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09 août 2007

Les homos de ma vie

J'aurais pu vous faire la litanie des hommes de ma vie, mais ils sont bien moins intéressants que les homos de ma vie. Je crois que j'en ai toujours été entourée, le sachant plus ou moins. Je ne sais pas qui a inventé le concept de "fille à pédé", plus joliment appelé "Babycake" chez Armistead Maupin. Mais pas de doute, je crois que j'en suis.

Le tout premier chronologiquement, c'est le meilleur ami de ma tante. Qu'on appelle tonton alors qu'on sait très bien qu'ils ne sont qu'amis. Dont je ne m'étais jamais demandée pourquoi il venait toujours passer Noël avec nous, parfois avec l'un de ses amis. Le Noël de mes 12 ans, alors que je commençais à comprendre que les garçons du même âge que moi devenaient chaque jour plus inintéressants et que je craignais que cela ne leur dure la vie, il était venu avec "son ami". L'un de ses étudiants, qui avait une vingtaine d'années donc. Et qui avait beaucoup parlé avec moi. De Roméo et Juliette, l'oeuvre shakespearienne, et du film qui venait juste de sortir. De Leonardo Di Caprio. Bref, d'un tas de choses fascinantes. Surtout sortant de la bouche d'un garçon. Je découvrai que loin de la cour du collège et avec quelques années de plus, les garçons pouvaient être sensibles et intelligents, et raconter des choses qui intéressent les filles. On ne m'avait jamais caché que ce faux oncle était en fait une tante (désolée, cette expression est affreuse, mais la tentation du jeu de mot lourdaud était trop forte, je m'excuse platement) mais on ne l'avait jamais non plus verbalisé ouvertement, tant cela paraissait évident. Je savais sans savoir.

Le deuxième commençait à avoir un fin duvet sur la lèvre supérieure et à tâtonner dans les méandres de la vie lorsque je l'ai connu. Nous nous sommes retrouvés tous les étés durant 5 ans, entre 11 et 15 ans. A 11 ans, nous avons passé l'été à nous amuser comme larrons en foire. A 12 ans, il m'a demandé si je voulais sortir avec lui, puis m'a assuré, comme j'hésitais retenue par je-ne-sais-quoi, que finalement, c'était sans doute mieux que je dise non. Il a dit "au moins, j'aurai essayé" en ayant l'air de parler pour lui et non pour moi. A 13 ans, je ne sais plus. A 14 ans, son plus grand drame était de n'être jamais sorti avec une fille. J'étais devenue officiellement sa "Madame de Conseil", surnom dont je restai ensuite affublée ironiquement devant le succès de mes recommandations. Il fallait que je l'aide. J'ai passé une semaine à compiler tous les magazines féminins de la maison pour lui faire un best-of de conseils de drague, tapé sur ordi, en vraie professionnelle. A 15 ans, il me remerciait sincèrement de l'avoir aidé à y voir clair. Il utiliserait mes conseils à bon escient, mais sur les garçons désormais. J'ai été la première à le savoir, et je le dis pour la première fois.

Le troisième était un camarade de collège. Le seul de la classe de 4ème qui soit vraiment beau. Le seul aussi à aimer Mylène Farmer, dont j'ignorais encore la symbolique. Le seul qui n'avait pas encore mué. Le seul qui ait des choses intéressantes à raconter. Le seul qui aimait lire. Le seul qui écoutait autant qu'il aimait être écouté. Le seul qui faisait semblant de s'intéresser aux filles sans jamais les draguer, pendant que ses congénères ne faisaient que draguer les filles sans jamais s'intéresser à elles. Il rêvait d'être comédien. J'ai découvert récemment, en prenant le métro un soir, qu'il avait réussi. Tête d'affiche. Il est encore plus beau.

Le quatrième, ah le quatrième... Beau comme un Dieu latin, avec un prénom qui disait tout. Je venais de quitter le domicile parental, ma vie s'ouvrait devant moi. J'avais déjà entendu parler de lui avant même de le rencontrer. On m'avait vanté sa beauté, oubliant de me dire qu'il était aussi adorable. Trop adorable. Dans les 2 premières semaines, il m'a successivement invitée au cinéma, invitée à dîner chez lui au milieu de sa forêt de basilic, et a passé une journée entière à aider mes parents et moi à vider la camionette contenant alors "toute" ma vie : un canapé, un fauteuil, des livres, un lit et un tas monstrueux de babioles dans des cartons. Qui aurait fait ça pour mes beaux yeux ? Il ne l'a même pas fait pour ça. Il ne l'a fait que par pure gentillesse totalement désintéressée. Et j'ai cru avoir trouvé mon preux chevalier (j'évite le "Prince charmant", pour ne pas énerver Denys). Quelques jours plus tard, il révélait dans des circonstances tout à fait peu agréables, ni pour lui ni pour moi, qu'il n'aimait que les garçons. Je me suis consolée en faisant de lui un ami, à qui je dois bien des choses.

Le cinquième, ah le cinquième... J'ai appris par des bruits de couloir qu'il était Polonais. Je l'ai abordé dans un amphi en lui vantant les mérites de la Pologne, en m'alourdissant sur l'amour que je portais à son pays. Une admiration sincère pour un pays dans lequel j'avais passé 2 semaines quelques années auparavant, et dont l'histoire me passionnait. Juliette, celle qui allait aussi devenir mon amie et ma complice, assise juste à côté, et qui le connaissait mieux que moi, m'a glissé la phrase qui devait être mon assurance-vie : "En fait, il DETESTE la Pologne". J'étais mal partie. De toute façon, tout était mal parti. Alors pour me rattraper, je lui ai présenté mon n°4 et j'ai joué à la mère juive par MSN interposé, avec Juliette. En fait, ça, c'est l'histoire officielle. L'histoire officieuse est qu'ils se seraient sans aucun doute tout aussi bien débrouillés sans nous, puisqu'ils continuent à s'en sortir sans nous.

Bien sûr, il y en a eu d'autres. On ne fréquente pas impunément les filiaires littéraires. 1 mec hétéro sur 37 élèves dans ma classe de terminale. Mais eux, ce sont ceux qui ont compté pour moi et qui y sont toujours des êtres à part. Pas parce qu'ils sont homos, mais parce qu'ils sont eux.

free music


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05 décembre 2006

"Es gibt doch andere Paare !"

Ca y est, je suis fichée par ma prof d'allemand comme "conservatrice potentiellement homophobe". Si elle savait qu'Amazon me fiche dans la catégorie "tellement homophile qu'elle est sans doute lesbienne"...

En pleine traduction, je teste la possibilité de traduire "parité" par Gleichstellung au lieu de Parität. Dans le texte original, il s'agissait de la parité de la France et de l'Allemagne dans la direction d'EADS (vous comprendrez qu'on a un peu dévié du sujet original).

"Oui, mais Gleichstellung" mais dit-elle en langue germanique "c'est pour un couple, entre l'homme et la femme". "Justement", je lui répond, "LA grande question du couple franco-allemand, c'est toujours de savoir qui fait l'homme et qui fait la femme !" (ouais bon, on m'excusera, il était tôt hein). Et là, elle me sort : "es gibt doch andere Paare !" d'un air mi-outré mi-coquin.

Je comprenais chaque mot de la phrase, je comprenais la phrase dans son ensemble, mais impossible de voir ce qu'elle voulait dire par là... Je la regarde, l'air interrogatif. Elle a dû prendre ça pour un air de "Heidi découvre la ville et la vie", parce qu'elle m'a répété "Ja, es gibt andere Paare !". Je ne comprends toujours pas. L'explication de texte arrive : "na, das sind aber nicht immer Männer und Frauen, oder ?". Ah bah oui bien sûr, si c'est CA qu'elle veut dire.

Mais elle m'a regardée comme si elle venait de me révéler l'existence de l'homosexualité. Et comme il est quand même difficile de vivre aujourd'hui en phase avec son époque sans être au courant de cette "chose", quelqu'un qui la découvrirait subitement à 23 ans ne pourrait être qu'un extrêmiste social-conservateur qui aurait refoulé toute conscience des pratiques sexuelles autres qu'hétérosexuelles. Je comprends que ça me rende antipathique.

Rien à voir avec tout ça, mais un peu quand même : je me demande si je ne suis pas en train de me faire draguer par une nana. On ne s'est vues que trois fois, et à chaque fois, j'ai l'impression qu'elle voit le Messie apparaître. Elle a 30 ans, elle est SUPER sympa, extrêmement chaleureuse et très tactile. J'ai eu l'impression de devenir sa meilleure amie du monde entier en 5 minutes trop chrono. Pour l'instant, c'est drôle. Peut-être qu'elle est juste par nature sympathique et que je psychotte complètement.

30 novembre 2006

Let's celebrate ("We are the rennes")

Je vous avais déjà parlé de mon impatience à commencer à préparer Noël. Je me suis un peu calmée. Enfin, j'ai réussi à me calmer en commençant à préparer Noël. Comme le disait Oscar Wilde, le meilleur moyen de résister à la tentation, c'est d'y céder. J'ai déjà ma guirlande pour le sapin. Encore quelques trucs à accrocher, et je serai bonne.

Mais je ne suis pas la seule à trépigner.



Noël, les traditions, la fête des enfants, la messe de minuit... Tout ça quoi...

27 septembre 2006

... it is time to leave the Closet

Grâce à une autre cocoblogueuse que je ne connais ni d'Eve ni d'Adam, mais qui a un blog assez délirant, je viens de découvrir une star danoise, Tomboy.

Ce jeune auteur-compositeur (hinhin) qui ne donne pas vraiment dans le rock indépendant vient de sortir un single OK2BGAY qui porte bien son nom. Son site est encore plus rose que le rose que j'aime, et Tomboy évolue dans un monde magique où le superhéros Gayman fait sortir du placard les petits garçons qui aiment les petites voitures violettes et roses, où les hétéros sont indécrottablement rasoir et glauques, et où les chiens gays font des crottes roses à paillettes (qui sentent certainement le Malabar).

Une petite visite sur son site s'impose en cas de vague de pensées grises. Le monde de Ken et Barbie est incroyablement déprimant et terriblement conformiste à côté de celui de Tomboy. Il y a notamment une série de fonds d'écran du plus grand kitsch !

Ca ne fera pas forcément avancer le monde, mais Tomboy m'a fait bien rire et après tout, dire "it's okay to be gay" peut aussi faire avancer le monde. Le problème, c'est que ceux à qui ça plaira le savent déjà...

25 août 2006

Petite leçon de séduction

Pour l'instant, j'ai un demi-pouce dans l'engrenage de l'écriture pour jeunes femmes. On ne sait jamais, je mettrais peut-être le pied entier dans la presse masculine un jour. Ce jour-là, je pourrais expliquer à encore plus d'hommes (encore plus que ceux qui lisent ceci bien sûr) ce qu'il faut faire et dire pour avoir l'autre moitié de l'humanité à leurs pieds. Enfin, peut-être pas autant que ça (au minimum les quelques membres de la moitié de l'humanité qui me ressemble un peu), mais pour faire mieux que ce qu'ils font pour l'instant, sans doute.

Mais en attendant, je ne citerais qu'une phrase que tout homme se devrait de mémoriser si jamais il lui arrive un jour de ne pas savoir quoi dire :

- pour décrocher la dernière flèche qui lui permettra de conquérir définitivement le coeur de celle qui le fait mariner depuis plus de 3 mois
- pour désamorcer une crise conjugale en puissance
- pour récupérer une regrettée

Cette phrase, dont la paternité revient tout naturellement au délicieux Adalbert, doit bien évidemment être adaptée à chaque situation, mais il a réussi le coup de génie de concentrer tous les ingrédients nécessaires à l'épanouissement de la princesse qui sommeille (ou rêve de sommeiller) en chacune de nous. Ce soir, cet exquis jeune homme a réussi à me dire "ce n'est pas pour rien que je suis en passe de me vendre corps et âme à une banque d'affaires américaine, Sophie, c'est pour t'acheter des places d'opéra".

Les ingrédients du réveilleur de Belle-au-bois-dormant résident dans un peu de fantasme de princesse (l'opéra) et beaucoup de fanstasme de preux chevalier (l'aveu "je suis prêt à tout sacrifier pour toi même ma paye si rudement gagnée"), le tout rassemblé dans un don inconditionnel. Prenez-en dans le graine messieurs, et vous n'aurez plus besoin d'FHM.

Edit : non, je n'arrondis pas mes fins de mois en jouant à la call girl. Et ceux qui ne connaissent pas Adalbert ne peuvent pas comprendre. Désolée :D.

26 juin 2006

Des goûts et des couleurs...

Visiblement, je dois avoir des goûts de LGTB sans le savoir (en fait, si, je le sais un peu, mais à ce point là je ne pensais pas...) parce qu'Amazon, ma boutique en ligne préférée me renvoie systématiquement à leur boutique "gays et lesbienne".

Amazon est doté d'un truc dont je ne me rappelle plus le nom mais qui en gros vous dirige automatiquement vers les pages qui devraient vous plaire, compte tenu de celles que vous avez visitées avant et de ce que vous avez acheté chez eux. C'est en fait comme un vendeur-conseilleur, sauf que c'est une machine, qui fonctionne selon le principe "si vous avez aimé ça (1), vous aimerez ça (2), parce que TOUS LES GENS qui aiment ça (1) aiment aussi ça (2) et que si vous n'aimez pas ça (2), c'est que vous n'êtes pas cohérente dans vos choix".

Et systématiquement, pour n'importe quelle recherche, Amazon m'oriente vers des produits étiquetés "gays et lesbiennes". Déjà, considérer qu'un album de musique est plus "g&l" qu'hétéro, ça me dépasse un peu. On peut être homo et ne pas aimer Madonna et Dalida, même si ce sont des classiques du genre. De même qu'on peut être hétéro et aimer les Chroniques de San Francisco.

Mais comme c'est difficilement compréhensible par une machine, je suis dans la petite case "cette fille est sans doute lesbienne, maintenant qu'on sait qui elle est, on la bombarde d'offres ciblées qui la feront fondre d'envie". Du coup, quand je chercher un guide touristique, le premier dans la liste qui apparaît c'est le Petit Futé Paris gay et lesbien .



On remaquera au passage que Gay est écrit bien gros, parce que finalement, c'est marketing, ça plaît aussi aux hétéros qui cherchent les meilleures boîtes de Paris, ça fait techno in. En revanche, lesbien est écrit en tout petit, en dessous. Roooh bah quand même, aller dans un bar de camionneuses, c'est tout de suite moins sexy, moins vendeur... Vous avez dit injustice ? De la discrimination dans la discrimination, c'est intéressant comme phénomène : de l'infra-discrimination ? de la sous-discrimination ? de la sur-discrimination ? Je n'en sais rien, mais elle est réelle et j'ai du mal à la comprendre.

Je regarde un peu ma "page à mon image", qui me recommande chaleureusement d'acheter Lesbiennes Kama Sutra et Les plaisirs de l'amour lesbien. Tout ça parce que j'ai acheté le DVD de Clara Sheller et que j'ai regardé la page de l'intégrale de la saison 1 de L World, je rêve...

Après, ils gardent tout ça et se font des fichiers ? Parfois, je me mets à détester les vendeurs-conseillers virtuels d'Amazon. Personnellement, je m'en fous qu'Amazon me prenne pour ce que je ne suis pas. Mais je m'interroge quand même sur ce genre de catégorisation et de dérives qu'elle pourrait entraîner. Est-ce que je suis partout fliquée comme ça, dès que j'ouvre une page internet ? Oui, sans doute. Est-ce que tous les logiciels en tirent des conclusions aussi navrantes ? Est-ce qu'un jour, on verra ressortir tout ça comme élément d'accusation, de mise en cause ? Mais que fait la CNIL ???

25 juin 2006

Pour répondre à Winnie

Un post spécial pour répondre à ce commentaire de Winnie :

"Pour te répondre ma chère Mademoizelle Coco, je ne crois pas que la Gay Pride desserve les droits des homos, je crois que la Marche sert au contraire les droits de tous, des ordinaires et des originaux. Alors oui, je peux être une brésilienne refaite, avec un paire de couilles en attendant mon opération, voire sans en vouloir d'opération, et avoir les mêmes droits que n'importe quel autre primate hétéro lourd et qui battra sa femme ... ce n'est pas pour ça que je vais forcément les utiliser ces droits, je ne veux pas forcément d'enfants, peut être pas tout de suite en tout cas, mais je veux qu'on me regarde comme un être humain, quelle que soit la façon dont je m'habille, la taille de ma bite, de mes seins ou des deux, je revendique les mêmes droits que les autres. On a accordé les mêmes droits aux Noirs, puis aux femmes, il est temps de reconnaître qu'il est plus que grand temps de reconnaître leurs droits aux homos, gay, les biennes, trans- et bi ... comme dirait Judith Butler, ce n'est pas la personne avec qui je couche qui dicte qui je suis! nous nous découvrons certes tous en l'autre, par l'autre, je deviens l'être humain social dans l'amour, dans la relation charnelle mais aussi dans le regard de l'autre. Il n'y a pas d'identité sexuelle comme il n'y a pas d'identité de race ... acceptons les différences et apprenons à nous en enrichir ...
Voilà, c'est tout ça que la Gay Pride signifie, et quand les chars circulent, c'est aussi pour ma cause à moi,petite étudiante embourgeoisée hétéro, qu'ils plaident!"

En effet, je ne voulais pas dire qu'il fallait différencer les droits des uns et des autres selon qu'ils étaient ordinaires ou originaux. Même si je pense que, comme les couples hétéros adoptant, les couples homosexuels devront se soumettre à des enquêtes limite inquisitrices de la DDASS. Je voulais juste dire que stratégiquement parlant, il faut savoir être parfois un peu hypocrite et ne pas tendre le bâton pour se faire battre. Enfin, façon de parler. Mais servir à ses adversaires politiques des arguments sur un plateau, il y a mieux à faire. Et c'est malheureusement uniquement ce que certains verront dans la Marche des Fiertés. La stratégie, c'est parfois ne pas tout dire, ne pas tout montrer pour mieux atteindre son but.

De même que me servir Judith Butler comme argument, ce n'est VRAIMENT pas stratégique :-) C'est même plutôt contre-stratégique. Cela ne signifie pas que je ne sois pas d'accord avec la position particulière dont tu te sers ici dans ta réflexion. C'est tout ce qu'il y a autour chez elle, tout le reste de ses théories et de ses méthodes intellectuelles qui me dérangent.

Un pas en avant, deux pas en arrière ?

Dans le métro en rentrant, pas encore totalement en phase avec ce qui s'était passé aujourd'hui, je m'étonne. Que des couples. Tous monosexués. Non pas que ça me choque, loin de là. Comme dirait Gaël, "je suis relativement ouvert" (enfin, "ouverte", mais l'ouverture de Gaël a ses limites, il ne se dit pas qu'il est ouverte). Mais j'avais presque l'impression d'être une minorité à moi toute seule. Moi qui suis tellement dans le moule d'habitude, moi qui ne diffère jamais, moi qui suis sans doute la "Française type" (quelle connerie). La jeune caucasienne dans la norme. Là, j'étais toute seule. Et si j'avais été avec quelqu'un, j'aurais quand même été différente des autres. La seule hétéro de la rame de métro, fendard.

Je repense à la conversation que je viens d'avoir avec Myriam autour d'un pastis (toujours). Le mariage homosexuel, ça va passer. Nous, c'est ce qu'on pense. On est contentes. Ca serait bien, ça sera mieux. Tout ceux qui me connaissent un peu savent que je suis plutôt conservatrice sur certains points. "Vieille victorienne de base" pour Adalbert. Bref. Mais là, justement, je trouve ça tellement bien le mariage que je ne vois pas pourquoi les couples homos n'y auraient pas droit eux aussi. Donc le mariage homo va passer, chouette.

Mais parfois, je continue de douter. D'après les lectures de mon voisin de bus avant-hier, la France est divisée là-dessus, 50/50 en gros. Je ne sais pas comment cet équilibre va évoluer au regard de ce que j'entends et de ce que je vois. Ce que j'entends, c'est une phrase perdue dans les aires d'une rue parisienne : "Chez les hommes, il y a plus d'homos que d'hétéros il paraît". Bah avec des "il paraît" comme ça, on est mal barré. Ce que je vois, c'est que ce que les médias retiennent de la Marche des Fiertés, c'est ça :




au lieu de retenir juste ça :



Alors nous, petits parisiens, ou plutôt jeunes citadins pour généraliser un peu plus, on sait que c'est juste un truc festif, où on rigole, où ce n'est pas la vraie vie. Mais j'imagine le genre de réactions que ces images peuvent engendrer. "Comment, laisser se marier des gens COMME CA ??!!" "Ah oui, on leur donne le mariage, et après l'adoption, mais où va la France ??!!". Et même si je comprends TRES BIEN la volonté de faire bal masqué une fois par an, je m'interroge sur l'impact de telles images en termes de décrédibilisation d'un combat de longue haleine. Est-ce que ce n'est pas dommage de ruiner tant d'efforts pour une petite journée en apportant de l'eau au moulin des détracteurs les plus primaires de leurs revendications ? Est-ce que la Gay Pride, censée faire avancer les choses, ne retarde pas plutôt au contraire le progrès des droits des homosexuels ?

Je réfléchissais à tout ça en rentrant de La Motte Picquet, mon iPod à fond me berçant de choro, petit coucher de soleil (loin de ceux d'Oléron, mais quand même), la Tour Eiffel qui se met à clignoter juste quand je passe : pas mal. Vraiment pas mal. Je m'emporte un chinois - je n'ai finalement pas pu résister - qui s'avère, une fois rentrée chez moi, mauvais. Mais c'est de ma faute. Persuadée (toujours Mme Je-Sais-Tout) de pouvoir résister, j'ai décidé de passer mon chemin en voyant tous ces chinois (les restaurants, pas les gens, même s'il y en avait aussi) en revenant de la Butte aux cailles, endroit aussi charmant que son nomn pour boir un verre au soleil entre copines. Pour une fois que j'étais dans le XIIIème, j'aurais mieux fait d'en profiter.