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22 octobre 2007

Tomber de rideau

Vendredi soir, je suis allée au théâtre. En réalité, je devais travailler, mais étant donné que l'ensemble de ma journée s'était déroulée à l'inverse de mes plans, j'ai fait une entorse supplémentaire à mes prévisions lorsqu'on m'a gracieusement et gentiment offert une place. La pièce étant mauvaise et mal interprétée, j'ai relativisé la générosité de cette offrande à la sortie de la représentation.

Je vais rarement au théâtre, et je me suis rappelée pourquoi. Je trouve la programmation généralement assez navrante : entre du théâtre de boulevard battu et rebattu, des grands classiques vus et revus, et du théâtre ultra-contemporain où "moins tu comprends, mieux c'est", j'ai du mal à me motiver. A moins de se tenir très au courant de ce qui se passe (au risque d'ailleurs de tomber dans le travers 3), il est à mes yeux très difficile de bien tomber.

A ce problème de départ s'ajoute ma consternation face à la médiocrité générale de la prestation des comédiens. Je sais que je ne vais pas me faire que des amis en disant cela. Je sais que c'est un métier difficile et parfois ingrat. Mais raison de plus : si les places sur scène sont chères (pour les comédiens, je ne parle pas encore en spectatrice), ceux qui les occupent devraient être d'autant meilleurs ! Or souvent, j'ai l'impression d'assister à un mauvais spectacle de fin d'année, avec des monologues débités sans vie et des dialogues articulés à l'extrême. Mais bon Dieu, ce n'est quand même pas infaisable de réciter sans déclamer ni ânonner comme on débite des déclinaisons latines !

Je suis donc le plus souvent déçue. Evidemment, ce n'est pas le cas lorsque je vais voir Huppert au théâtre de l'Odéon. Et comme je suis un mouton, je ne suis alors pas la seule à accourir. En revanche, la salle où j'ai passé ma soirée de vendredi était aux trois quarts vide. Matérialisation de la "crise du monde de la culture" dirons les uns. Conséquence logique d'un mauvais spectacle, selon moi.

Jusque là, je n'ai rien découvert vendredi dernier. En revanche, j'ai été surprise par le public... pour le moins dissipé. Peut-être était-ce lié à la piètre qualité de la pièce, mais je n'en suis même pas certaine. Les gens arrivaient en retard, se levaient, changeaient de place, partaient pisser (en faisant 3 fois le tour de la salle pour trouver les toilettes), parlaient, trituraient des sachets en plastique. Ils ont confondu cinéma et théâtre ou quoi ? Je n'excuse pas plus le manque de respect des amateurs de salles obscures, mais au moins, ils n'offensent pas les acteurs qui ne les voient pas. J'en suis restée bouche-bée.

Cerise sur le sundae : je pense que le directeur de cette merveilleuse salle de théâtre fait des économies de chauffage, ou qu'il compte en vain sur la chaleur humaine pour chauffer. La salle était glaciale, ce qui ne favorisait pas l'enthousiasme. Mon angine se réjouit quant à elle d'y avoir trouvé un terrain propice pour se développer et être désormais au mieux de sa forme. Nan vraiment, une formidable soirée !

21 février 2007

Culturons nous !

Bon, sans doute est-ce parce que je sors de mon épreuve de culture générale et que j'ai réussi à recaser la superbe pièce vue avec ma soeur il y a 2 semaines, Fôrets du très talentueux mais très torturé Wajdi Mouawad, mais là, j'ai une envie irrépressible de culture.

Pas que je sois dégoûtée de la culture le reste du temps, hein, mais parfois, j'ai d'autres priorités que d'y penser, on va dire. Peut-être que c'est comme le jogging : plus on se cultive, plus on a envie de se cultiver... J'ai été deux fois au théâtre en deux semaines, ce qui est (malheureusement) loin de mon quota habituel. Et j'ai déjà envie d'y retourner.

Une fois pour Wajdi donc. Ambiance québecoise, c'est-à-dire avec des gens nus sur scène. Il paraît que c'est systématique. Ca surprend, mais on s'y fait assez vite. J'aimerais bien voir le reste de la tétralogie, mais il faudra que j'attende qu'il revienne en France.

L'autre fois pour Cyrano de Bergerac, qui m'a très moyennement convaincue, même à la Comédie Française. J'ai trouvé l'histoire cucul et pas convaincante. Cyrano n'est qu'un gros nigaud à qui j'ai envie de secouer les puces. Roxane est franchement cruche de se laisser avoir comme ça. Bref, pas de tout mon style de personnages à poigne et de pièce à forte intensité dramatique (en revanche, pour ça, Wajdi est très fort).

Mais là, en ce moment tout de suite, je vais vous dire ce qui me fait rêver : Lakmé. Depuis qu'on l'a raté à Montréal (on ne peut pas être à la fois au théâtre et à l'opéra), je serai prête à vendre le String de l'ambassadeur aux enchères pour y aller (un jour, vous aurez l'explication du "String de l'ambassadeur"). Comme quoi, les besoins, on se les crée vraiment tout seul.

Mais j'ai trouvé de quoi calmer ma lakméite aiguë pour la soirée : le site est moche, mais on peut écouter quasi-tout l'opéra en presque bonne qualité. Ca ne vaut pas un CD ni même des places à l'Opéra Comique, mais ça permet de calmer une boulimie soudaine de Léo Delibes.

J'ai toujours des difficultés à dire que j'aime l'opéra. Parce qu'attention, lorsqu'on se déclare amateur d'opéra, il faut immédiatement tout connaître sur le bout des doigts : les titres, les compositeurs, les librettistes, les plus grands interprètes, les mises en scène inoubliables, les personnages, l'histoire, tout. Or moi, je suis consommatrice d'opéra : j'adore aller à l'opéra, j'adore écouter des opéras, mais je n'apprends pas les livrets par coeur avant d'y aller, je préfère la surprise. Et j'y vais le soir où je peux, et pas en fonction de qui chante ce soir là. C'est ballot, mais comme je ne connais pas la différence en général, je ne choisirais de toute façon pas comme il faut.

Je n'ai jamais été déçue par l'opéra, pas même la première fois, avec ma tante (qui ELLE, est une vraie fan) à 7 ans : La flûte enchantée, c'était drôlement bien choisi, avec des costumes d'oiseaux multicolores dont je me rappelle encore tellement c'était beau. Ah si en fait, une fois j'ai été déçue. Un Donizetti, L'Elisir d'amore, qui portait fort mal son nom étant donné le rencard foireux qu'il avait pour cadre... Mais je suis certaine que cette déception venait plutôt de mon accompagnateur que de l'oeuvre en elle-même.

Cet amour de l'opéra a éclos à Vienne, bien évidemment, où les mises en scène trop classiques à mon goût (oui, ce n'est pas parce que je n'y connais rien que je n'ai pas d'avis) étaient compensées par la possibilité pour les étudiants d'obtenir des places de dernière minute au parterre (qui s'appelle là-bas Parkett, ce qui me fait régulièrement dire "au plancher", ça manque de classe). J'ai résolument continué à Berlin, dont les différents opéras offrent les mêmes possibilités, mais avec des mises en scène nettement plus roquennerolles. A Paris, j'y vais peu souvent : mes horaires sont moins compatibles avec une vie culturelle riche, les places sont à des prix exorbitants (je sais, il y en a à des prix raisonnables, mais maintenant que j'ai pris des habitudes de poule de luxe, je déteste aller à l'opéra et être mal placée, question d'habitude) et j'oublie systématiquement de regarder la programmation. Si ça se trouve, Lakmé est joué ce soir-même...

11 janvier 2007

Chaud ou froid ?

Comme toutes les mères (un peu juives sur les bords), la mienne est extrêmement douée pour vous faire croire que vous adoptez de vous-même sa position, alors que vous n'étiez à la base pas d'accord. Vous pensez être doté de raison et d'esprit critique ? Qu'importe, vous en serez dépouillé à l'instant où vous émettrez une opinion discordante, jusqu'à ce que vous vous ralliiez de façon naturelle à la conviction maternelle.

Avec le temps toutefois, je dois dire que les ficelles sont de plus en plus grosses (disons plutôt que j'ai acquis avec l'expérience de sérieuses loupes) et ces tactiques manipulatrices marchent de moins en moins. Je vous livre le classique des grands classiques, le bien connu "tu fais comme tu veux ma chérie. Moi, je te dis juste ce que j'en pense. Et ce que je pense, c'est que je ne ferais pas comme toi. Mais tu es LIBRE, c'est TOI qui choisis". Vous pouvez dire adieu à votre libre-arbitre au moment où ces paroles sont prononcées.

Il y a aussi le bien connu "ah" que seules les membres féminins de notre famille savent décoder dans toute sa subtilité : "ah" d'étonnement, "ah" dubitatif, "ah" pragmatique, "ah" estomaqué, j'en passe et des meilleurs. Un exemple ? "Maman, j'ai trouvé une superbe table bassse pour l'appartement. Elle est comme ci, comme ça et comme çou. Une merveille !". Diatribe enflammée à laquelle est simplement répondu "ah", qui signifie peu ou prou "tu fais comme tu veux ma chérie. Moi je te dis... etc" mais en un plus sadique. Parce que rien n'est dit, on ne peut ni répondre ni argumenter. Notre choix a simplement rencontré la désapprobation maternelle.

Il faut ensuite soit savoir se plier systématiquement, soit partir très loin (ma soeur), soit vivre avec cette largesse dans la distribution de conseils, sans culpabilité outrancière ou presque (moi). Je l'avoue, parfois, le remord me ronge un peu. Et je regrette même de temps en temps mon entêtement lorsque, comme prédit par l'autorité maternelle sus-citée, en effet, les jardinières sur le rebord de la chambre, ça ne prend pas (pas assez ou trop de soleil), que le gâteau au micro-onde c'est dégueu, que cette robe me fait la silhouette de Bécassine ou que ma nouvelle couleur de cheveux me donne des airs d'Yvette Horner. [Note au lecteur : tout ceci n'est bien évidemment que pure fiction. Je ne me suis jamais teint les cheveux en roux... en noir bleuté en revanche, humhum, oui, mais j'étais jeune et rebelle]

Toute la difficulté réside en réalité à distinguer l'abus d'autorité et le conseil en or plein de bon sens de quelqu'un qui a nettement plus vécu que moi, et qui sait donc des tas de choses que je ne sais pas. Le dernier conseil en date ? "Ma chérie, quand tu déferas ton sapin et qu'il y aura plein d'aiguilles sur ton plancher, enlève d'abord le plus gros à la balayette, sans quoi ton aspirateur risque de se boucher". C'est con hein comme conseil, mais je n'y aurais pas pensé. Et comment elle sait ça ma maman ? Parce que quand elle était un peu plus jeune et un peu moins expérimentée, elle s'est retrouvée un soir avec mon père à faire du désenvoûtement ménager dans le salon pour que les aiguilles du sapin libèrent enfin le conduit de l'aspirateur.

Il faut donc apprendre à écouter quand il le faut et à marquer son opposition lorsque ça vaut le coup. Sans quoi, la position - quel que soit l'extrême à laquelle elle se situe - est suicidaire. D'un côté, ne rien écouter, c'est se priver d'une mine incroyable de petits renseignements qui libèrent le quotidien. D'un autre côté, toujours aquiescer est dangereux en terme d'intégrité psychique à laquelle toute personne humaine a droit.

Toutefois, il existe des "cas limites", où on ne sait pas si on ferait mieux d'écouter ou pas. Ainsi, pour Noël, j'ai reçu une très jolie petite gravure ancienne, que je vais faire encadrer. Bon, là, ça se corse un peu, parce que plutôt que de payer la peau du cou un artisan qui me fera ça aux petits oignons, je préfère demander à ma maman, championne toutes catégories pour ce genre de travaux. Mais qui dit demander son aide dit nécessairement écouter, voire prendre en compte, ses conseils. La marie-louise est en cause. Pour les jeunots n'ayant jamais fait d'encadrement autrement qu'avec des posters Playboy dans des cadres Kikéla, une marie-louise est un morceau de carton coloré plus ou moins travaillé qui entoure le sujet encadré. C'est en gros ce qu'il y a entre le cadre et ce qui est encadré, vous situez ?

J'exprime donc mon intérêt pour les modèles gris bleuté, selon moi du meilleur effet avec le ciel menaçant de la gravure. "Tu fais comme tu veux ma chérie, mais si j'étais toi, je prendrais plutôt des teintes chaudes, dans les ocres". C'est vrai, une marie-louise ocre irait aussi très bien. Mais justement, vous allez rire, ça me rappelle un peu trop ma mère les ocres. Pour elle, déco rime avec chaud. J'ai grandi dans l'ocre. Hors de question de mettre un soupçon de couleur froide. Et le gris bleuté, c'est froid. Mon goût pour les ambiances gustaviennes s'est donc développé en dehors de toute influence familiale, en dehors d'une réaction psychanalytique communément appelée "rejet".

En dehors de son goût personnel et subjectif (donc de faible valeur argumentative) pour les couleurs chaudes, ma maman a ajouté un argument de poids : "et puis tout le reste est dans des couleurs chaudes chez toi". Hum, oui, mais JUSTEMENT, un peu de rupture, un soupçon de changement, une miette de contraste, ça ne ferait pas de mal non ? Surtout dans l'entrée, soyons francs...

En dehors du fait que, souvent, le chaud-froid, ça fait mal aux dents, j'apprécie hautement la chose. Que celui qui n'a jamais mangé de moelleux au chocolat avec une boule de glace à la vanille, ou même une crème glacée caramel au beurre salé sur un lit de pommex au four, me jette la première pierre. C'est bon, le chaud-froid en cuisine ! Mais est-ce une si bonne idée en déco ? Dois-je camper sur mes positions ou me plier à la sagesse du dinosaure ? Et une malheureuse gravure peut-elle ruiner l'admirable équilibre de chaleur qui règne chez moi.

Je m'affirme donc pour le chaud-froid, elle me regarde de son oeil qui veut dire "tu verras bien que j'ai raison" en me disant "de toutes façons, il faut voir avec la gravure", façon de repousser discrètement le problème à plus tard. Gagnera ou gagnera pas ? Et si jamais, c'est vraiment mieux avec des couleurs chaudes, perdrai-je la face et mon entêtement ?

Au final, n'a-t-on pas tous presque la même mère ? Quand je demande autour de moi, il semble que le fameux "tu fais ce que tu veux ma chérie etc." soit un invariant maternel. Pour ceux qui ne voient pas exactement de quoi je parle, il faut absolument que vous alliez voir ça ou Comment devenir une mère juive en 10 leçons, si possible avec votre mère, ça sera plus drôle. Vous avez deux jours...

30 novembre 2006

What a difference a day make

Non, la différence, ce n'est pas toi. Mais je trépigne d'impatience, je n'en peux plus d'attendre, et ce pour trois raisons aussi valables les unes que les autres. Demain, je retrouve Andreas (1ère bonne raison) pour aller voir Quartett (2ème bonne raison) avec Isabelle Huppert (3ème bonne raison). Je CREVE d'envie d'aller voir cette pièce depuis une éternité. Et demain, ça va devenir réalité.

J'ai toujours adoré Isabelle Huppert, depuis que je l'ai vraiment découverte, magistrale, dans Merci pour le chocolat de Chabrol. Je l'avais déjà vue avant, mais sans lui prêter plus d'attention que cela, pauvre jeunette que j'étais. J'ai ensuite apprécié son audace quand j'ai entendu qu'elle jouerait dans l'adaptation de l'oeuvre rugueuse d'Elfriede Jelinek, La Pianiste. Elle dégage une telle force dans tous ses rôles, elle n'hésite pas à endosser les plus détestables, avec son air toujours un peu las de la vie, si hautain et si touchant à la fois. Et demain soir, dans moins de 24 heures, je vais la voir jouer devant mes yeux pour la première fois.

La mise en scène - du moins ce que j'ai pu en voir - semble faire de cette pièce une véritable oeuvre d'art. La mise en scène ne met pas seulement en valeur le texte, elle en est le véritable support, elle participe autant que lui à la valeur de l'oeuvre.


En un mot : j'ai hâte !