas tendre le bâton pour se faire battre. Enfin, façon de parler. Mais servir à ses adversaires politiques des arguments sur un plateau, il y a mieux à faire. Et c'est malheureusement uniquement ce que certains verront dans la Marche des Fiertés. La stratégie, c'est parfois ne pas tout dire, ne pas tout montrer pour mieux atteindre son but.

De même que me servir Judith Butler comme argument, ce n'est VRAIMENT pas stratégique :-) C'est même plutôt contre-stratégique. Cela ne signifie pas que je ne sois pas d'accord avec la position particulière dont tu te sers ici dans ta réflexion. C'est tout ce qu'il y a autour chez elle, tout le reste de ses théories et de ses méthodes intellectuelles qui me dérangent.

Un pas en avant, deux pas en arrière ?

Dans le métro en rentrant, pas encore totalement en phase avec ce qui s'était passé aujourd'hui, je m'étonne. Que des couples. Tous monosexués. Non pas que ça me choque, loin de là. Comme dirait Gaël, "je suis relativement ouvert" (enfin, "ouverte", mais l'ouverture de Gaël a ses limites, il ne se dit pas qu'il est ouverte). Mais j'avais presque l'impression d'être une minorité à moi toute seule. Moi qui suis tellement dans le moule d'habitude, moi qui ne diffère jamais, moi qui suis sans doute la "Française type" (quelle connerie). La jeune caucasienne dans la norme. Là, j'étais toute seule. Et si j'avais été avec quelqu'un, j'aurais quand même été différente des autres. La seule hétéro de la rame de métro, fendard.

Je repense à la conversation que je viens d'avoir avec Myriam autour d'un pastis (toujours). Le mariage homosexuel, ça va passer. Nous, c'est ce qu'on pense. On est contentes. Ca serait bien, ça sera mieux. Tout ceux qui me connaissent un peu savent que je suis plutôt conservatrice sur certains points. "Vieille victorienne de base" pour Adalbert. Bref. Mais là, justement, je trouve ça tellement bien le mariage que je ne vois pas pourquoi les couples homos n'y auraient pas droit eux aussi. Donc le mariage homo va passer, chouette.

Mais parfois, je continue de douter. D'après les lectures de mon voisin de bus avant-hier, la France est divisée là-dessus, 50/50 en gros. Je ne sais pas comment cet équilibre va évoluer au regard de ce que j'entends et de ce que je vois. Ce que j'entends, c'est une phrase perdue dans les aires d'une rue parisienne : "Chez les hommes, il y a plus d'homos que d'hétéros il paraît". Bah avec des "il paraît" comme ça, on est mal barré. Ce que je vois, c'est que ce que les médias retiennent de la Marche des Fiertés, c'est ça :




au lieu de retenir juste ça :



Alors nous, petits parisiens, ou plutôt jeunes citadins pour généraliser un peu plus, on sait que c'est juste un truc festif, où on rigole, où ce n'est pas la vraie vie. Mais j'imagine le genre de réactions que ces images peuvent engendrer. "Comment, laisser se marier des gens COMME CA ??!!" "Ah oui, on leur donne le mariage, et après l'adoption, mais où va la France ??!!". Et même si je comprends TRES BIEN la volonté de faire bal masqué une fois par an, je m'interroge sur l'impact de telles images en termes de décrédibilisation d'un combat de longue haleine. Est-ce que ce n'est pas dommage de ruiner tant d'efforts pour une petite journée en apportant de l'eau au moulin des détracteurs les plus primaires de leurs revendications ? Est-ce que la Gay Pride, censée faire avancer les choses, ne retarde pas plutôt au contraire le progrès des droits des homosexuels ?

Je réfléchissais à tout ça en rentrant de La Motte Picquet, mon iPod à fond me berçant de choro, petit coucher de soleil (loin de ceux d'Oléron, mais quand même), la Tour Eiffel qui se met à clignoter juste quand je passe : pas mal. Vraiment pas mal. Je m'emporte un chinois - je n'ai finalement pas pu résister - qui s'avère, une fois rentrée chez moi, mauvais. Mais c'est de ma faute. Persuadée (toujours Mme Je-Sais-Tout) de pouvoir résister, j'ai décidé de passer mon chemin en voyant tous ces chinois (les restaurants, pas les gens, même s'il y en avait aussi) en revenant de la Butte aux cailles, endroit aussi charmant que son nomn pour boir un verre au soleil entre copines. Pour une fois que j'étais dans le XIIIème, j'aurais mieux fait d'en profiter.