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08 décembre 2007

A part ça

Je crois que je peux le dire sans qu'elle démente publiquement et humilieusement ici même : je me suis fait une nouvelle copine. Dit comme ça, on pourrait croire que ça relève de l'exploit, alors que je pense pouvoir très modestement dire que je ne suis pas un ours asocial incapable de nouer des contacts avec mes prochains. Cependant, étant donné que je n'ai même pas le temps de voir mes amis déjà existants, ou si peu, je ne ressens pas nécessairement le besoin de m'en faire de nouveaux.

Sauf que bon, je suis tellement un anti-ours que j'ai en réalité besoin d'un minimum vital de contact humain dans la journée. Et ces derniers temps, j'avais du mal à remplir mon quota quotidien de bavardage. La joie du redoublant est en effet d'être un Rémi sans ami.

L'année dernière, je savais que j'allais retrouver en amphi Alphonse, Léonie et Gérard, ce qui me réjouissait toujours au plus haut point, même lorsqu'il s'agissait d'un cours de finances publiques. Evidemment, mes amis ne portent pas ces noms, c'est juste pour donner un peu de vivant à cette description. Et puis j'ai un peu plus de 3 amis, je tiens à la souligner. Bref. Ces contacts avec le monde des humains étaient d'une part absolument nécessaires à mon développement personnel, et d'autre part très utiles pour me motiver à aller en cours.

Cette année, Alphonse a eu son concours, Léonie révise chez elle et Gérard a jeté l'éponge. Or j'ai besoin de voir, lorsque j'arrive dans la chaleureuse bibliothèque de Sciences Po, des visages souriants et sympathiques. Sinon, je reste chez moi, et je travaille moins bien.

Ma nouvelle copine est dans le même cas que moi. Avec elle, on peut parler de la nomenclature M14 juste avant de se demander si "la Starak est vraiment nulle cette année ou si c'est juste nous qui vieillissons". Ca me convient très bien.

Si c'était une relation amoureuse, je crois que je me dirais que "tout ça va un peu vite", vu qu'on a déjà passé toute une journée ensemble du matin jusqu'au soir, en finissant par un merveilleux McDo-ciné (le dernier Fatih Akin, De l'autre côté, que je recommande) en sortant de cours. Mais comme ce n'est pas une relation amoureuse et que je suis "juste" une copine - le "juste" est important ("ceci est une private joke en milieu socialisé, c'est insupportable". Comprenne qui pourra !), tout va bien, et elle ne risque pas de partir en courant la prochaine fois en me disant qu'elle est engagemento-phobique.

Tout ça pour dire que vendredi, entre deux cours, lassées des sandouiches du Crous, on s'est offert un petit plaisir : une vraie pause déjeuner. La vraie pause déjeuner se distingue de la fausse pause déjeuner par :
- un environnement calme et plaisible, propice à la détente, et comble du comble, chauffé
- un dejeuner correct et équilibré, qui dure plus de 6 minutes 21 (café compris)
- un vrai café qui n'a pas le goût de plastique en poudre

Nous avons trouvé que Lina's était un endroit parfait pour répondre à ces exigences. J'y ai mis les pieds pour la deuxième fois de ma vie, et je ne regrette pas. La ciabatta grillée figues-chèvre-speck-roquette est divine, sans parler de leur tiramisu à la mangue et au speculoos. Naturellement, ce n'est pas le même prix que le Crous. Mais en sortant de chez Lina's, j'avais l'impression d'avoir vraiment fait une pause dans ma journée, ce qui n'a (presque) pas de prix.

Je crois que je vais arrêter les Pringles afin de faire un virement de crédits vers le poste de dépense Lina's (bien sûr que les crédits-Pringles sont fongibles au sein du programme "Alimentation"). Oui, j'ai un peu révisé mes Finances publiques et j'aime le montrer...

11 octobre 2007

On dirait que tu serais un téléspectateur et que moi je serais un programme télé

Juste pour vous dire que ce soir, sur Arte, à 20h40, passe le superbe (mais pas très tendre) film d'Amos Gitaï Kadosh. C'est un film que je n'ai pour l'instant vu que par petits bouts, mais que j'ai hâte de voir enfin en entier, après avoir lu le roman qu'Eliette Abécassis - co-scénariste - en a tiré, La Répudiée.

Ah, vous voulez connaître l'histoire, et vous vous attendez à ce que, comme tout bon programme télé, je vous mette un petit résumé ? Et bien (merci Allociné) :

Meir et Rivka sont maries depuis dix ans. Ils s'aiment passionnement mais n'ont pas d'enfants ce qui n'est pas du gout du rabbin qui demande a Meir de repudier sa femme et d'epouser Haya pour assurer sa descendance. Malka, la soeur de Rivka, est amoureuse de Yaakov mais ce dernier a choisi de vivre en dehors de la communaute juive orthodoxe, au rand dam du rabbin. Malka va donc epouser Yossef, son fidele assistant. Si Rivka demenage et sombre lentement dans la solitude, Malka trouve une autre issue: la rebellion.

Si vous pensez que c'est du Barbara Cartland à la sauce cacher, vous allez vous en prendre plein la figure. Et c'est exactement ce que j'aime dans le cinéma : qu'un film me laisse suffoquée et me choque. Kadosh y arrive à merveille.

09 avril 2007

On ne doit pas être assez intelligents...

Samedi soir, je suis allée au cinéma avec Pierre et Olivia. Nos bacs + 19 (à nous trois réunis) n'ont pas réussi à venir à bout de Golden door, ce film sur les immigrants italiens du début du XXème siècle. Quand je lis les critiques de la presse intellectualiste, je m'interroge.

Télérama parle d'abord d'une "longue et fascinante séquence d’ouverture, où deux hommes gravissent une colline pareille à un immense tas de rochers, chacun tenant une pierre entre ses dents". Quand vous êtes dans la salle, ça donne en effet deux mecs, mi-hommes mi-bêtes, qui gravissent une montagne pieds nus, avec une pierre entre les dents, pendant une dizaine de minutes. Que ce soit long est indubitable, que ce soit fascinant est plus discutable.

Cette scène inaugurale est à l'image de tout le film : tellement lent et tellement hermétique qu'on a attendu jusqu'à la fin le début du film, avec cette désagréable impression d'être pris pour des cons. Cette façon d'affirmer insidieusement "si vous ne comprenez pas, c'est que vous êtes trop bêtes et que nous n'appartenons pas au même monde culturel" m'insupporte. Ce snobisme pseudo-art-et-essaitiste, c'est du foutage de gueule.

J'avais ressenti la même chose après avoir vu Caché de Haneke l'année dernière : le drame sans dénouement, les questions non élucidées, et le réalisateur qui affirme goguenard que "lui même ne comprend pas son film", "lui même ne connaît pas les réponses". Si j'avais eu envie de me plonger dans des considérations métaphysiques, j'aurais saisi un Heidegger en VO, pas été au cinéma.

Alors oui, il y a quelques passages surréalistes un peu plus réussis. Mais ils sont très rares et ne sauvent pas le film. Même Charlotte Gainsbourg n'arrive pas à créer cette petite étincelle qui nous permettrait de penser qu'on n'a pas complètement perdu notre soirée.

J'aime être remuée quand je sors d'une salle de ciné. La seule émotion qui m'ait envahie samedi soir était la colère d'avoir lâché 9€ pour ça. Et de voir que les journalistes bobos se gargarisent de leurs cris d'admiration béate pour ce nouveau chef d'oeuvre du cinéma italien en rajoute une couche.

Pour revenir à Golden door : il n'y a pas de scénario, il n'y a que des questions restant inexpliquées, il y a de loooooooooongs plans statiques qui n'apportent rien (les 10 minutes sur le mec qui renifle le genou d'une femme, faudra m'expliquer l'intérêt de la scène par rapport au "sens particulièrement inspiré de la composition picturale et au lyrisme subjuguant" dont parle Le Nouvel Obs).

Néanmoins, je vous recommande vivement, en cas de dîner mondain, d'exprimer avec force enthousiasme votre admiration profonde pour ce film. Vous passeriez dans le cas contraire pour l'un de ces cul-terreux, si admirablement dépeints comme de vulgaires bestiaux par Emanuele Crialese, incapables du moindre sens artistique.

Finalement, c'est un peu comme l'art contemporain. Si vous osez affirmer quelques doutes sur la pertinence artistique de la nana qui vend ses tampax usagés comme oeuvres d'art, vous passez tout simplement pour un bouseux sans aucune perspective esthétique. Vous n'avez tout simplement "rien compris à l'art et au geste". Oui, le geste intellectuel est très important, c'est un MANIFESTE, une rébellion silencieuse mais puissante, voyez-vous... Dire que peindre un carré noir est à la portée de tout le monde ne se fait pas non plus. Parce que si vous, vous le faites, vous ne ferez que peindre un carré noir. Alors que l'artiste, lui, peint l'absurdité et la modernité, l'absence de sens et le trop-plein de sens, la vie et la mort. C'est en somme très différent...

N'ayant pas su saisir toute la subtilité magistrale et la beauté intemporelle de ce film, nous sommes allés boire un cocktail pour nous consoler et enterrer nos prétentions intellectuelles. Et ça, c'était très bien... On doit être plus corporel que spirituel...

22 mars 2007

Les goûts changent (mais pas toujours)

Il y a onze ans, jour pour jour et sans doute heure pour heure (grosso modo), j'embrassais mon premier garçon. Enfin le premier vrai qui comptait. J'avais 12 ans, et comme à cet âge-là, tout est passionné, il comptait depuis notre rencontre, soit 4 jours plus tôt.

C'était à la boum de fin de classe de mer à Cancale. Il s'appelait Matthieu, il m'avait invitée à danser un slow sur Gangsta's Paradise de Coolio (et oui, 1996 en force) et pendant notre danse, j'avais pu sentir dans son cou la douce effluve du Brut de Fabergé dont il s'était aspergé.

Notre merveilleuse histoire d'amour-pour-toujours a duré une petite semaine. J'ai ensuite passé des nuits à pleurer en écoutant Coolio et en me rappelant de son parfum. Aujourd'hui, ni cette mauvaise reprise de Stevie Wonder ni Fabergé ne m'émeuvent plus, et auraient même plutôt tendance à me faire fuir.

Heureusement, tous mes goûts ne changent pas. Je sors tout juste d'une soirée ciné avec Anne. Bravant les critiques médiocres et mes craintes d'être déçue, j'ai été voir avec elle Ensemble c'est tout, tiré du roman éponyme d'Anna Gavalda dont j'ai déjà parlé rapidement ici et aussi là.

Pour la première fois de ma vie, je trouve que le film est presque aussi bien qu le livre. Il manque bien un tout petit truc, le sens du détail encore plus raffiné, mais qui est tout simplement impossible à rendre au cinéma. Etant donné les contraintes et mes attentes, je dirais que Claude Berri est parvenu à atteindre un optimum tout à fait parétien. En bref : je recommande.

Les acteurs sont bons, les morceaux choisis sont judicieux, les images sont belles. On peut dire ce qu'on veut, qu'Anne Gavalda, "ce n'est pas de la grande littérature" (avec petit air de dédain de celui qui sait de quoi il parle), je trouve qu'avoir le pouvoir de rendre les gens un peu plus légers et un peu plus heureux réclame un sacré talent. Chacun de ses livres est une petite pépite. Et je n'ai absolument aucune honte à faire cohabiter les romans d'Anna Gavalda avec les poèmes de Neruda ou les réflexions tordues de Kerikegaard.

Que les gens qui n'aiment que la grande littérature continuent à s'emmerder sans moi en se forçant à lire des pavés insipides mais reconnus. Et qu'ils s'attaquent plutôt à Marc Lévy...

04 décembre 2006

Good old times

Ce soir, à la télé, il y a 4 mariages un enterrement, le type parfait de film qu'on a vu 12 fois, à 12 âges différents, donc de 12 façons différentes. Ce film a vraiment marqué ma jeunesse. Il a marqué ma découverte de l'humour anglais soft ("Scarlett, tu es aveugle, elle a l'air d'une immonde meringue") et de Hugh Grant.

D'ailleurs, à chaque fois que je revois ce film, cela me fait une occasion de plus de pleurer la jeunesse perdue de Hugh Grant. Je sais, ça arrive à tout le monde de vieillir, et dans le genre, à lui plutôt moins qu'aux autres. C'est vrai, il est plutôt bien conservé. Chaque fois, je trouve Andie McDowell aussi indémodable et aussi infroissable depuis 20 ans. Merci L'Oréal. Chaque fois, je me délecte de la froideur cynique de Kristin Scott Thomas.

Bien sûr, chaque fois, le film est un peu plus daté que la fois précédente. Les robes sont de plus en plus ridicules à mes yeux. Les lunettes géantes de Hugh sont d'une ringardise inommable. Et pourtant, le charme agit toujours. Parce que j'ai gardé ma mentalité de pauvre teenager romantique à 3 kopek ?

28 novembre 2006

Le nouveau James Bond

Certains y verront peut-être une explication flagrante à mon célibat (ben oui, c'est évident, je suis trop difficile), mais je dois dire que je suis TRES déçue par le nouveau James Bond, Daniel Craig dans la "vraie vie" (ces gens-là vivent-ils parfois dans la vraie vie ?).

Je passerai sur son visage... En dehors du fait qu'il ressemble à J. R. (les anciens lecteurs savent ce qu'il y avait ici avant et que je ne peux plus laisser aujourd'hui), ce qui n'est pas nécessairement un compliment, je suis bien consciente que "des goûts et des couleurs" etc.


Mon avis sur la question, c'est qu'il n'est quand même pas SUPER BEAU. Sur la photo - et j'avoue en toute honnêteté intellectuelle que je ne l'ai pas choisie pour rien - il a même franchement l'air d'un troll, non ?

Mais passons directement à corps.


Certain(e)s bavent déjà, je le sais. Mais pas moi. On dirait un bestiau de corrida, et je ne parle du torreador. Alors que James Bond, c'est la classe, la distinction, le raffinement, et pas une masse de muscle gonflé en salle. James est fin, élégant, élancé, délicat. Décidément, tout fout le camp. Si même James Bond devient une caricature d'Américain body-buildé et perd tout son charme discret (mais présent humhum)... où va le monde ?

23 octobre 2006

Gegen die Wand

N'oubliez pas d'allumer vos petites télés ce soir sur Arte pour regarder ça :



et préparez-vous à recevoir une bonne claque dans la figure. Mais parfois, ça fait du bien !

29 juin 2006

Anatomie d'une soirée réussie

Dans cette soirée, il y a eu :

- une course contre la montre à cause d'un convoi diplomatico-royal du Prince William ou de son copain d'Arabie Saoudite qui bloquait tous les couloirs de bus. Pour le côté "il n'y a pas de perfection sans imperfection", ce petit jogging a garanti le succès de la soirée.

- Olivia (même pas besoin de dire pourquoi c'était chouette)

- Marie-Antoinette.



Je ne comprends pas l'accueil glacial reçu par ce film. Certes, il est loin de la vérité historique, avec toutes les pincettes à prendre quand on utilise ce terme. Mais c'est justement ce qui fait son charme : la musique décalée, qui nous fait prendre conscience du ridiule du cérémonial versaillais qui inspire aujourd'hui encore notre art de conduire un pays (si si), les converses mises au milieu des 265340 paires de chaussures pour bien nous faire comprendre que Marie-Antoinette / moi, même combat, tout ça nous fait sortir de notre torpeur vieille-France. Et seul une Amerloque pouvait faire un truc pareil. Coppola Daughter n'a pas été élevé dans un carcan intellectuel qui veut que Marie-Antoinette soit forcément une méchante qui a mené la France à la ruine et à la guerre civile. Elle en a une autre image, qui n'est pas moins valable historiquement que la nôtre, celle des petits Français qui apprennent en même temps que Charlemagne (français bien sûr - les Allemands diront qu'il est allemand, hein Cornelia !!) a inventé l'école (genre les Grecs ne savaient pas ce que c'était, qu'apprendre des choses). Alors oui, peut être que ce film est iconoclaste, peut être qu'il est à côté de la plaque, mais il n'a jamais prétendu la contraire. Et quand je vais au cinéma, ce n'est pas pour voir un thésard d'histoire me raconter sa vie. EN PLUS, j'ai adoré le côté ultra-girly-tout-est-rose. Il y a même une scène où on dirait presque Paris Hilton avec sa robe rose fuschia pleine de plumes rose bonbon. Quelques petites photos de ce qui est un plus une vraie réussite esthétique :































- une mise au point dans le métro avec Olivia, qui sait désormais qu'Alban n'est pas un ami d'enfance, que Charles et Alban sont deux personnes distinctes, et que ce n'est donc pas d'Alban mais de Charles qu'elle a moultes fois entendu parler. Si j'avais su... Merci de faire passer le message :-)

- une glace Häagen-Dasz en regardant la Tour Eiffel scintiller en rentrant à pied à la maison. Quand je pense que des millions de gens sur Terre en rêvent, et que nous, on peut le faire comme ça, juste quand on veut si on veut. "Ouais mais ils ont écrit Frieden sans F majuscule" dit Olivia. C'est une sacrée objection à notre bonheur. Mais si ça se trouve, ils voulaient le dire en néerlandais ou en suédois (pitié, faites en sorte que paix se dise frieden-avec-un-f-minuscule dans l'une de ces langues). A part ça, le nouveau parfum noix de coco et macaron (comme Macaroon Five, hinhinhinhin) est super bonne, tout comme Bananoffee. Miam.

- parler de se remettre enfin au sport "parce que, tu comprends, faut quand même que j'me bouge" en s'enfilant une double Häagen-Dasz.

- des touristes américains qui se parlent français entre eux, très très drôle. "meuRRRRRRRRci" "peudonne" et tutti quanti.

L'été à Paris... comme si on était en vacances.

26 juin 2006

Avril

C'est la Fête du Cinéma en ce moment, et si vous manquez d'idée de film à aller voir, il y en a un à côté duquel il ne faut pas passer :


Depuis The constant gardener, je n'avais pas été aussi touchée par un film. J'ai entendu que le cinéma français battait des records d'entrée cette année, mais vu les bons films qu'ils nous font, c'est normal. Malheureusement, je crains que ce plaisir ne soit réservé à un public chanceux de citadins. Quand je vois la programmation chez mes parents, la plupart du temps ça me désespère... On parle souvent de la mort (tragique) des petits cinémas de quartier, sans voir que derrière tout ça, les grosses salles (les "complexes") permettent aussi, grâce à des entrées massives ultra-rentrables, d'acheter des petits films nettement moins rentables (mais qui du coup peuvent le devenir). Quand je rentre chez mes parents, j'ai intérêt à vouloir voir la dernière superproduction américaine avec Bruce Willis, sinon, c'est mort. Alors de temps en temps, ils ont un bon film (et je ne parle même pas d'art et d'essai, hein), mais c'est plus le hasard qu'autre chose. Et pourtant, ce n'est pas un Mk2 ou un UCG, au contraire.

Pour en revenir à Avril, c'est un film joli comme ces photos :








Comme je n'aime pas dire n'importe quoi, je suis allée regarder les séances pour Avril autour de chez mes parents, qui habitent grosso modo à 50 km de Paris. Donc pas la cambrousse absolue. Pas dans une ville de ploucs sans vie culturelle (en théorie). Et bah la séance la plus proche pour eux cette semaine, elle est à La Défense.

Si vous voulez tout savoir sur ce que j'ai pensé d'Avril, hophophop un petit clic là. C'est ma première contribution à un nouveau webzine pour jeunes filles très réussi, que j'aurais certainement appris par coeur si un truc comme ça avait existé de mon temps tellement il est bien (le webzine hein, pas mon article...).

30 octobre 2005

B(erlin)ollywood party !

Une chose en entraînant une autre, je me suis retrouvée hier soir à me déhancher sur les tubes les plus tubesques des derniers films bollywoodiens. Pour expliquer comment tout ça m'est arrivé, il faut revenir à lundi, jour damné qui marque la fin du week end.

Lundi matin, j'ai participé pour la première fois au "Praktikantenprogramm" du AA, ce qui m'a permis d'aller visiter la Chancellerie. Je passe rapidement sur la bâtiment, qui m'a autant déçu que le Bundestag m'avait emballée. En gros, ça ressemble vaguement à un hôtel d'aéroport : c'est joli et moderne, mais froid et impersonnel. Heureusement que je ne serai jamais Chancellière d'Allemagne. En revanche, cette visite m'a permis de faire la connaissance de quelques stagiaires sympas.

Quelques déjeuners de filles et un ciné (Pride and prejudice, sans intérêt mémorable) plus tard, me voilà pleinement intégrée dans la secte des stagiaires. Pour fêter cette intronisation et le début du week end, soirée extrêmement sympathique au non moins sympathique "Zu dir oder zu mir" de la Lychener Strasse pour "fêter" le départ de Timothy, lui aussi très sympathique, bien évidemment.

Lors de la soirée, Mina, une de mes nouvelles super-copines-à-la-vie-à-la-mort-avec-qui-je-peux-enfin-parler-d'autre- chose-de-plus-superficiel-que-la-situation-géopolitique-du-Tadjikistan, me confie son désespoir : le Meena-Club fait une une soirée Bollywood le lendemain, et elle n'a trouvé personne qui soit suffisamment fan de Shahrukh Khan pour l'accompagner. Et soudain, moi qui rêve de voir enfin Devdas en entier, je me suis sentie appelée à aller me déhancher sur Chalak Chalak et autres Dum Maro Dum. Et c'est comme ça que j'ai atterri à la soirée Meena-Club à Kreuzberg (www.meena-club.de).










La soirée était vraiment bien, la musique à la hauteur de mes espérances, mais le plus intéressant était au final les co-fêteurs et leurs différents styles de danse. Mina, pour commencer par mon accompagnatrice, était tout de suite super à l'aise et ses origines afghanes sont vite apparues évidentes ! Il y avait aussi pas mal de "vrais" Indiens, en saris et connaissant toutes les chansons par coeur. Les hommes ont vraiment une étrange façon de danser... surtout quand ils montent sur scène pour faire montre de leurs prouesses artistiques. Il y avait les couples mixtes, qui inversaient pour une soirée les rôles d'autochtones et d'expatriés. Les néo-non-indigènes faisaient de leur mieux pour s'adapter à leur nouvelle culture, parfois en vain. Et surtout, il y avait les plus intéressants : les baba-cools allemands en sandales et saris qui venaient se remémorer leur voyage à Bombay en 1969, dont le style mêlait nostalgie et transe.

Le reste du week end a été moins exotique, mais tout aussi agréable en particulier le festival spontané de musique de rue dans... ma rue, dont je suis actuellement en train de profiter depuis la terrasse ensoleillée de mon café internet (bon, ce n'est pas Bamako non plus, je suis en gros manteau...).

Ma soeur m'a annoncé hier qu'elle m'offrait pour mon anniversaire un petit séjour à Barcelone en sa compagnie entre Noël et le Nouvel An. J'attends vos bonnes adresses avec impatience !

23 octobre 2005

Rattrapage en double décalage

Wow, quasiment deux semaines de récit de vie (trépidante bien évidemment) à rattraper… Difficile de commencer par le début, les souvenirs si frais se mélangent déjà. Je vais donc pouvoir améliorer mon style hautement durassien en déconstruisant sciemment le fil chronologique de mon existence. « Die Kunst, Recht zu behalten » dirait mon vieux copain Schopenhauer.

C'est marrant, je sens que mon intégration dans le système allemand commence réellement à se faire. Un tas de détails le prouvent :
- j'arrive en avance aux réunions car j'ai fini par comprendre que « réunion à 8h45 » ne signifiait pas « on se retrouve vers 8h45 » mais « à 8h45, la réunion commence ».
- je maîtrise mieux le clavier qwerty du bureau que l'azerty de mon mac chéri.
- je comprends et apprécie la subtilité linguistique des mails de Falkie, qui me font enfin rire.
- je mange du fromage au petit-déjeuner avec mon sacro-saint café au lait (parfois).
- je dis mon nom quand je décroche le téléphone avant même de dire allô ou bonjour.

Il me reste encore du chemin à parcourir avant d'être parfaitement allemande ; je n'y peux rien, mais d'entendre la secrétaire me dire, regard hautement réprobateur à l'appui « Sie sind späääääääääät » quand j'arrive dans son bureau à 15h00 (et peut être quelques secondes) alors qu'on avait dit 15h00, ça continue de me crisper. Mais pour une retardée chronique comme moi, c'est formateur. De toute façon, je crois que malgré mes efforts, mes collègues trouvent que je suis l'archétype de la Française. J'ai vaguement entendu une fin de phrase ressemblant à « typisch Französin », et sans vouloir être mégalo, je ne vois pas très bien à qui cette remarque pouvait concerner d'autre dans la salle : en dehors du fait que j'étais la seule Française, j'étais également la seule fille.

Et une autre collègue, qui vient de passer 3 ans en poste à Paris, m'a dit à quel point elle trouvait « parisienne » ma faculté à porter des talons aiguilles en toute occasion. Ce qu'elle ne sait pas, c'est que je vais bientôt arrêter. Car s'il y avait une seule raison pour laquelle je ne devais pas aimer Berlin, je dirais que les petits pavés faisant office de trottoir et les Baustelle omniprésentes font définitivement de cette ville l'ennemie de toute femme en escarpins. Évidemment, c'est un drame local, et je ne comprends pas que les autorités publiques ne se soient pas encore saisies du dossier. Cette remarque, assez insignifiante à la base, de ma collègue a fini par la pousser à développer une théorie dont l'audace intellectuelle justifie pleinement qu'elle figure ici : selon elle, le style des habitants d'une ville serait déterminé par les conditions urbano-géographiques de cette dernière. Le « chic parisien » si réputé ne serait donc pas le résultat de siècles entiers dédiés à la recherche de l'esthétique parfaite, mais à de simples conditions matérielles permettant à celui-ci de s'exprimer. À l'inverse, le style « cool » des Berlinoises, qui ne portent jamais d'escarpins, ne serait dû qu'à l'impraticabilité des trottoirs de la ville. Comme vous pouvez vous en rendre compte par vous-mêmes, les couloirs du Ministère sont une sorte de think-tank (post-moderne, Adalbert ??) extrêmement performant mettant au point chaque jour de nouvelles théories permettant d'affermir la paix dans le monde.

En dehors de ces small talks de couloir - pour lesquelles je commence sensiblement à m'améliorer après des débuts catastrophiques - j'ai eu quelques activités culturelles pleinement satisfaisantes. J'ai eu la chance de visiter « dans le cadre de mes fonctions » (hihihihihihihihi) le Bundestag revisité par Foster. J'ai été plus qu'impressionnée par cette visite. La façon dont l'Histoire, même ses moments les plus noirs, est assumée et utilisée comme force intérieure, la place de premier choix laissée à l'Art et enfin la réussite architecturale de cette transformation font du nouveau bâtiment du Reichstag un monument incontournable de l'identité allemande contemporaine. Chaque élément du Bundestag, qu'il soit ancien et conservé, détruit et absent ou réinventé et flambant neuf, donne du sens à ce qui aurait pu n'être qu'un bâtiment officiel sans intérêt. C'est la première fois que je vois une réalisation architecturale symboliser de façon aussi parlante et matérielle des idéaux moraux tels que la volonté de transparence ou la tolérance. C'est aussi la première fois que je visite un bâtiment officiel qui réussit à m'émouvoir : les murs de la partie ancienne du Bundestag, couverts des graffitis en cyrillique laissés par les soldats soviétiques en 1945, ne peut pas laisser insensible.

Autre activité culturelle de ces derniers jours : j'ai été au cinéma voir ça



et ça



Forcément, ce n'est pas le même genre. Alors que le premier retrace le parcours de deux terroristes kamikazes en Palestine, le deuxième reprend le bouquin pour enfant le plus génial au monde. Pourtant, Mahomet et Roald Dahl ont un point commun : leurs livres respectifs donnent d'excellents films. Pour les dîners mondains, je vous recommanderais plutôt Paradise now, nettement plus facile à recaser dans une conversation spirituelle (même si gros risque de cassage d'ambiance si celle ci était à la légèreté et la frivolité). Pour un samedi après midi pluvieux, Charlie et la chocolaterie est l'antidote parfait à une soudaine morosité. Ca m'a même donné envie de relire pour la 6537ème fois le livre.

J'ai également assuré le financement d'un petit week end à Vienne, Londres ou ailleurs dans les prochaines semaines en faisant la traduction de la communication d'une historienne d'art pour un colloque luxembourgeois sur les œuvres d'art pillées pendant la 2nde Guerre mondiale. Le principal enseignement que j'ai tiré de cette expérience est que la traduction est une occupation plutôt intéressante, relativement peu compliquée et très rémunératrice. Sacrifier deux ou trois soirées de ma semaine pour m'offrir un vrai week end, je trouve ça assez honnête…

Dimanche dernier, petit tour au marché aux puces de Boxhagener Platz avec Eve avant d'aller se réfugier dans un café riquiqui aux propriétaires à moitié dans les cuisines à moitié sur la lune, histoire de prendre un bon chocolat chaud (mit Sahne, il est des habitudes qui ne se perdent pas) et une crêpe « à la russe ». À vrai dire, juste de quoi lutter contre le froid qui commence à envahir les rues berlinoises, porté par un vent mordant venu directement de Sibérie (je présume). Et juste de quoi reprendre des forces pour faire face à une nouvelle semaine de travail.

En réalité, ma semaine a été assez peu productive, étant donné que le Ministère recevait un groupe de jeunes diplomates français, en formation intensive au Goethe Institut et dans l'administration « du pays partenaire », selon l'expression consacrée. Le groupe était vraiment sympa et j'ai fait des rencontres intéressantes. Et je me suis rendu compte à quel point il était finalement plus facile de parler en français plutôt qu'en allemand. Nous avons été dîner dans l'un des meilleurs restos de la Kollwitzplatz, Zander, absolument hors de mes moyens (même après la traduction), mais néanmoins tout à fait recommandable (quand on peut s'y faire inviter). Le réveil a été plutôt douloureux le lendemain matin après cette délicieuse soirée, ses délicieuses conversations et son délicieux vin blanc.

Un resto indien en bonne compagnie hier soir m'a permis de clore cette semaine en beauté. Le programme de demain mêle tradition (le brunch du dimanche matin) et innovation (je vais tenter d'obtenir des Restplätze au Staatsoper pour voir le Cosi fan tutte mis en scène par Doris Dörrie).

Je vous laisse sur une remarque à méditer. Etant donné sa portée, je m'abstiendrai de fournir un quelconque renseignement sur le contexte et l'auteur : « Tu sais, on n'épouse pas toujours une femme parce qu'elle est intelligente » (en parlant de la sienne).