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04 octobre 2007

Le jour où j'ai touché le paranormal du bout des doigts

Je n'ai pas peur que des extraterrestres verts et velus ne viennent m'enlever. Je ne crois pas aux fantômes. Les voyantes ne feront pas fortune avec moi. Et pourtant, je dois admettre que j'ai été témoin - voire actrice - d'un évènement tout à fait étrange.

Eté 1998, j'ai 14 ans, et je suis en Pologne avec un groupe de jeunes. On était censé passer deux semaines sur un chantier pour aider à reconstruire une école et un temple à Drogomysl (j'aimerais beaucoup l'écrire correctement, mais il me manque plein de lettres sur mon clavier). Quand on est arrivé dans ce petit village du fin fond de la campagne de Petite-Pologne, grâce aux miracles des fonds européens, tout était déjà fini. Donc on a fait du tourisme. Je pense que je ne reconnaîtrais pas la Pologne si j'y retournais aujourd'hui (tout l'argent communutaure n'était pas encore arrivé à cette époque).

On a un peu silloné le pays en train et à pieds : Cracovie bien sûr, les mines de sel, Auschwitz et Birkenau, des parcs naturels, Varsovie, Sopot, et Gdansk. Tout le séjour était un peu surréaliste : je suis passée à la télé polonaise, et je ne sais même pas sur quel sujet (Andy Warhol n'a jamais dit qu'on devait en plus être satisfait de son quart d'heure de gloire). J'ai vu Boogie Nights en polonais dans un cinéma qu'on aurait dit un hôtel de passes (ça allait bien avec le film). Les vieux couraient presque quand ils nous voyaient arriver tellement on leur faisait peur, à parler étranger pour demander notre chemin (je te raconte même pas quand on essayait d'engager la conversation en allemand). On mangeait du fromage au petit déjeuner parce qu'on ne savait pas que des trucs en brique de 250 grammes, qui s'appelait "ser", ce n'était pas du beurre. On a découvert qu'à Auschwitz, pour que la promenade soit plus agréable pour les touristes, ils avaient tout repeint de frais, ils mettaient de jolies fleurs partout et il y avait des tables de picnic juste à l'entrée du camp.

Pour me tenir compagnie au cours de ce périple, j'étais partie avec une amie et des bouquins. Dont Si par une nuit d'hiver un voyageur d'Italo Calvino, qui est un bouquin absolument génial. Etant donné que tout ça remonte un peu, je me rappelle pas EXACTEMENT du pitch, mais je sais que c'est une mise en abyme vertigineuse. Calvino parle directement à son lecteur en lui disant "tu". Et il lui raconte l'histoire d'un lecteur qui lit son livre. Enfin pas celui-là mais un autre. Sauf qu'en fait, il cherche le livre qu'il est en train de lire. Bref, c'est un peu compliqué à raconter, mais c'est à mourir de rire. Et la frontière est volontairement floue entre celui qui lit, celui qui écrit, celui qui raconte. Le lecteur se perd délicieusement dans ce labyrinthe dessiné exprès pour lui, et à l'élaboration duquel il a réellement l'impression de participer personnellement.

C'est donc dans cet état d'esprit de flou littéraire qu'est passé mon voyage interminable en train de nuit qui nous menait à Gdansk. Tiens, c'est drôle, dans le livre, Calvino parle d'une gare. Mon train s'arrête d'ailleurs à une gare. Les coïncidences sont décidément troublantes. Le livre parle de Malbork, une ville polonaise dont je ne connais rien. Je lève les yeux, pour découvrir stupéfaite le panneau de la Polskie Koleje Panstwowe, la délicieuse SNCF polonaise, m'informant que nous étions précisément arrêtés à... Malbork. Trouble intense, hésitation métaphysique : comment un livre écrit en 1979 et imprimé en 1995 peut-il prévoir que je serais à Malbork précisément au moment où je tomberais sur cette page ?

C'était tout simplement fou. Il ne s'agissait que d'une pure - et fort surprenante - coïncidence. Mais le ton du livre était tellement "comme ça" que j'ai vacillé un instant. C'est réellement difficile à expliquer et à comprendre pour quelqu'un qui n'aurait pas lu ce livre. Mais le but de Calvino est JUSTEMENT de faire croire à son lecteur qu'il le voit, qu'il communique avec lui. Il a inventé le roman interactif bien avant la téléréalité et son "si vous voulez garder Paulette, tapez 1". Je n'aurais pas été aussi troublée si j'avais lu n'importe quel autre livre plus classique. Mais là, c'était... sidérant. Cet épisode reste pour l'instant l'expérience la plus incroyable qui me soit arrivée, à ma modeste échelle. A part ça, lisez ce bouquin, c'est un délice !

22 août 2007

Prendre le voile et puis mourir

Un jour, au resto mexicain qui nous servait de cantine, au détour d'une conversation, il (clique si tu veux savoir qui) m'a dit "C'est exactement comme dans La Religieuse de Diderot...". Forcément, je ne l'avais pas lu et mon regard est resté interrogateur. Il a compris et m'a ouvert une porte de sortie en ajoutant, avec ce même ton réellement humble qu'il avait toujours : "Je ne sais pas si tu l'as lu...".

Je brûlais d'envie de pouvoir, une fois dans ma vie, jouer à armes intellectuelles égales avec lui. Mais pas en mentant, surtout pas en mentant. Ce n'était pas encore pour cette fois-ci, et j'ai dû admettre un nouveau pan de mon inculture. Je n'avais même jamais lu Diderot (oui, on peut passer un bac L et ne jamais effleurer Jacques le Fataliste)...

Forcément, il ne m'en a pas voulu. Il a même tenté de me faire croire que j'avais eu raison de me tenir éloignée de ce livre. Parce qu'il était comme ça : non seulement il n'écrasait pas les autres de sa culture, mais semblait plutôt chaque fois s'excuser d'en savoir plus que tout le monde. Alors pour faire oublier qu'il venait d'apporter une nouvelle preuve de ce qu'il ne pouvait cacher, il m'a dit "que je n'avais rien raté, que c'était plutôt chiant en réalité".

Je l'ai presque cru. Pourtant, ce titre est resté gravé dans ma mémoire, comme le summum du chic de la culture littéraire. Classique sans être un classique, une oeuvre qui venait couronner, telle la cerise sur le sundae, de solides lectures préalables. C'était peut-être chiant, mais je n'étais qu'à moitié persuadée qu'il m'avait dit la vérité. Et puis j'avais oublié, finalement peu alléchée par la description qu'il m'en avait faite.

En attendant ma commande ZamaZon pleine de bouquins réjouissants sur l'Allemagne des années 30, je suis allée flâner dans la bibliothèque de ma soeur, et j'y ai découvert La Religieuse, dont la patience - depuis cet épisode vieux de plus de 4 ans - devant ma venue tardive devait commencer à atteindre ses limites. Soudain, tout m'est revenu, et j'ai pensé que c'était le moment ou jamais.

Après avoir trouvé la quatrième de couverture finalement assez tentante, j'ai donc attaqué ce demi-pavé (très raisonnable en réalité), certaine d'y trouver des passages d'une lenteur mortelle entrecoupés de quelques scènes dignes d'intérêt. Comme je ne suis pas maso, j'avais prévu de le reposer au premier signe d'ennui évident, à la première langueur, au premier bâillement.

"Incroyable mais vrai", il n'en a rien été, bien au contraire. J'ai trouvé ça passionnant. Pour résumer vite fait : Diderot dénonce, en endossant le rôle d'une religieuse écrivant ses mémoires (pour une raison que je ne révèle pas, histoire de suspens), la situation des jeunes filles sans vocation condamnées à entrer dans un couvent qu'elles ne pourront plus jamais quitter, faute de pouvoir revenir sur leurs voeux. Le résumé de la quatrième de couverture est bien mieux écrit, mais j'ai la flemme de lever mes fesses pleines de frites pour aller la chercher.

Outre le plaisir intellectuel que cette lecture m'a donné, j'avoue que je suis fière comme un pou de pouvoir mettre La Religieuse dans ma liste de choses lues. Pas du tout pour ce que ce livre représente pour M. Tout-le-monde, mais pour ce qu'il représente pour moi : ce que je pensais inaccessible, ce dont je me faisais une montagne, ce qui semblait ne pas être pour moi.

Ca fait partie d'un grand mouvement de fond, qui fait qu'aujourd'hui, j'ai presque le sentiment de pouvoir parler d'égal à égal avec un tas de gens qui m'impressionnaient tant il y a peu. Et qui vient surtout avec la certitude que même si on n'a pas lu La Religieuse, on peut être intéressant. Le genre de convictions rassurantes qui ne viennent qu'avec le temps, sans doute.

[Et comme je suis une "little insatiable thing", j'ai désormais très envie de voir le film réalisé par Rivette, avec Anna Karina dans le rôle de la religieuse...]


free music


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14 août 2007

Livresque story

Ca fait quelques temps déjà que je voulais vous en parler, et ça y est, voilà venu le grand jour. Deux éminentes membresses (vous comprenez maintenant pourquoi je suis contre la féminisation des noms ?) de ma blog-list se sont distinguées dans la masse de la bogosphère. J'imagine à quel point cela a dû être difficile de garder un secret pareil pendant si longtemps... Mais c'est désormais officiel : elles ne sont plus seulement bloggueuses, mais aussi écrivaines. Et c'est justement parce que j'aime leur blog que j'en cause, même sans avoir lu les deux ouvrages...

D'abord, il y a Zette et son bouquin, qu'on peut même acheter en ligne au format PDF (je n'en reviens pas de cette révolution technologique. Comme dirait le Quai d'Orsay : "Quel avenir pour le livre face à la littérature électronique ?" *). Ce sont des morceaux (et quels morceaux) de son blog. Donc si vous aimez le style Zette, il y a peu de chance que vous n'appréciez pas celui de Mélina, qui décrit le quotidien mais pas que. Avec des mots parfois simples et parfois compliqués. En général, simples quand c'est compliqué, et compliqués quand c'est simple. Un regard affûté mais jamais féroce. Elle court peut-être, la trentaine, mais en prenant le temps de regarder derrière et devant elle.

Et puis il a Anne-So(lange), la propriétaire de Cachemire&Soie à l'origine de la formidable maxime "Une fille, c'est pas compliqué... c'est subtil" qui devrait être gravée au frontispice des écoles républicaines (mixtes). Son livre de chick-lit assumée, La double vie de Pénélope B., est un peu une mise en abyme vertigineuse : écrit grâce à son blog, il parle de blog et a lui même un blog. De là à ce que le blog du livre lui permette d'écrire un autre livre... Pour savoir ce que ça vaut, je vous conseille vivement d'aller lire le commentaire de Deedee. Qui, elle, l'a lu (en avant-première, puisqu'il sort jeudi), et en a pensé le plus grand bien.

Je ne vais pas me lancer tout de suite dans ces deux livres, car je suis étrangement dans une phase littéraire "le nazisme, c'est mal". Après avoir lu Lutétia d'Assouline (pas mal du tout, mais pas bouleversant non plus. Un bon livre de plage), je m'apprête à me plonger dans Lingua tertii imperii de Klemperer (découvert grâce aux suggestions Amazon et à Finis Africae), qui s'annonce fascinant, puis Seul dans Berlin de Fallada. Quand j'aurai avalé tout ça, Berlin, Alexanderplatz de Döblin m'attend et Germania - Mort à Berlin de Müller. Cela me semble bien monothématique. C'est vrai qu'un peu de chick-lit au milieu de tout ça ne me ferait peut-être pas de mal...


* : sujet d'anglais du dernier concours en date. C'est pas beau, franchement, une administration qui vit avec son temps ?

13 juin 2007

Liber liber librum libri libro libro

Depuis que je sais lire, grâce aux bons soins (énergiques) de ma soeur, je dévore tout ce qui ressemble à des lettres sur du papier. Moins que la dite soeur, qui était capable de lire l'annuaire plutôt que rien, et qui avait commandé pour ses 10 ans un abonnement au Point. Mais quand même, j'étais du genre à faire croire à mes parents que j'avais encore un impérieux besoin de veilleuse dans ma chambre pour m'endormir le soir, alors qu'en réalité, je ne faisais que l'utiliser pour lire après le couvre-feu réglementaire, en douce. J'adorais ces moments volés, cette impression de faire quelque chose d'interdit (bon, je sais, c'est soft dans le genre rébellion...).

A vrai dire, j'ai mainenant nettement moins envie de lire quand j'ai passé ma journée à le faire. J'en parlais avec un ami, qui de son côté n'a qu'un rêve après avoir lu le GAJA toute la journée : lire, pour s'évader. Mon drame personnel est que je n'ai même plus envie de lire. Mais je sais que ça reviendra, comme à Berlin, où libérée de ces séances fastidieuses de lecture pour le travail, je m'étais remise à manger des pages à longueur de soirées et de week ends.

Parce que les livres que j'ai lus m'ont vraiment formée, parler d'eux, c'est un peu parler de moi... Alors :

1. Le premier livre qui m'a marquée : si on exclut ce livre allemand sur le lapin de Pâques et ce livre sur la vie à la ferme sur lequel ma soeur m'a inculqué les bases de la lecture, le premier vrai "roman" de ma vie est celui que j'avais gagné avec mes premiers bons points du CP, transformés en petites images puis en grandes images. Il avait fallu sacrifier ma plus belle grande image pour l'avoir, mais ça valait le coup. Je ne sais pas combien de fois j'ai pu lire Helen, la petite fille du silence et de la nuit, l'histoire d'Helen Keller, mais je crois que je le connaissais par coeur à force.

2. Celui que je n'ai jamais pu terminer : Le Tambour, de Grass. Commencé en début d'année, toujours pas terminé. Je ne l'ai pas sorti de ma table de nuit depuis plusieurs mois. Pourtant, c'est un excellent bouquin, mais pour lequel il faut avoir des neurones frais, et pouvoir lire plus de 3 pages sans s'endormir. Parce que l'histoire est trop compliquée pour pouvoir être lue par bribes. Surtout quand on n'a pas les neurones frais. Un serpent mordeur de queue ce truc. Mais je ne desespère pas d'y parvenir un jour.

3. Celui que je relirais avec plaisir : Le Vice-Consul, de Duras. En quelque sorte, ma découverte du monde "diplomatique", d'un monde totalement désuet que ma naïveté a dès lors rêvé de connaître "pour de vrai".

4. Celui qui m'a déçue : Le Rouge et le Noir, de Stendhal. Ce Julien, censé être le héros par excellence, m'a été insupportable dès les premières lignes. Et passer autant de temps avec quelqu'un que l'on n'apprécie pas est une véritable torture, surtout quand tout le monde nous bassine en nous disant à quel point il est formidable. Ben non, ce n'est qu'un petit arriviste prétentieux et idéaliste, qui agit avant de réfléchir et embarque tout le monde dans sa galère (je sais, ma vision est un peu réductrice, c'est ce qui arrive quand un héros est vraiment antipathique).

5. L'auteur dont j'ai lu tous les livres : Roald Dahl, ceux pour enfants et les autres (nettement plus tendancieux ! Elle a bon dos la littérature enfantine !!). Et relire les livres pour enfants de Roald Dahl me fait toujours ressentir le même frisson jubilatoire qu'il y a 15 ans... Si vous avez un cadeau à faire et que vous n'y connaissez rien en littérature enfantine, foncez, c'est du bonheur sur papier !

6. Celui qui n'est pas un chef d'oeuvre mais que j'ai adoré : Ensemble c'est tout, d'Anna Gavalda. J'en ai déjà parlé plein de fois ici, alors je ne vais pas recommencer... Mais pour moi, c'est un vrai petit bijou, qui permet de repartir avec le sourire aux lèvres en toute occasion. Un peu comme les Delerm (père).

7. Celui qui m'a profondément marquée : Belle du Seigneur, de Cohen. J'avais 14 ans. Je l'avais acheté un peu pour me la péter avec mes "vieilles" cousines sur la plage, pour leur montrer que j'étais petite mais que j'avais des lectures de grande. J'ai été véritablement blouversée par ce chef d'oeuvre...

8. Celui que j'ai dû lire pour l'école et que j'ai adoré (contre toute attente) : Les fleurs bleues, de Queneau. A mourir de rire ! Vive le bac français ! (Ce devait être pour se rattraper de nous avoir infligé Les Châtiments l'année précédente...).

9. Le classique qui me tombe des mains : L'Education sentimentale, de Flaubert. Jamais pu aller au-delà des quelques premières pages (le "voyage" à la campagne dans mes souvenirs lointains).

10. Le dernier que j'ai acheté : Petit voyage dans l'âme allemande... Très prometteur !

11. Le prochain : dans mes rêves, Les bienveillantes. Mais je crains que la problématique ne soit la même que pour Le Tambour...

Bon voilà, ça commence à bien faire cette liste interminable. Puis je me rends compte que j'ai vraiment une culture d'un classicisme navrant. Je n'ai plus qu'à tirer moi-même la conclusion de ce que je disais au début du billet : si cet inventaire à la Prévert reflète vraiment ce que je suis, on peut donc dire que je ne suis pas caractérisée par l'originalité...

12 mai 2007

A vot' bon coeur

Je m'adresse ici à mes innombrables lecteurs hautement cultivés. En tout cas, nettement plus que moi. C'est à dire à tous mes lecteurs : je vous en supplie, aidez-moi.

Je suis torturée depuis déjà plusieurs heures par mon moi intérieur, qu'il est très difficile de semer. J'essaie depuis ce matin, en vain, de retrouver une référence, plutôt du genre classique pourtant. Mais rien à faire... Je suis harcelée par mon désir de retrouver ce titre, plaie sur laquelle l'agacement du trou de mémoire remet à chaque instant une pincée de sel. Tantale et Sisyphe réunis, à côté, c'était de la gnognotte.

Alors voilà, ce que je recherche est simple : l'équivalent des Lieux de mémoire, mais pour l'Europe... J'avais lu un article sur la difficulté de fair émerger des lieux de mémoire communs à l'échelle du continent. Et cet article parlait de quelqu'un qui avait essayé et qui y était parvenu. Ou peut-être pas complètement, voire pas du tout. Ou qui en était juste au début de ses essais, plein de foi et d'illusion. Qu'il ait réussi ou non, son nom m'intéresse quand même.

Je suis absolument certaine que parmi vous se cache celui qui saura me délivrer de mes tourments... Merci par avance !

22 mars 2007

Les goûts changent (mais pas toujours)

Il y a onze ans, jour pour jour et sans doute heure pour heure (grosso modo), j'embrassais mon premier garçon. Enfin le premier vrai qui comptait. J'avais 12 ans, et comme à cet âge-là, tout est passionné, il comptait depuis notre rencontre, soit 4 jours plus tôt.

C'était à la boum de fin de classe de mer à Cancale. Il s'appelait Matthieu, il m'avait invitée à danser un slow sur Gangsta's Paradise de Coolio (et oui, 1996 en force) et pendant notre danse, j'avais pu sentir dans son cou la douce effluve du Brut de Fabergé dont il s'était aspergé.

Notre merveilleuse histoire d'amour-pour-toujours a duré une petite semaine. J'ai ensuite passé des nuits à pleurer en écoutant Coolio et en me rappelant de son parfum. Aujourd'hui, ni cette mauvaise reprise de Stevie Wonder ni Fabergé ne m'émeuvent plus, et auraient même plutôt tendance à me faire fuir.

Heureusement, tous mes goûts ne changent pas. Je sors tout juste d'une soirée ciné avec Anne. Bravant les critiques médiocres et mes craintes d'être déçue, j'ai été voir avec elle Ensemble c'est tout, tiré du roman éponyme d'Anna Gavalda dont j'ai déjà parlé rapidement ici et aussi .

Pour la première fois de ma vie, je trouve que le film est presque aussi bien qu le livre. Il manque bien un tout petit truc, le sens du détail encore plus raffiné, mais qui est tout simplement impossible à rendre au cinéma. Etant donné les contraintes et mes attentes, je dirais que Claude Berri est parvenu à atteindre un optimum tout à fait parétien. En bref : je recommande.

Les acteurs sont bons, les morceaux choisis sont judicieux, les images sont belles. On peut dire ce qu'on veut, qu'Anne Gavalda, "ce n'est pas de la grande littérature" (avec petit air de dédain de celui qui sait de quoi il parle), je trouve qu'avoir le pouvoir de rendre les gens un peu plus légers et un peu plus heureux réclame un sacré talent. Chacun de ses livres est une petite pépite. Et je n'ai absolument aucune honte à faire cohabiter les romans d'Anna Gavalda avec les poèmes de Neruda ou les réflexions tordues de Kerikegaard.

Que les gens qui n'aiment que la grande littérature continuent à s'emmerder sans moi en se forçant à lire des pavés insipides mais reconnus. Et qu'ils s'attaquent plutôt à Marc Lévy...

04 mars 2007

Déformation technologique

Même si la technologie, parfois, c'est nul, ben des fois, c'est bien aussi. C'est nul quand, comme chez moi hier soir, votre ordinateur chéri décide de faire sa mauvaise tête et de ne plus s'allumer, sans aucune raison valable. Or, pour un préparationnaire qui prend TOUS ses cours sur ordinateur, il n'y a guère que le poignet cassé la veille de l'épreuve qui soit pire qu'une défaillance informatique.

Mais parfois, la technologie, c'est drôlement pratique. Et je rêve de pouvoir faire la même chose dans la vraie vie que dans la vie numérique. Par exemple, qui n'a jamais voulu faire "pomme Z" (pour les ringards qui n'ont pas de Mac, "ctrl Z", ou pour ceux encore plus ringards qui n'ont toujours pas compris le système des raccourcis de clavier "annuler" ou "revenir en arrière") ??? Il y a des tas de fois où je me dis "zut, allez, pomme Z". Ah ben non, ça ne marche pas. Et mon huile pré-shampoing haute hydratation reste désespérément sur mes cheveux lorsque sonne à ma porte un ami passé à l'improviste. Ou mon SMS compromettant part au mauvais destinataire contre vents et marées. Ah, tous ces moments où on aimerait pouvoir faire "annuler" sans aucune conséquence.

Mais ces situations restent, heureusement, rares. Celles dans lesquelles j'aimerais faire "pomme F" sont en revanche beaucoup plus nombreuses. "Pomme F", c'est chercher. C'est très pratique : on entre un mot, on fait entrée, et on le trouve. Bien évidemment, j'aimerais pouvoir faire "pomme F" pour les notes sur dossier, quand je suis certaine d'avoir vu une allusion à tel décret mais impossible de retrouver où. En général, en me rendant compte que c'est impossible, je soupire d'agacement, tout en reconnaissant que depuis qu'ils se sont habitués au "pomme F", mes neurones ont sacrément ramolli.

Je regrette encore plus mon "pomme F" quand je cherche un objet. Au choix : mes clefs juste avant de partir (alors que je suis en retard), ma pince à épiler (alors qu'un indésirable me nargue), mon portable (alors qu'il sonne). En ce moment, c'est un carton de livres que je cherche. Un de ces innombrables cartons de livres déménagés de Nancy il y a plus de 3 ans, mais un que je n'ai jamais déballé chez mes parents par manque de place, et que je n'ai pas emporté avec moi dans mes autres déménagements par manque de nécessité absolue. C'est en tout cas ce que sa disparition me laisse présumer. Maintenant que je m'installe pour de bon (j'aime en tous cas à le croire), j'aimerais retrouver tous mes livres. J'ai vidé la bibliothèque dans ma chambre de petite fille, et il me manque toujours certains exemplaires. Un Beigbeder, des Cohen, des Duras, un Bukowski, un Kourouma, des ... Or le carton est introuvable.

Je serais traumatisée de l'avoir égaré quelque part dans le déménagement. C'est incroyable le nombre de choses que l'on perd dans les déménagements, alors qu'il ne s'agit que de transporter tout d'un point à un autre. Mais il en manque toujours une partie à l'appel. Piqué sur le trottoir ? Abandonné dans la cage d'escalier ? Toujours est-il que je suis légèrement fétichiste du livre, à ma façon : je déteste lire un livre qui n'est pas à moi, que je ne puisse pas triturer, retourner, casser, je déteste ne pas avoir mes livres sous la main, même s'ils ne me servent à rien. Pas seulement parce que du coup, ma nouvelle bibliothèque a l'air bien vide, mais surtout parce qu'ils sont une petite partie de moi, qu'ils m'ont formée et qu'ils appartiennent donc à mon salon autant que des photos ou des cartes d'amis.

Malgré cette disparition qu'un petit "pomme Z" réparerait si vite, je suis contente. Grâce à mon modèle psychique légèrement déviant, il m'en faut peu pour être heureuse : j'ai rangé tous mes livres par collection, puis, au sein de chaque collection, par ordre alphabétique d'auteur. J'ai également rangé mes CD par ordre alphabétique de compositeurs, en mettant la musique classique à gauche et la moins classique à droite. Mais il va falloir que j'arrête les frais, les deux côtés se rejoignent presque. Et pour ceux qui se ferait du souci à propos de ma psychorigidité : la réunion ne se fait absolument pas au milieu, et je ne trouve pas ça grave. Je ne suis donc que très moyennement atteinte. Mais quand même, ma bibliohtèque toute rangée, qu'est-ce-que c'est beau...

17 janvier 2007

Je l'ai !!!

Ca y est, je l'ai !!! Il est arrivé ce soir chez moi, avec juste un peu l'aide du gardien. Une chambre dans une chambre. Ron ne le sait pas, mais lui et moi, ça fait pas mal de journées qu'on passe ensemble sous la couette. La première fois, on y est resté un week end entier, à rigoler ou à avoir la larmiche à l'oeil. J'ai lu toutes ses Histoires d'hôpital, toutes celles qui étaient encore en ligne, en attendant la sortie du livre.

Ce soir, je pourrais encore passer une nuit avec lui en tête à tête. Mais je suis partagée : ce n'est vraiment pas le moment d'entamer un livre que - je le sais par avance - je ne pourrai pas lâcher avant le dernier point. En espérant que ça se termine par un point. Et en même temps, ça me brûle les yeux de commencer.

La dernière fois que j'ai affronté un tel dilemme, c'était pour la saison 2 de Desperate Housewives, qui était en entier sur un site de vidéo bien connu bien avant sa diffusion en France. Je me suis dit que j'allais être raisonnable, que j'allais regarder au maximum du maximum deux épisodes par jours. AU GRAND MAXIMUM. J'en étais à l'épisode 12 lorsque le fameux site a découvert que tout cela n'était sans doute pas très légal et que TOUS les épisodes ont été effacés du jour au lendemain.

Même si dans le cas de mon bouquin - oui, à partir de maintenant, c'est le mien, et non plus celui de Ron - il ne risque pas de s'envoler dans la nature, j'hésite. Peut-être que je pourrais être raisonnable et lire... disons... une cinquantaine de pages seulement ce soir ?